Question écrite
✓ Répondue le 30/06/2026
enseignement
Enjeu de souveraineté numérique au sein du ministère de l'éducation nationale
Posée le 18/11/2025 • Ministère interrogé : Ministère de l’éducation nationale
Anthony Boulogne RN
Député — Meurthe-et-Moselle (6)
La question
M. Anthony Boulogne alerte M. le ministre de l'éducation nationale sur les conséquences en matière de souveraineté du choix du ministère de l'éducation nationale de privilégier des offres numériques étrangères, en lieu et place de solutions souveraines françaises. Dans les discours des responsables publics, la reconquête de la souveraineté numérique française et son corollaire, le refus de la dépendance à l'égard d'entité étrangères en matière de collecte et de gestion des données personnelles des citoyens, constituent des objectifs prioritaires. C'est tout le sens des dispositions de la loi n° 2016-1321 du 7 octobre 2016 pour une République numérique : l'article 16 de cette loi affirme un principe clair : les administrations publiques (État, collectivités territoriales) de même que les personnes publiques ou privées exerçant une mission de service public « veillent à préserver la maîtrise, la pérennité et l'indépendance de leurs systèmes d'information. Elles encouragent l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts lors du développement, de l'achat ou de l'utilisation, de tout ou partie, de ces systèmes d'information ». Dans les faits, le choix d'un acteur numérique extra-européen apparaît comme une évidence, au détriment bien entendu des entreprises françaises, qui proposent des solutions technologiques de qualité et souveraines. Cette préférence étrangère en matière technologique s'observe au sein même de l'appareil d'État et des ministères, en premier lieu celui de l'éducation nationale. Dans son rapport d'enquête de juillet 2025 sur les coûts et modalités effectifs de la commande publique et la mesure de leur effet d'entraînement sur l'économie française, le Sénat a illustré la persistance de la dépendance française aux offres numériques étrangères. Le ministère de l'éducation nationale a conclu, en mars dernier, un accord-cadre pour le renouvellement de ses licences Microsoft, le montant du marché oscillant entre 75 et 152 millions d'euros HT sur quatre ans. L'objectif de ce contrat est de garantir le fonctionnement optimal des 800 000 postes de travail équipés du système d'exploitation Windows et de la suite bureaucratique Office (Word et Excel), installés dans les établissements scolaires du pays. Un projet d'une telle ampleur doit être soumis au contrôle de la délégation interministérielle au numérique (Dinum), qui rend un avis de conformité aux règles applicables relatives à l'exposition des données publiques tricolores au risque de transfert à des acteurs numériques étrangers. Selon Mme Stéphanie Schaer, directrice interministérielle du numérique, ce contrôle a priori n'a pas été réalisé s'agissant du renouvellement des licences Microsoft au sein du ministère de l'éducation nationale. La Dinum n'a donc pas pu exercer sa mission, qui s'avère pourtant essentielle pour préserver la souveraineté numérique du pays et éviter que des données françaises, potentiellement sensibles, tombent entre les mains d'acteurs étrangers. L'aspect financier d'un tel projet interroge également : comme le rappelle le rapport d'enquête, la « dépendance à Microsoft a un coût, qui se fait par exemple sentir à chaque mise à jour de son système d'exploitation » (P. 258). Alors que les acteurs du numérique tricolore sont écartés, au prétexte d'un déficit de compétitivité et d'un manque supposé de compétences par rapport à leurs homologues étrangers, la dépendance du ministère de l'éducation nationale à l'égard des solutions numériques américaines mérite d'être interrogé d'un point de vue financier. M. le député exprime sa préoccupation quant à la situation de dépendance du ministère de l'éducation nationale vis-à-vis d'acteurs numériques étrangers, tant du point de vue des incidences financières d'une telle dépendance que de ses implications en matière de préservation de la souveraineté numérique du pays. Il lui demande sa position sur le sujet.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 30/06/2026
Le ministère porte une stratégie de souveraineté numérique fondée sur les logiciels libres, inscrite dans la stratégie du numérique pour l'éducation 2023-2027. Il déploie pour ses 1,2 million d'agents une offre complète de solutions libres et souveraines, sans équivalent en Europe en matière de passage à l'échelle : messagerie Zimbra (future plus grande messagerie professionnelle d'Europe, déjà la plus grande de la fonction publique), visioconférence BigBlueButton hébergée chez le fournisseur français Scaleway (1,5 million de réunions en 2025, 500 000 participants par mois), partage de fichiers Nextcloud (500 millions de fichiers, 1 200 To de stockage), plateforme collaborative Nuxeo, formation en ligne Moodle (400 000 utilisateurs/an) et messagerie instantanée Tchap. Les postes de travail des agents en administration centrale restent équipés de Windows et Office, pour un coût de 2 M€/an - coût très compétitif rendu possible par un accord-cadre mutualisé couvrant également 300 établissements d'enseignement supérieur. Ce cadre permet des économies d'échelle significatives et un pilotage stratégique de la relation avec Microsoft. Le ministère s'inscrit par ailleurs dans les travaux interministériels pilotés par la DINUM sur la migration vers Linux pour les agents administratifs. Les équipements des établissements scolaires relèvent quant à eux de la compétence des collectivités territoriales. Dans ce périmètre, le ministère proscrit tout déploiement de suites collaboratives en ligne d'éditeurs non-européens, pour deux raisons principales : la protection des données des élèves, majoritairement mineurs, et la nécessaire neutralité de l'enseignement numérique, qui ne doit pas orienter les élèves vers un outil commercial donné. Le décret du 5 décembre 2025 impose aux établissements publics du second degré de respecter les exigences de sécurité et d'interopérabilité, et d'utiliser les services nationaux inscrits dans la doctrine technique du ministère. Il est ainsi recommandé de privilégier les ENT fournis par les collectivités et le gestionnaire d'accès aux ressources du ministère, qui limite les risques de transferts de données hors Union européenne.
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗
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