Pourquoi cette loi ? Le contexte en 5 points
  • L'industrie textile représente environ 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre — plus que l'aviation et le transport maritime réunis.
  • L'ultrafast fashion (Shein, Temu…) peut produire jusqu'à 10 000 nouveaux modèles par jour, contre quelques centaines pour H&M ou Zara. Chaque seconde, l'équivalent d'un camion de vêtements est brûlé ou enfoui quelque part dans le monde.
  • La proposition de loi, portée par Anne-Cécile Violland (Horizons), a été adoptée en première lecture à l'Assemblée en mars 2024, au Sénat en juin 2025, avant un accord en commission mixte paritaire le 17 juin 2026.
  • Le texte final crée un système de bonus/malus et des pénalités pour les marques pratiquant l'ultrafast fashion. Mais la CMP a remplacé les pénalités planchers votées en 2024 par des plafonds : 6 € maximum par produit.
  • La France devient le premier pays au monde à légiférer spécifiquement contre l'ultrafast fashion.

Le 24 juin 2026, l'Assemblée nationale adoptait définitivement la proposition de loi visant à réduire l'impact environnemental de l'industrie textile, issue de la commission mixte paritaire. Résultat : 338 voix pour, 151 abstentions, et — fait rare — zéro vote contre. Personne ne s'oppose à l'idée qu'il faille agir contre la fast fashion. En revanche, la fracture porte sur l'ambition du texte : la droite et le centre ont voté pour, la gauche tout entière s'est abstenue en dénonçant un texte vidé de sa substance.

338
Pour
151
Abstentions
0
Contre
Résultat du vote solennel — 24 juin 2026
489 votants
338 pour69,1 % des votants
151 abstentions30,9 % des votants
0 contreconsensus inédit

Le RN, premier soutien inattendu d'une loi environnementale

Avec 98 voix pour et zéro contre, le Rassemblement national forme le contingent le plus important en faveur du texte — devant EPR (89), Droite républicaine (44) et Horizons (33). Ce n'est pas par conviction écologiste : pour le RN, la loi est avant tout un instrument de protection économique contre la concurrence déloyale des plateformes chinoises. La lutte contre Shein, c'est de la politique industrielle nationale, pas de l'environnementalisme.

« Depuis plusieurs années, notre pays assiste impuissant à la montée d'un géant sans foi ni loi, qui piétine l'intégralité des règles de notre commerce, dévore un par un les emplois comme les entreprises d'habillement et trompe délibérément les consommateurs. Ce géant sans foi ni loi porte un nom, il s'appelle Shein. »

Olivia Grégoire
Olivia Grégoire
EPR
Paris (12)
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Vote par groupe politique
Pour
Abstention
RN
98 pour
EPR
89 pour
SOC
54 abs
LFI
50 abs
DR
44 pour
ECOS
35 abs
HOR
33 pour
DEM
32 pour
UDDR
17 pour
LIOT
16 pour
GDR
3 pour · 12 abs

La victoire de la rapporteure, la déception de la gauche

Pour Anne-Cécile Violland, la rapporteure Horizons qui a porté ce texte pendant deux ans, le vote solennel marque une étape historique. La France est le premier pays au monde à encadrer légalement l'ultrafast fashion. Mais le chemin fut long et le texte final porte les traces de compromis douloureux.

« Chaque seconde, l'équivalent d'un camion de vêtements est enfoui ou brûlé quelque part dans le monde. Chaque seconde. C'est cette réalité, dramatique et dévastatrice, que nous mettons enfin en droit aujourd'hui. Nous légiférons enfin pour transformer un modèle de consommation devenu insoutenable pour notre environnement, notre économie, notre santé. »

Anne-Cécile Violland
Anne-Cécile Violland
HOR
Haute-Savoie (5)
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À gauche, le bilan est tout autre. LFI (50 abstentions), les Socialistes (54) et les Écologistes (35) ont collectivement refusé de valider un texte qu'ils jugent trop timide. Leur critique centrale : la commission mixte paritaire a transformé les pénalités planchers, votées en 2024, en pénalités plafonnées. Résultat : une marque pratiquant l'ultrafast fashion pourra désormais limiter son exposition à 6 € par produit — soit 3,50 € pour un jean vendu 7 €.

« J'en viens à la pénalisation. En 2024, nous avions voté pour des montants de pénalité planchers. Nous nous retrouvons maintenant avec des pénalités plafonnées, si bien qu'en 2026 elles ne pourront dépasser 6 euros par produit. Sachant qu'elles ne peuvent par ailleurs excéder 50 % du prix, elles s'élèveront à 3,50 euros pour un jean à 7 euros : ce n'est pas à la hauteur. »

Charles Fournier
Charles Fournier
ECOS
Indre-et-Loire (1)
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Ce que change la loi

📋
Définition légale de l'ultrafast fashion
Un décret fixera les seuils (nombre de références, fréquence de renouvellement) au-delà desquels une marque sera qualifiée de pratique d'ultrafast fashion.
⚖️
Système bonus-malus
Les marques les plus polluantes payeront plus (malus) ; les plus vertueuses bénéficieront d'un avantage (bonus). Le mécanisme s'applique à l'ensemble du secteur textile.
💶
Pénalités plafonnées
Les pénalités pour ultrafast fashion sont limitées à 6 € par produit et ne peuvent dépasser 50 % du prix de vente — une version allégée du texte initial, qui ne prévoyait pas de plafond.
📢
Restrictions publicitaires
Les marques qualifiées d'ultrafast fashion se verront interdire certaines formes de publicité, notamment les campagnes incitant à l'achat d'urgence ou au renouvellement compulsif.
À noter : Le texte adopté par l'Assemblée doit encore être voté par le Sénat pour être promulgué. La rapporteure Violland espère que le Sénat suivra « lundi prochain » — mais les pénalités, déjà allégées en CMP, pourraient faire l'objet de nouvelles négociations en chambre haute.

Chronologie

Mars 2024
Première lecture à l'Assemblée nationale : adoption avec des pénalités planchers (sans plafond).
Juin 2025
Le Sénat adopte le texte à l'unanimité en première lecture.
17 juin 2026
La commission mixte paritaire trouve un accord — mais introduit des plafonds sur les pénalités. La gauche annonce son abstention.
24 juin 2026
Vote solennel à l'Assemblée : 338 pour, 151 abstentions, 0 contre. La France devient le premier pays au monde à légiférer contre l'ultrafast fashion.
Prochaine étape
Vote au Sénat puis promulgation par le Président de la République.

Retrouvez sur NosParlementaires.fr le détail des votes de chaque député, ses positions sur l'environnement et son taux de présence à l'Assemblée. Vous pouvez aussi consulter la fiche d'Anne-Cécile Violland, rapporteure du texte.