Question écrite ✓ Répondue le 30/06/2026 lieux de privation de liberté

Prison Rennes-Vezin : quand l'administration abandonne ses cadres

Posée le 02/12/2025 • Ministère interrogé : Ministère de la justice

Ugo Bernalicis

Ugo Bernalicis LFI-NFP

Député — Nord (2)

La question

M. Ugo Bernalicis interroge M. le garde des sceaux, ministre de la justice, sur les décisions prises à la suite de l'évasion d'une personne détenue du centre de détention de Rennes-Vezin lors d'une permission de sortir collective, le 14 novembre 2025. À la suite de cet incident, l'administration centrale et la direction interrégionale ont engagé une série de procédures et de demandes d'explications à l'encontre de plusieurs personnels : réunions de crise successives, convocations en gendarmerie, auditions, demandes écrites d'explication et finalement annonce publique de la mise en cause du chef d'établissement. Cette gestion, largement médiatisée, a suscité l'indignation d'un grand nombre d'organisations syndicales représentatives, CGT IP, SNEPAP-FSU, Syndicat national des directeurs pénitentiaires, FO direction, Conférence nationale des directeurs pénitentiaires d'insertion et de probation, qui ont unanimement dénoncé la désignation hâtive d'un responsable et ont apporté leur soutien au directeur concerné ainsi qu'aux personnels du SPIP et de l'établissement. M. le député rappelle que le centre pénitentiaire de Rennes-Vezin fait face à une situation structurellement dramatique : surpopulation carcérale aiguë, projet de quadruplement de certaines cellules, multiplication des tensions et des incidents et surtout une série de drames humains. Le huitième suicide de l'année vient d'y survenir, portant à quatorze le nombre de décès depuis le début de l'année, certains dans des conditions particulièrement éprouvantes pour les personnels et les personnes détenues. Ces éléments, qui devraient mobiliser l'attention du ministère, semblent pourtant relégués au second plan derrière des impératifs de communication qui président désormais à la gestion quotidienne du ministère et de l'administration pénitentiaire. Il apparaît par ailleurs que les politiques engagées depuis un an par M. le ministre dans les traces de son prédécesseur Éric Dupond-Moretti tendent à restreindre les activités proposées aux personnes détenues, à limiter les permissions de sortir pourtant reconnues comme utiles à la prévention de la récidive et à concentrer les moyens sur des établissements spécialisés présentés comme solution à tous les maux du système pénitentiaire. Dans des établissements surpeuplés et sous-dotés en personnels, de telles orientations ne peuvent qu'aggraver les tensions et compromettre la mission fondamentale de réinsertion. M. le député s'inquiète profondément qu'un cadre pénitentiaire puisse être déplacé ou sanctionné sans respect de procédure à la suite d'un incident relevant avant tout de la liberté individuelle d'une personne détenue et que les personnels d'encadrement soient ainsi laissés sans soutien par leur administration. Une telle logique pourrait durablement fragiliser la capacité des directeurs et des équipes à exercer leurs missions et mettre à mal l'objectif essentiel de prévention de la récidive, lequel suppose une préparation effective à la sortie et une confiance réelle dans les professionnels qui œuvrent chaque jour pour la sécurité et la protection de la société. Il lui demande en conséquence de préciser pour quels motifs exacts le chef d'établissement de Rennes-Vezin a été publiquement mis en cause ; comment il justifie la multiplication des procédures engagées contre les personnels alors que l'incident relève d'un risque inhérent à toute mesure en milieu libre ; quelles garanties il entend apporter afin que les directeurs et personnels du service public pénitentiaire bénéficient du soutien de leur administration lorsqu'ils accomplissent leurs missions dans un contexte particulièrement dégradé ; enfin, quelles mesures structurelles il entend prendre pour améliorer durablement les conditions de détention, renforcer la prévention de la récidive et rétablir une politique fondée sur l'individualisation des parcours et la confiance envers les professionnels.

