Lanceurs d'alerte
M Michel DagbertRDPI Sénateur — Pas-de-CalaisLa question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 13/03/2019Vendredi dernier, lors du conseil Justice et affaires intérieures à Bruxelles, j'ai répété que la France souhaitait clairement l'adoption rapide de ce projet de directive avant les prochaines élections.
M. David Assouline. Vous avez la même position que les Autrichiens et les Hongrois !
Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. Ce texte, qui est inspiré de la loi Sapin II, protégera plus efficacement les lanceurs d'alerte dans l'ensemble des pays de l'Union européenne.
La France a toujours soutenu le principe d'un texte unique, au champ d'application large, couvrant de très nombreux domaines d'action de l'Union, y compris, d'ailleurs, la fiscalité. Aujourd'hui, l'essentiel de la directive fait donc l'objet d'un accord avec le Parlement européen.
Il restait un point de divergence sur la hiérarchie des canaux de signalement.
M. David Assouline. Oui !
Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. Le Conseil, au sein duquel la position de la France n'était d'ailleurs pas isolée, souhaitait conserver comme principe – c'est du reste l'état du droit en France – l'obligation pour le lanceur d'alerte d'en référer d'abord en interne,…
M. David Assouline. En somme, de se dénoncer !
Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. … non pas nécessairement auprès de son employeur, mais auprès d'un interlocuteur impartial tenu à une obligation de stricte confidentialité. Nous pensons en effet que c'est ainsi que l'on peut mettre un terme le plus rapidement possible à une violation dénoncée. C'est d'ailleurs le cas dans la majorité des situations. Ce principe était assorti d'exceptions extrêmement larges, permettant au lanceur d'alerte de signaler directement les faits auprès d'interlocuteurs externes, comme un syndicat ou un défenseur des droits, lorsque le signalement en interne risquait de l'exposer à des représailles, par exemple, ou bien de provoquer la disparition de preuves.
Contrairement à ce que les médias ont expliqué ces derniers jours, la France ne souhaite pas retarder l'adoption de ce texte. C'est pourquoi nous avons accepté de supprimer cette hiérarchie des canaux de signalement. Nous allons ainsi parvenir à un texte assurant une protection maximale des lanceurs d'alerte, tout en instituant un mécanisme solide juridiquement et proportionné aux différents niveaux de gravité des signalements effectués.
Nous touchons au but avec un accord en vue d'ici à vendredi prochain.
M. David Assouline. Accord conclu avec Orban et consorts !
M. le président. La parole est à M. Michel Dagbert, pour la réplique.
M. Michel Dagbert. Madame la garde des sceaux, je vous remercie de votre réponse. Nous voici rassurés parce que, comme vous venez de le dire, un article du journal Le Monde du 9 mars n'avait pas manqué de nous étonner, puisqu'il laissait entendre que la France partageait les mêmes réticences que l'Autriche et la Hongrie sur ce texte.
Les travées depuis lesquelles je m'exprime et nombre de parlementaires se reconnaissent difficilement dans les arguments que vous aviez alors avancés pour justifier votre timidité sur le sujet. Nous nous reconnaissons davantage dans cette citation de Jean Jaurès : « Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire » ! (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain. – M. Pierre Laurent applaudit également.)
Source : senat.fr ↗
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