Pourquoi ce texte ? Le contexte en 5 points
  • Le chlordécone est un insecticide utilisé de 1972 à 1993 dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique pour lutter contre le charançon du bananier.
  • Sa toxicité était documentée dès 1968 ; interdit aux États-Unis dès 1976, il n'a été interdit en France qu'en 1990 — et des dérogations ont prolongé son usage aux Antilles jusqu'en 1993.
  • Plus de 90 % de la population antillaise présente des traces de chlordécone dans le sang, un chiffre rappelé à plusieurs reprises dans l'hémicycle.
  • La contamination des sols et des eaux pourrait persister jusqu'à sept cents ans dans certaines zones.
  • Déposée en janvier 2024 par le député de Guadeloupe Elie Califer (Socialistes), la proposition de loi a mis presque deux ans et demi à achever sa navette parlementaire.

Le 2 juin 2026, l'Assemblée nationale a définitivement adopté, par 236 voix pour et aucune voix contre, la proposition de loi visant à reconnaître la responsabilité de l'État et à indemniser les victimes du chlordécone. Dix jours plus tard, le 12 juin, la loi n° 2026-491 était promulguée et publiée au Journal officiel. Pour la première fois, la République inscrit dans la loi sa « part de responsabilité » dans l'un des plus graves scandales sanitaires et environnementaux de son histoire récente.

236
Pour
0
Contre
0
Abstention

De LFI au RN, une unanimité rare

Sur les 236 députés qui ont pris part au vote, tous ont voté pour. La France insoumise fournit le contingent le plus important (51 voix), devant le Rassemblement national (45), les Socialistes (36) et Ensemble pour la République (22). Écologistes, Droite républicaine, Démocrates, GDR, Horizons et LIOT complètent ce tour d'hémicycle sans fausse note : aucun groupe n'a émis la moindre voix contre, ni la moindre abstention. Une configuration d'autant plus remarquable que le texte a été examiné selon la procédure de législation en commission, à quelques mois d'une élection présidentielle qui polarise les débats.

« Nous revoilà au cœur de cet hémicycle pour aborder une question qui n'est ni partisane, ni purement locale. Il s'agit d'une question de responsabilité nationale. »

Elie Califer
Elie Califer
SOC
Guadeloupe (4)
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Ce que dit la loi

Le texte promulgué tient en quelques articles, mais chacun porte une charge symbolique et opérationnelle lourde pour la Guadeloupe et la Martinique.

⚖️
Reconnaissance solennelle
L'État reconnaît sa part de responsabilité dans les préjudices sanitaires, moraux, écologiques et économiques subis par la Guadeloupe, la Martinique et leurs populations.
🌱
Dépollution
La loi fixe un objectif de dépollution des terres et des eaux contaminées par la molécule.
💶
Indemnisation
Le principe d'une réparation des victimes de la contamination est inscrit dans la loi ; ses modalités concrètes restent à préciser par les textes d'application.
🔬
Recherche renforcée
Les études sont intensifiées, notamment sur la santé des femmes et les pathologies du développement liées à l'exposition au chlordécone.

Derrière ces dispositions, une faute historique que l'ensemble des orateurs a rappelée : la dangerosité de la molécule était établie dès 1968, et la production américaine du Kepone — son autre nom — avait été arrêtée dès la fin des années 1970. La France, elle, a continué d'autoriser l'épandage dans les bananeraies antillaises.

« Pourtant, des dérogations successives ont permis son utilisation jusqu'en 1993, soit douze ans de plus – douze ans d'empoisonnement délibérément toléré. »

Serge Muller
Serge Muller
RN
Dordogne (2)
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« Part de responsabilité » : le compromis qui laisse un goût amer

L'unanimité du vote ne doit pas masquer la déception d'une partie des élus ultramarins. Le texte initial d'Elie Califer, adopté en première lecture le 29 février 2024, faisait reconnaître la « pleine responsabilité » de l'État. Le Sénat l'a remplacée par une « part de responsabilité » — une formulation que le député de Martinique Jean-Philippe Nilor (LFI-NFP) a dénoncée en séance comme un « flou sémantique, juridique et judiciaire paralysant », tout en résumant des décennies de colère : « L'État savait depuis longtemps ; l'État a laissé faire pendant longtemps ; l'État a été complice tout le temps. »

Le rapporteur Califer a lui-même plaidé pour accepter le compromis sénatorial plutôt que de risquer que le texte « ne devienne la victime collatérale des turbulences politiques précédant l'élection présidentielle ». Un vote conforme valait adoption définitive ; toute modification aurait relancé la navette.

À noter : la loi reconnaît une « part de responsabilité » de l'État — la formulation issue du Sénat — et non la « pleine responsabilité » voulue par le texte initial. Quant à l'indemnisation, la loi en pose le principe, mais son ampleur dépendra des textes d'application et des moyens budgétaires qui y seront consacrés.

Reste l'essentiel, que la centriste Sabine Gervais a rappelé : le chlordécone n'appartient pas au passé. C'est toute la chaîne alimentaire des populations guadeloupéenne et martiniquaise qui a été contaminée, et pour des générations.

« Cette pollution ne s'arrêtera pas demain : elle perdurera pendant sept cents ans, affectant les générations futures. »

Sabine Gervais
Sabine Gervais
DEM
Charente-Maritime (1)
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Cinquante-quatre ans, du premier épandage à la loi

1972
Autorisation du chlordécone dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique, contre le charançon du bananier.
1990
Interdiction du chlordécone en France — mais des dérogations ministérielles prolongent son usage aux Antilles jusqu'en 1993.
29 février 2024
L'Assemblée nationale adopte en première lecture la proposition de loi d'Elie Califer (100 pour, 1 contre) : première reconnaissance de la responsabilité de l'État.
12 juin 2025
Le Sénat adopte le texte en le modifiant : la « pleine responsabilité » devient une « part de responsabilité ».
2 juin 2026
Adoption définitive à l'Assemblée nationale : 236 voix pour, aucune contre.
12 juin 2026
Promulgation de la loi n° 2026-491, publiée au Journal officiel.

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