Crise du BTP en Guadeloupe
Olivier ServaLIOT
Député — Guadeloupe (1)
La question
M. Olivier Serva alerte Mme la ministre des outre-mer sur la crise que traverse le secteur du BTP en Guadeloupe. En effet, ce qui apparaissait initialement comme un ralentissement conjoncturel provoqué par la crise sanitaire de la covid-19 s'est transformé en une crise structurelle, aux causes multiples. La première d'entre elles tient à l'effondrement de la commande publique, qui est pourtant la principale source d'activité du secteur. À titre d'exemple, entre novembre 2024 et novembre 2025, seuls 331 appels d'offres ont été publiés en Guadeloupe, contre 501 sur la même période un an plus tôt. Cette baisse est étroitement liée à la crise du logement social, secteur étant l'un des premiers donneurs d'ordre public du BTP ultramarin. En effet, les notifications de la ligne budgétaire unique (LBU) transmises au préfet de Guadeloupe ont accusé une baisse de 40 % par rapport à 2025. Or cet écart excède très largement la baisse de 11 % prévue par la loi de finances pour 2026, ce qui traduit un décalage préoccupant entre les engagements budgétaires votés par le Parlement et leur exécution réelle sur le territoire. À cette contraction de la commande publique s'ajoutent des tensions de trésorerie liées à la persistance des retards de paiement des donneurs d'ordre publics qui seraient ainsi redevables d'environ 180 millions d'euros auprès des entreprises du secteur. Ces retards fragilisent les entreprises et durcissent leurs relations avec les établissements bancaires, ceux-ci adoptant une approche de plus en plus restrictive en matière de financement. Cette situation est d'autant plus préoccupante que, dans un territoire insulaire où les coûts d'exploitation sont structurellement plus élevés qu'en France hexagonale, l'accès à des outils de financement adaptés constitue un enjeu vital pour la survie des entreprises. Enfin, le secteur fait face à une hausse continue de ses coûts de production, résultant de facteurs qui échappent largement à sa maîtrise. À ce titre, l'entrée en vigueur en janvier 2026 du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières pèse directement sur le coût des matériaux importés, dont dépend intégralement l'outre-mer : sur le seul ciment, la perte de compétitivité est déjà estimée à 8 %. Cette hausse s'ajoute à celle des carburants (+ 40 à 60 % selon les usages). Au surplus, la fermeture de la carrière de Deshaies, consécutive à l'éboulement du 3 décembre 2024, prive le territoire de son principal fournisseur de granulats, contraignant les entreprises à les importer depuis la Martinique ou la Dominique, à un coût doublé. L'ensemble de ces facteurs explique le recul de 9,8 % du chiffre d'affaires du secteur en 2025, selon l'Institut d'émission des départements d'outre-mer et l'inquiétude exprimée par 91 % des chefs d'entreprise du BTP guadeloupéen quant à l'avenir de leur activité. Ainsi, il lui demande, d'une part, quelles mesures elle entend prendre pour rétablir les crédits de la LBU à un niveau conforme aux autorisations d'engagement votées en loi de finances pour 2026, ainsi que pour accélérer, en lien avec les services de l'État compétents, la résorption des retards de paiement des donneurs d'ordre publics envers les entreprises du secteur et pour faciliter leur accès à des dispositifs de financement adaptés aux réalités des territoires insulaires et, d'autre part, quelles mesures de compensation ou d'accompagnement elle envisage pour atténuer l'impact de la hausse des coûts d'approvisionnement en matériaux sur les entreprises du secteur.
⏳ Cette question n'a pas encore reçu de réponse du gouvernement.
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗
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