Prévention de nouvelles vagues d'influenza aviaire
Max BrissonLes Républicains
Sénateur — Pyrénées-Atlantiques
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 10/02/2021M. Max Brisson. Monsieur le ministre, comme vous le savez, les éleveurs du Sud-Ouest affrontent une vague d'influenza aviaire hautement pathogène. Ils se trouvent une nouvelle fois confrontés à des mesures d'abattage massives et préventives.
Ils avaient pourtant entrepris depuis 2017 de lourds investissements de biosécurité, au prix d'un sévère endettement de leurs entreprises.
Au 1er février, 409 foyers d'influenza aviaire étaient recensés dans le Sud-Ouest ; 2 millions de canards ont été abattus de manière préventive. Nos éleveurs vivent un drame ! Monsieur le ministre, que leur proposez-vous ?
Certes, vous avez montré une réelle réactivité en matière d'indemnisations. Mais au-delà, pourquoi ne pas avoir travaillé à une modulation des abattages pour tenir compte de la diversité des formes d'élevages ?
Ces éleveurs craignent de devoir à nouveau consentir des investissements importants au titre de la biosécurité, ce qui rime avec plus d'endettement : que leur répondez-vous ? Ils craignent de ne plus pouvoir pratiquer demain l'élevage en plein air et de devoir appliquer la claustration : que leur garantissez-vous ?
Quand la crise sera derrière nous, il faudra aborder les sujets de la densité et de la circulation des élevages. Ne devrons-nous pas aussi, comme l'affirmait le professeur Jean-Luc Guérin au journal Sud Ouest, lever le tabou autour de la vaccination aviaire ?
Évidemment, nous ne faisons pas fi de la question de l'exportation. Monsieur le ministre, soyons clairs : je ne vous demande pas d'autoriser des campagnes de vaccination systématiques, mais de les permettre préventivement, dès que les signes de l'influenza aviaire seront détectés sur les couloirs de migrations.
Je renouvelle donc ma demande : envisagez-vous, pour l'avenir, dans le cadre de protocoles stricts, de recourir à des campagnes de vaccination préventive afin de protéger notre filière avicole de futures vagues d'influenza aviaire ?
Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.
M. Julien Denormandie, ministre de l'agriculture et de l'alimentation. Monsieur le sénateur Brisson, je voudrais d'abord, une nouvelle fois, rappeler que nous sommes – vous et nous – aux côtés de nos éleveurs qui subissent de nouveau une terrible épreuve. Vous l'avez dit : plus de 2 millions de palmipèdes ont dû être abattus pour limiter la propagation du virus de l'influenza aviaire. Rappelons que, si la forme d'influenza aujourd'hui présente sur notre territoire n'est pas transmissible à l'homme, elle est très fortement contagieuse entre les différentes espèces de palmipèdes et certaines volailles du genre Gallus.
Face à cela, trois réponses sont nécessaires. Premièrement, il faut continuer d'éteindre l'incendie ; c'est le but des abattages préventifs et de toutes les autres mesures sanitaires que nous prenons. Je voudrais à cet égard rendre hommage aux actions collectives des services de l'État, de la profession – le Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (Cifog) mène un travail énorme avec nous –, des vétérinaires et de toutes celles et tous ceux qui accompagnent les éleveurs.
Deuxièmement, il faut accompagner financièrement les éleveurs, en indemnisant les mesures d'abattage ou, comme on dit, « de dépeuplement », mais aussi, dans un deuxième temps, les pertes d'exploitations très importantes qu'ils subissent en conséquence.
Troisièmement, il faut envisager la suite ; c'est le sens de votre question. On s'y prendra avec méthode, en réunissant toutes les parties prenantes. On sait bien qu'il y a des points importants à régler.
D'abord, ce n'est pas, selon moi, une question de modèle. Je crois beaucoup à l'élevage en plein air ; je pense, comme vous, que ce qui importe est plutôt la rapidité de la réponse quand le virus arrive. À ce titre, les dérogations offertes pour laisser les canards en plein air posent plus question que le modèle même.
Ensuite, j'estime qu'il ne doit pas y avoir de sujet tabou. Le vaccin, notamment, ne doit pas être tabou. En revanche, cette approche comporte des difficultés. Rappelons avant tout qu'il n'y a pas de vaccin homologué à ce jour ! L'homologation se fait d'ailleurs à l'échelle européenne. Par ailleurs, les services sanitaires et vétérinaires européens ne sont pas très favorables aux vaccins, car ils craignent les migrations de palmipèdes porteurs sains du virus ; on peut entendre cet argument, d'un point de vue vétérinaire. Enfin, certains pays n'acceptent pas l'importation de volailles vaccinées.
Il faut prendre tout cela en compte, mais cela ne doit pas nous empêcher d'ouvrir la réflexion. Je m'engage évidemment devant vous à traiter tous les sujets qui seront sur la table.
Mme la présidente. La parole est à M. Max Brisson, pour la réplique.
M. Max Brisson. Merci de cette réponse circonstanciée, monsieur le ministre. Nous avons de nombreux points d'accord. Je crois en effet qu'il faut travailler sur la génétique et les souches résistantes, poser la question des densités et des circulations. Tous ces chantiers sont devant nous. En 2017, un protocole avait été signé ; il convient certainement de le repenser et de le retravailler au vu de cette troisième vague d'influenza aviaire, encore plus pathogène que les précédentes.
Quant à la vaccination, monsieur le ministre, vous dites qu'il n'y a pas de sujet tabou. Alors, ouvrez ce chantier ! Je crois d'ailleurs que M. le Premier ministre l'a annoncé à Mont-de-Marsan. Je ne vous demande pas une vaccination systématique, mais une vaccination d'alerte sur les couloirs de migration lorsque des foyers d'influenza aviaire sont révélés. Je crois que nous pouvons arriver à un accord ; la profession, sous toutes ses formes, y est prête aujourd'hui.
M. Julien Denormandie, ministre. Elle commence à bouger !
Source : senat.fr ↗
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