Campagne du Conseil de l'Europe sur le voile
Valérie BoyerLes Républicains
Sénatrice — Bouches-du-Rhône
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 04/11/2021M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères. Madame la sénatrice Valérie Boyer, les tweets publiés par le Conseil de l'Europe que vous évoquez n'ont rien à voir avec l'application du principe de laïcité en France.
Il y a en effet une différence de taille entre, d'un côté, la défense de la liberté de conscience, de religion, de conviction, par une lutte déterminée contre les discriminations, et, de l'autre, la promotion active, par une institution comme le Conseil de l'Europe, d'un signe religieux ou vestimentaire particulier. Cette distinction essentielle a été oubliée, voire niée en l'espèce, et c'est ce qui cause l'émoi collectif.
Je note que cette campagne choquante pose un double problème.
D'une part, un problème procédural, puisque les visuels publiés sur les réseaux sociaux ont été élaborés par des membres de la société civile lors d'un atelier consacré spécifiquement aux discours de haine à l'encontre des personnes de confession musulmane. Le fait qu'ils aient été relayés par le compte twitter du service antidiscrimination du Conseil de l'Europe entretient l'ambiguïté et ne reflète pas la position officielle du Conseil de l'Europe.
D'autre part, un problème de fond, puisque cette campagne, par le contenu des messages passés et par les réactions qu'elle a suscitées, a, de fait, conduit au résultat inverse de celui qui était recherché, et a gravement méconnu les principes sur lesquels est fondée notre approche du sujet.
C'est pourquoi, madame la sénatrice, nous avons, dès hier, fait part de notre désapprobation – les tweets ont été retirés – et nous avons aujourd'hui demandé à la secrétaire générale du Conseil de l'Europe de confirmer publiquement la suppression de ces messages. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI. – Mmes Sylvie Vermeillet et Brigitte Lherbier ainsi que M. Alain Cazabonne applaudissent également.)
M. le président. La parole est à Mme Valérie Boyer, pour la réplique.
Mme Valérie Boyer. Monsieur le ministre, fondé sur le jugement que les femmes seraient impudiques, ou, pire encore, impures, et qu'elles seraient susceptibles d'éveiller chez les hommes des pulsions incontrôlables, le voile est une arme politique, bien évidemment contraire à nos valeurs.
Pourtant vous pratiquez toujours la politique du « en même temps ». (Mme Jacqueline Gourault, ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, s'exclame.)
M. Gérald Darmanin, ministre de l'intérieur. Mais il a répondu ! Il ne faut pas écrire la réplique avant la réponse !
Mme Valérie Boyer. Vous dites agir sur le plan européen, mais aucune sanction n'est envisagée ni aucune enquête prévue pour savoir d'où vient cette promotion indigne, cette déconstruction. Les visuels en anglais de cette campagne sont toujours en ligne. Est-ce cela le respect de la parole de la France ? Dans le même temps, vous vous opposez systématiquement à nos propositions pour la France. Je pense à l'interdiction du voile pour les accompagnatrices scolaires, les mineurs, ou encore au burkini.
Je croyais que votre quinquennat était placé sous le signe de l'égalité entre les hommes et les femmes. Pourtant, je constate un renoncement supplémentaire et une incohérence. Je regrette que nous n'envoyions pas un bon message aujourd'hui. Je ne vois pas en quoi la parole de la France est respectée, puisque cette campagne continue toujours. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. – MM. Alain Cazabonne et Jean Hingray applaudissent également.)
Source : senat.fr ↗
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