Concert du rappeur Médine au Bataclan
S Sébastien MeurantLes Républicains Sénateur — Val-d'OiseLa question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 13/06/2018Monsieur le sénateur, vous m'interrogez sur la programmation du Bataclan et sur le fait que le rappeur que vous avez mentionné s'y produise.
J'entends votre colère. Monsieur le sénateur, jamais plus le Bataclan ne sera une salle comme les autres. L'Histoire, le drame qui s'y est joué, les morts font que plus rien n'y sera comme avant.
Il se trouve, monsieur le sénateur – il nous faut l'entendre au moins autant que votre réaction –, que ceux qui faisaient vivre le Bataclan en 2015, ceux qui aujourd'hui le font vivre et l'ont remonté ont choisi librement la programmation que vous critiquez.
M. Pierre Charon. C'est honteux !
M. Édouard Philippe, Premier ministre. Monsieur le sénateur, c'est peut-être honteux pour vous, mais ils ont choisi cette programmation. (Exclamations sur des travées du groupe Les Républicains.)
M. Jacques Grosperrin. C'est honteux pour la République !
M. Édouard Philippe, Premier ministre. Monsieur le sénateur, on peut parfaitement être choqué par les textes que vous avez évoqués – ils datent, en l'occurrence, de 2005 –,…
M. Roger Karoutchi. Pas tous !
M. Édouard Philippe, Premier ministre. … on peut parfaitement ne pas les approuver, mais on peut aussi, me semble-t-il, se fixer comme règle simple – je sais que le Sénat y est sensible – de vouloir en toute matière respecter la loi.
S'agissant d'un concert, s'agissant du choix libre effectué par une salle de sa programmation, la loi est très simple. Elle ne permet d'interdire, le cas échéant, que lorsque la programmation causerait un trouble manifeste à l'ordre public. (Protestations sur les travées du groupe Les Républicains et sur des travées du groupe Union Centriste. – M. Stéphane Ravier proteste également.)
M. François Bonhomme. Et la décence ?
M. le président. Je vous en prie, laissez M. le Premier ministre poursuivre !
M. Édouard Philippe, Premier ministre. Mesdames, messieurs les sénateurs, j'essaie de m'exprimer calmement sur un sujet qui vous touche autant que moi, et j'essaie de rappeler, car cela ne me semble pas déplacé après que des actes terroristes ont été commis, ce qu'est aujourd'hui la loi, à laquelle vous êtes strictement attachés, ainsi que vous l'avez systématiquement affirmé lorsque M. le ministre d'État, ministre de l'intérieur est venu défendre ici un certain nombre de projets de loi. Vous disiez, à juste titre, qu'au Sénat, vous étiez aussi les gardiens des libertés publiques. Je dis donc qu'en la matière la loi est claire :…
M. Marc-Philippe Daubresse. Comme la loi sur les fake news, c'est indéfendable !
M. Édouard Philippe, Premier ministre. … incitation à la haine raciale ou trouble manifeste à l'ordre public sont les deux seuls fondements qui pourraient justifier une mesure. (Exclamations sur les travées du groupe Les Républicains.)
M. Bruno Retailleau. Et Dieudonné ?...
M. Édouard Philippe, Premier ministre. Nous respecterons donc scrupuleusement et la liberté d'expression et la loi. C'est la ligne du Gouvernement,…
M. Jean-Paul Émorine. Je n'ai pas de mots !
M. Édouard Philippe, Premier ministre. … et nous la tiendrons en nous attachant autant au respect de la loi qu'à la mémoire de ceux qui ont trouvé la mort ou qui étaient présents ce soir-là. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche, ainsi que sur des travées du groupe socialiste et républicain, du groupe communiste républicain citoyen et écologiste et du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen.)
M. Jacques Grosperrin. C'est indéfendable !
Source : senat.fr ↗
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