Aller au contenu
nosparlementaires.

Les votes. Les textes.
Les visages du pouvoir.

Soutenir
Question écrite ✓ Répondue le 29/09/2026 outre-mer

Transport aérien en outre-mer : il ne peut pas être une vache à lait !

Posée le 18/08/2026 · Ministère interrogé : Ministère des transports

Béatrice Bellay Béatrice BellaySOC Députée — Martinique (3)

La question

Mme Béatrice Bellay interroge M. le ministre des transports sur les conséquences, pour les dessertes aériennes ultramarines, du projet de contrat de régulation économique conclu entre l'État et Aéroports de Paris pour la période 2027-2034. Selon les éléments rendus publics, ce projet prévoirait une augmentation des redevances passagers de 34 % sur les lignes domestiques et de 21 % sur les liaisons européennes et ultramarines, contre 16 % sur les dessertes internationales. Une telle différenciation apparaît particulièrement préoccupante dès lors que les liaisons entre les outre-mer et l'Hexagone ne relèvent pas d'une mobilité de convenance mais constituent, pour les populations concernées, une nécessité liée à l'accès aux soins, aux études, à l'emploi, aux liens familiaux et, plus largement, à l'exercice effectif de la continuité territoriale. Le rapport d'information de la Délégation aux outre-mer de l'Assemblée nationale sur l'impact des taxes et redevances applicables au transport aérien ultramarin - dont Mme la députée est co-rapporteure - rappelle à cet égard qu'il n'existe, pour l'essentiel de ces déplacements, aucune alternative modale crédible à l'avion. Cette nouvelle hausse s'inscrirait en outre dans un contexte d'alourdissement continu des prélèvements pesant sur le transport aérien. Le même rapport évalue à près de trois milliards d'euros le montant annuel de la fiscalité spécifique au secteur et souligne que ces charges se traduisent directement par une augmentation du prix des billets et une fragilisation de l'économie des dessertes ultramarines. Cette évolution paraît d'autant plus difficile à comprendre que l'Autorité de régulation des transports a refusé à deux reprises, les 16 décembre 2025 et 10 février 2026, des demandes d'homologation présentées par Aéroports de Paris portant sur l'évolution de ses redevances. À cette occasion, ADP avait indiqué que ces refus ne remettaient pas en cause sa capacité à financer les investissements programmés. La question de la répartition de l'effort financier est donc centrale. Le projet de contrat de régulation économique prévoit des investissements très importants destinés notamment à renforcer la capacité et l'attractivité du hub international de Paris-Charles-de-Gaulle. Il serait difficilement justifiable que les passagers ultramarins, captifs de l'aérien du fait de leur éloignement géographique, contribuent proportionnellement davantage que les passagers internationaux au financement de cette stratégie. Le rapport précité préconise d'ailleurs de faire évoluer le système de « double caisse » d'Aéroports de Paris vers un système de « caisse aménagée », afin que les bénéfices issus des activités commerciales contribuent plus significativement au financement des investissements aéronautiques et permettent ainsi de limiter la hausse des redevances répercutées sur les compagnies puis, in fine, sur les passagers. Elle lui demande en conséquence si le Gouvernement entend revoir la trajectoire tarifaire prévue pour les liaisons ultramarines afin de limiter l'évolution des redevances au niveau de l'inflation, conformément à l'exigence de continuité territoriale ; s'il envisage de conditionner son accord au contrat de régulation économique à une meilleure contribution des recettes commerciales d'ADP au financement de ses investissements et quelles garanties il entend apporter afin que les investissements destinés au renforcement du hub international de Paris-Charles-de-Gaulle ne soient pas financés de manière disproportionnée par les voyageurs des liaisons ultramarines.

✓ Réponse du gouvernement

Publiée le 29/09/2026
Le Gouvernement est pleinement conscient de l'enjeu de la desserte des destinations ultramarines et des problématiques de prix des billets d'avion associées, et attache une attention constante à limiter autant que possible leurs hausses. À ce titre, il convient de relever qu'en moyenne entre 2005 et 2025, les redevances aéroportuaires par passager des plateformes parisiennes n'ont augmenté que de 1,4 % par an sur le faisceau ultramarin soit une valeur du niveau d'inflation moyen, et sous le niveau moyen d'augmentation des redevances applicables aux autres faisceaux géographiques dont l'évolution varie entre +2,7 % par an et +4,7 % par an selon les faisceaux, pour la même période. Par ailleurs, la grille tarifaire actuelle d'Aéroports de Paris (ADP) prévoit que les passagers ultramarins paient une redevance par passager 1,1 fois plus élevée que les passagers métropolitains, tandis que les passagers internationaux paient une redevance 2,5 fois plus élevée que les passagers métropolitains, alors même que les coûts générés par un passager ultramarin sont relativement proches de ceux générés par un passager international (vols long-courriers, traitement des bagages, etc.). À titre d'ordre de grandeur, l'application stricte du principe général de facturation en proportion des coûts conduirait à appliquer un ratio de 1,6 à 2,2 entre passagers ultramarins et métropolitains et 2 à 2,2 entre passagers internationaux et métropolitains. Toutefois, dans le cadre de ses avis et décisions, l'Autorité de régulation des transports (ART) a enjoint ADP à resserrer les écarts tarifaires pratiqués entre le faisceau international et les autres faisceaux. Indépendamment des enjeux sociaux et de continuité territoriale que vous soulevez et que le Gouvernement partage pleinement, l'Autorité estime qu'il existe un défaut de proportionnalité entre les tarifs appliqués aux passagers internationaux et les tarifs appliqués aux autres passagers. Aussi, dans le cadre du projet de contrat de régulation économique (CRE) 2027-2034, ADP s'est vu contraint de prévoir un resserrement progressif des tarifs pratiqués entre faisceaux, conduisant mécaniquement à diminuer la charge sur les passagers internationaux et à l'augmenter sur les autres passagers. Cependant, afin de limiter au maximum l'impact pour les passagers ultramarins, le projet de CRE négocié entre le Gouvernement et ADP prévoit d'aligner les tarifs ultramarins sur les tarifs métropolitains et d'appliquer aux passagers internationaux un tarif 2,2 fois plus élevé, soit le maximum justifiable au regard des contraintes imposées par le régulateur. De plus, les négociations entre l'État et ADP ont permis de limiter la hausse tarifaire initialement envisagée par ADP dans son avant-projet de contrat publié en décembre 2025, avec une hausse moyenne globale des redevances, tous faisceaux confondus, ramenée de IPC (indice des prix à la consommation) +2,6% à IPC +2,1%. In fine, l'équilibre négocié dans le projet de CRE permet une hausse des tarifs sur le faisceau ultramarin inférieure à l'inflation sur la période 2025-2027. Les tarifs de la redevance passagers pour les passagers ultramarins seront ensuite alignés avec les tarifs passagers les plus faibles, soit les tarifs métropolitains.

Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗

Autres questions de Béatrice Bellay

Pays des Océans dans le viseur de Trump l'impérialiste

Question écrite · 15/09/2026

En attente

Réviser l'octroi de mer, oui, mais comment ?

Question écrite · 08/09/2026

En attente

Quelle est la véritable articulation de l'octroi de mer et de la TVA ?

Question écrite · 08/09/2026

En attente

Octroi de mer, scénario du pire : DGG - services publics communaux

Question écrite · 08/09/2026

En attente
← Retour à la fiche de Béatrice Bellay