Question écrite
✓ Répondue le 30/06/2026
lieux de privation de liberté
Risques de rapprochements entre criminels dans le cadre pénitentiaire
Posée le 17/03/2026 • Ministère interrogé : Ministère de l'intérieur
Nicolas Meizonnet RN
Député — Gard (2)
La question
M. Nicolas Meizonnet appelle l'attention de M. le ministre de l'intérieur sur les risques de rapprochement entre narcotrafiquants et cybercriminels au sein des établissements pénitentiaires et sur les mesures mises en œuvre pour prévenir la constitution d'alliances entre ces différentes formes de criminalité. À l'heure où les technologies numériques occupent une place croissante dans l'organisation des activités criminelles, les réseaux de narcotrafic connaissent une évolution rapide de leurs modes d'action. L'usage d'internet et notamment du darknet, permettant d'anonymiser les utilisateurs et leurs communications, facilite aujourd'hui l'organisation de ventes de stupéfiants en ligne, la mise en relation avec des clients et la réalisation de transactions au moyen de cryptomonnaies. Ces outils rendent les circuits de distribution plus difficiles à identifier et compliquent le travail des services d'enquête chargés de démanteler ces réseaux. Dans ce contexte, certains observateurs s'inquiètent du risque que ces compétences numériques puissent être mobilisées par des organisations criminelles traditionnelles. Les établissements pénitentiaires, où se côtoient des détenus issus de milieux délinquants très différents, peuvent constituer un lieu propice à ce type de rapprochement. Le risque est notamment que des narcotrafiquants incarcérés entrent en contact avec des individus condamnés pour des faits de cybercriminalité et cherchent à mobiliser leurs compétences techniques afin de développer ou de moderniser leurs réseaux, notamment en matière de ventes en ligne, de blanchiment ou de dissimulation des flux financiers. Toutefois, dans un contexte marqué par la surpopulation carcérale et par la diversité des profils pénaux présents dans les établissements, la question de l'isolement ou de la séparation effective de certains détenus susceptibles de nouer des alliances criminelles demeure posée. Dans ce contexte, il souhaite savoir dans quelle mesure l'administration pénitentiaire met en œuvre des dispositifs de surveillance et de séparation destinés à éviter les rapprochements entre narcotrafiquants et cybercriminels en détention. Il lui demande également comment le Gouvernement évalue le risque de constitution de telles alliances au sein des établissements pénitentiaires et quelles mesures complémentaires pourraient être envisagées pour empêcher que des compétences issues de la cybercriminalité ne soient mises au service des réseaux de narcotrafic.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 30/06/2026
Le ministère de la Justice poursuit son engagement afin d'améliorer les conditions de travail des personnels pénitentiaires et de garantir au mieux leur sécurité. En 2019, la création du service national du renseignement pénitentiaire (SNRP) a permis de renforcer les investigations concernant les individus présentant un niveau de menace élevé. Le SNRP, en produisant et analysant du renseignement dans l'ensemble des structures de l'administration pénitentiaire, en milieux ouvert et fermé, sur les personnes placées sous main de justice, permet une évaluation plus fine des profils pénaux et des réseaux formés au sein et en dehors des établissements. Le 13 juin 2025, la loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic, a permis la création des quartiers de lutte contre la criminalité organisée (QLCO), afin de prévenir la poursuite ou l'établissement de liens avec les réseaux de la criminalité et de la délinquance organisées, quelles que soient les finalités et les formes de ces derniers. Les personnes détenues dans les QLCO sont soumises à un régime de détention strict et étanche afin de mettre un terme aux activités criminelles menées par les narcotrafiquants depuis la détention. Ce régime inclut notamment une systématisation des fouilles corporelles intégrales après tout contact avec l'extérieur hors surveillance constante de l'administration, la mise en œuvre de parloirs dotés d'un dispositif de séparation, dit hygiaphone, ou encore des mesures de séparation entre les personnes détenues. De plus, afin de garantir la sécurité des personnes détenues et des personnels pénitentiaires, une vaste opération de renforcement de l'étanchéité des prisons a été engagée le 21 novembre 2025. Grâce à l'obtention d'un budget de 29 millions d'euros à la fin de l'année 2025, des travaux majeurs ont immédiatement débuté dans six établissements pénitentiaires, comprenant l'installation de dispositifs de lutte contre les drones, des brouilleurs, des portiques à ondes millimétriques ou encore de nouveaux tunnels de colis et bagages à rayons X. 5 autres établissements ont été sélectionnés pour poursuivre le renforcement de l'étanchéité des prison en 2026. Pour compléter ce plan ambitieux, des fouilles massives dites « Fouilles XXL » ont lieu depuis le 25 novembre 2025 dans l'ensemble des maisons d'arrêt et quartiers maisons d'arrêt. L'objectif poursuivi est de lutter contre les trafics en détention, l'introduction d'objets illicites et la poursuite des activités criminelles depuis la prison. Les équipes de sécurité pénitentiaire, notamment les équipes régionales d'intervention et de sécurité, sont mobilisées pour ces fouilles, ainsi que les brigades cynotechniques de l'administration pénitentiaire et de la police nationale. Un premier bilan de ces fouilles montre qu'elles ont permis la saisie de 1789 téléphones portables, 12 kg de produits stupéfiants en 2025. Pour 2026, 680 téléphones portables et plus de 4 kg de produits stupéfiants ont été saisis.
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗
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