Pourquoi ce texte ? Le contexte en 5 points
  • En septembre 2024, Philippine, 19 ans, est retrouvée assassinée dans le bois de Boulogne. Son meurtrier présumé, un ressortissant marocain sous obligation de quitter le territoire français (OQTF), avait été libéré de rétention faute d'outils juridiques pour le maintenir plus longtemps.
  • En France, la durée maximale de rétention administrative est alors de 90 jours. Les services préfectoraux ne peuvent pas toujours expulser les étrangers en situation irrégulière dans ce délai, notamment quand le pays d'origine refuse d'émettre des laissez-passer consulaires.
  • La menace terroriste reste élevée : depuis les attentats de 2015, plusieurs individus radicalisés ont commis des actes violents après avoir été libérés d'un dispositif de suivi pénal ou psychiatrique insuffisant.
  • Le texte a été déposé par Charles Rodwell (EPR, Yvelines), rapporteur, et adopté en première lecture à l'Assemblée le 5 mai 2026 (345 pour, 177 contre). Une commission mixte paritaire (CMP) a abouti à un accord le 4 juin 2026.
  • Le Sénat a adopté le texte issu de la CMP le 15 juin 2026 ; l'Assemblée nationale l'a définitivement adopté le 16 juin 2026 par 345 voix pour et 177 contre.

Le 16 juin 2026, l'Assemblée nationale adoptait définitivement la proposition de loi visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d'attentat, dite loi « Philippine ». Le texte issu de la commission mixte paritaire a recueilli 345 voix pour, 177 contre et 11 abstentions, sur 533 suffrages exprimés. Le clivage est net : d'un côté, toute la droite et l'extrême droite unies ; de l'autre, toute la gauche sans exception.

345
Pour
177
Contre
11
Abstentions
Résultat du vote solennel — 16 juin 2026
533 votants
345 pour64,7 % des votants
177 contre33,2 % des votants
11 abstentions2,1 % des votants

Le RN, premier contributeur : 34 % des voix favorables

Le Rassemblement national est le groupe qui a apporté le plus de voix au texte : 117 pour, zéro contre, zéro abstention. C'est 34 % du total des suffrages favorables. Autrement dit, sans les voix du RN, la majorité aurait été bien plus courte : 228 pour contre 177 contre. Ensemle pour la République (EPR) suit avec 86 voix, puis la Droite républicaine (DR) avec 47. L'ensemble de la coalition gouvernementale — EPR, DR, Horizons, Démocrates, UDDPLR — vote en bloc pour le texte, sans dissidence.

« Nous devons examiner une proposition de loi qui protège les Français d'étrangers criminels que nous n'arrivons plus à expulser, et la première réaction de ceux qui siègent en face de nous est de la rejeter avant même d'avoir débattu. »

Gabriel Tomatis
Gabriel Tomatis
RN
Alpes-Maritimes (4)
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Vote par groupe politique
Pour
Contre
Abstention
RN
117 pour
EPR
86 pour
LFI-NFP
67 contre
SOC
62 contre
DR
47 pour
ECOS
35 contre
HOR
33 pour
DEM
26 + 1 abs
LIOT
12 + 9 abs
UDDPLR
17 pour
GDR
12 contre + 1 abs

Le rapporteur : « juste équilibre entre protection et libertés »

Charles Rodwell (EPR), rapporteur du texte, a défendu l'idée que la loi Philippe offre un point d'équilibre inédit entre efficacité sécuritaire et préservation des libertés publiques. En commission mixte paritaire, le texte a été allégé sur certains points — notamment la durée maximale de rétention — pour répondre aux préoccupations du Sénat. Le groupe Horizons a voté pour en bloc (33 voix), de même que les Démocrates (26 pour, 1 abstention). Seul le groupe LIOT s'est divisé : 12 voix pour, 9 abstentions, reflet d'un groupe composite où les sensibilités divergent entre défense des libertés et sécurité.

« Nous pouvons soutenir ce texte en affirmant aux Français que d'autres forces républicaines font le choix du juste équilibre entre leur protection et celle des libertés publiques ! »

Charles Rodwell
Charles Rodwell
EPR
Yvelines (1)
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La gauche unanime contre : LFI, Socialistes, Écologistes et GDR à 100 %

L'opposition de gauche a voté contre sans la moindre dissidence. LFI-NFP : 67 contre, 0 pour, 0 abstention. Socialistes : 62 contre, 0 pour. Écologistes : 35 contre, 0 pour. GDR : 12 contre, 1 abstention. Au total, le bloc NFP élargi représente 176 des 177 voix contre. Les arguments portent sur les libertés individuelles, la restriction du droit de changer de prénom pour les personnes trans, l'élargissement des hospitalisations sans consentement et la durée de rétention jugée disproportionnée.

« Il y aurait pourtant le temps, mais votre logiciel restera toujours le même : l'impasse du tout-sécuritaire, la xénophobie et la lutte contre la petite délinquance préférée à la lutte contre la pédocriminalité. De ce logiciel, nous débarrasserons les Français en 2027. »

Gabrielle Cathala
Gabrielle Cathala
LFI-NFP
Val-d'Oise (6)
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Ce que change la loi

⏱️
Rétention prolongée jusqu'à 360 jours
Les étrangers sous OQTF condamnés pénalement et jugés dangereux peuvent désormais être retenus jusqu'à 360 jours (voire 540 dans certains cas), contre 90 jours auparavant.
🧠
Injonction d'examen psychiatrique
Le préfet peut ordonner un examen psychiatrique obligatoire à des individus présentant des signes d'adhésion à des thèses extrémistes et un comportement menaçant, pour prévenir les actes terroristes.
🔒
Rétention de sûreté terroriste
Après l'exécution d'une peine de prison, les condamnés pour terrorisme présentant un risque de récidive peuvent être placés en unité de soins sécurisée, sous contrôle judiciaire.
🔁
Réitération de la rétention
Réintroduction de la possibilité de renouveler plusieurs fois le placement en rétention sur la base d'une même décision d'éloignement, pour les profils les plus dangereux.
À noter : La restriction du droit de changer de prénom pour les personnes trans disposant d'un acte de naissance étranger, initialement introduite au Sénat, figure dans le texte final. Cette mesure a concentré une grande partie des critiques de la gauche et des associations de défense des droits des personnes trans, qui la jugent discriminatoire et sans lien avec l'objet sécuritaire du texte.

Chronologie

Septembre 2024
Philippine, étudiante de 19 ans, est assassinée dans le bois de Boulogne. Son meurtrier présumé était sous OQTF et avait été libéré de rétention administrative.
5 mai 2026
L'Assemblée nationale adopte la proposition de loi en première lecture : 345 pour, 177 contre.
4 juin 2026
Accord en commission mixte paritaire entre députés et sénateurs sur un texte commun.
15 juin 2026
Le Sénat adopte le texte issu de la CMP.
16 juin 2026
L'Assemblée nationale adopte définitivement la loi : 345 pour, 177 contre, 11 abstentions. Promulgation prévue dans les semaines suivantes.

Consultez la fiche complète de la loi Philippine sur NosParlementaires, ou explorez les profils des élus qui ont voté pour ou contre ce texte pour mieux comprendre les lignes de fracture au sein de l'hémicycle.