- Depuis l'accord de Nouméa de 1998, le corps électoral des élections provinciales est gelé : seules les personnes installées en Nouvelle-Calédonie avant novembre 1998 — ou leurs descendants directs — pouvaient y voter.
- Des milliers de Calédoniens nés sur l'archipel mais partis faire leurs études ou travailler en métropole s'en trouvaient donc exclus, sans avoir jamais émigré.
- En mai 2024, une tentative de réforme par révision constitutionnelle avait dégénéré en émeutes : 13 morts, plus d'un milliard d'euros de dégâts, l'économie calédonienne dévastée.
- La nouvelle proposition de loi organique adoptée en 2026 est plus modeste : elle cible uniquement les « natifs » — environ 10 500 personnes nées en Nouvelle-Calédonie qui n'avaient jamais été inscrites sur la liste électorale spéciale.
- Le FLNKS (Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste), principal mouvement indépendantiste, reste réticent : toute réforme unilatérale du corps électoral leur paraît contraire à l'esprit des accords.
Le 20 mai 2026, l'Assemblée nationale adopte en première lecture la proposition de loi organique portant régularisation des natifs dans le corps électoral pour les élections au Congrès et aux assemblées de province de Nouvelle-Calédonie. Avec 386 voix pour et 127 contre, le texte est adopté confortablement — mais le paysage politique autour de lui est inédit : à droite, du RN à Horizons, la quasi-unanimité ; à gauche, LFI, les Écologistes et le GDR forment un bloc d'opposition.
Une coalition inédite : du RN aux socialistes
Le RN apporte le contingent le plus important avec 116 voix pour, devant EPR (84) et les socialistes (47). De la droite la plus à l'extrême jusqu'au centre-gauche, la loi réunit une majorité inhabituelle — un consensus que même les textes sur l'agriculture ou la sécurité n'avaient pas suscité. Cette convergence s'explique par le caractère relativement limité du texte : il ne touche que les natifs, sans ouvrir le corps électoral à tous les résidents comme certains l'auraient souhaité.
La gauche, alliée objective du FLNKS
LFI (71 voix contre), les Écologistes (31 contre, 1 abstention) et le GDR (17 contre) ont formé un bloc d'opposition homogène. Leur argument n'est pas de principe : ils ne refusent pas aux natifs le droit de voter. Bastien Lachaud (LFI) l'a dit explicitement dans les couloirs : « On n'a jamais été contre le principe, à partir du moment où ça se fait en accord avec le FLNKS. » Or le FLNKS — principal mouvement indépendantiste kanak — n'avait pas validé ce texte précis, craignant qu'une ouverture sélective aux seuls natifs dilue leur force électorale sans ouvrir la voie à l'autodétermination.
« Vous êtes la honte de la République ! Vous êtes la honte de la Nouvelle-Calédonie ! »
Nicolas Metzdorf, non-indépendantiste élu en Nouvelle-Calédonie (1re circonscription), a exprimé avec une rare virulence sa déception envers la gauche de l'hémicycle. Lui qui portait le texte au nom de la communauté loyaliste a vu dans le vote de LFI une trahison des promesses de l'État envers les forces non-indépendantistes. « Le Parlement a encore une fois refusé d'honorer la parole donnée par l'État aux différentes forces politiques de Nouvelle-Calédonie », a-t-il ajouté.
« L'exercice du droit à l'autodétermination nous revient à nous, peuple colonisé. C'est juste une remarque que je fais et je vous invite à mesurer la justesse des propos prononcés dans cette enceinte. »
Emmanuel Tjibaou, fils de Jean-Marie Tjibaou (fondateur du FLNKS, assassiné en 1989), siège au GDR et a voté contre. Sa déclaration résume la position des indépendantistes et de leurs alliés parlementaires : la question de qui vote en Nouvelle-Calédonie relève du droit à l'autodétermination des peuples colonisés, pas d'une décision unilatérale du Parlement français. Le terme même de « Kanaky » employé par Sabrina Sebaihi (Écologistes) pour désigner le territoire illustre cette lecture.
« Je suis assez choquée d'entendre des parlementaires établir une comparaison entre la question du droit du sol et la situation en Kanaky Nouvelle-Calédonie, territoire à décoloniser selon l'ONU. Que vous le vouliez ou non, c'est le droit international ! »
Ce que change la loi
Chronologie
Retrouvez la fiche de vote de chaque député sur NosParlementaires.fr, ainsi que les profils de Nicolas Metzdorf et Emmanuel Tjibaou, les deux élus de Nouvelle-Calédonie à l'Assemblée.