✓ Réponse du gouvernement

Publiée le 30/06/2026

La direction générale de l'administration pénitentiaire (DGAP) est pleinement mobilisée, en collaboration avec ses partenaires institutionnels et associatifs, pour œuvrer à la réinsertion des personnes placées sous main de justice (PPSMJ), dans un objectif de lutte contre la récidive. Les dispositions des articles D143 et suivants du code de procédure pénale disposent que certaines activités collectives, sportives et culturelles organisées en détention appellent une suite hors des murs des établissements pénitentiaires. Le cas échéant, les personnes détenues peuvent y participer dans le cadre d'une permission de sortir d'une durée maximale de trois jours lorsque ces activités participent à la préparation de la réinsertion professionnelle ou sociale. Ces permissions sont octroyées par le juge de l'application des peines ou, suite à délégation, par le chef de l'établissement pénitentiaire dans lequel la personne détenue est incarcérée. Elles ont pour objectif de prévenir la récidive en donnant du sens à la peine. Le risque d'évasion durant ces permissions de sortir existe et ne doit pas être négligé. A cet effet, leur mise en œuvre doit prendre en compte le sens de la peine, le respect des victimes, et porter une attention particulière aux risques de troubles à l'ordre public. Il est également possible de réduire ce risque de manière significative en sélectionnant avec attention et rigueur les profils autorisés à bénéficier de ces permissions. Cette sélection relève de la responsabilité du service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP) et de l'établissement. En 2025, un rappel clair des dispositions qui encadrent les permissions de sortir collectives culturelles et sportives avaient été faites, par la DGAP et le garde des Sceaux, par le biais de plusieurs instructions. Dès lors, dans le cas d'espèce mentionné, la proposition faite par le chef d'établissement d'une personne détenue ayant déjà tenté de s'évader par le passé ne correspondait ni aux exigences impératives de sécurité indispensables à la mise en œuvre de ce type de mesure, ni aux consignes données par la DGAP. Des mesures se sont avérées nécessaires afin d'éviter que cette situation ne se reproduise et le chef d'établissement a ainsi été relevé de ses fonctions. De plus, une note du 12 mai 2026 a été diffusée par la DGAP aux services déconcentrés de l'administration pénitentiaire en vue de prévoir un circuit de validation des projets renforcé, de garantir un déroulement sécurisant des permissions de sortir, tout en rappelant leur sens et leur intérêt dans le parcours de réinsertion. Par ailleurs, afin d'améliorer la réinsertion des PPSMJ et de lutter contre la récidive, l'offre d'activités proposée s'accroit et se diversifie, tant sur le travail, la formation professionnelle, l'enseignement que sur les activités socioculturelles et sportives. Cette dynamisation des actions proposées repose en partie sur des appels à projets nationaux dont les budgets sont régulièrement augmentés. Ainsi, en 2025, 533 projets d'accompagnement des PPSMJ ont été retenus et cofinancés par la DGAP, contre 393 en 2024. Cette politique volontariste se construit pleinement en lien avec la société civile et un réseau large de partenaires nationaux (Secours Catholique, musée du Louvre, fédérations sportives, etc.). Chaque année la réalisation de nouvelles conventions étoffe le réseau partenarial de la DGAP, composée aujourd'hui de plus de 70 associations ou fédérations nationales. De plus, les leviers d'insertion professionnelle déployés en détention sont articulés dans une logique de parcours, dès l'arrivée en détention. Un diagnostic socioprofessionnel systématique à l'arrivée en maison d'arrêt ou quartier maison d'arrêt est ainsi en cours de déploiement dans le cadre du processus arrivant. Celui-ci vise à établir une photographie des compétences et de la situation professionnelle de la personne ; à permettre une prise en compte rapide de ces enjeux par les conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation (CPIP) dès le début de la prise en charge et à favoriser la mobilisation de la personne autour de son projet professionnel. Opéré par des professionnels de l'insertion de l'Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes, ce diagnostic devrait être opérationnel dans les 117 sites concernés d'ici septembre 2026. Enfin, afin d'analyser l'évolution et les missions des SPIP au sein de la chaîne pénale, les États généraux de l'insertion et de la probation (EGIP) ont été lancés le 24 juin 2025. Ils ont réuni des agents de l'administration pénitentiaire, des personnels exerçant en juridiction, des partenaires institutionnels et associatifs, les représentants des organisations syndicales, des chercheurs et des élus. Le rapport des EGIP a été remis le 13 février 2026 et synthétise l'ensemble des propositions évoquées et les principales préconisations à retenir. A la suite de ces travaux, le Premier ministre a confié à Monsieur le sénateur Louis VOGEL une mission visant à analyser, approfondir et évaluer la mise en œuvre de ces recommandations et à travailler à leur traduction sur le plan législatif ou règlementaire.

Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗

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