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Question écrite En attente de réponse patrimoine culturel

La tapisserie de Bayeux victime des caprices diplomatiques

Posée le 27/10/2026 · Ministère interrogé : Ministère de la culture

Julien Odoul Julien OdoulRN Député — Yonne (3)

La question

M. Julien Odoul interroge Mme la ministre de la culture sur les garanties de conservation de la tapisserie de Bayeux, prêtée au British Museum malgré les alertes répétées concernant sa fragilité. Cette broderie du XIe siècle, longue de près de 70 mètres, est un témoignage exceptionnel de l'histoire. Sa transmission aux générations futures engage directement la responsabilité de l'État, qui en est propriétaire. Elle ne saurait être subordonnée aux ambitions diplomatiques du Président de la République. Les avertissements sont pourtant anciens. En 1953, à l'occasion du couronnement d'Élisabeth II, puis en 1966, pour le neuvième centenaire de la bataille d'Hastings, les demandes britanniques de prêt n'avaient pas abouti. La prudence avait alors prévalu face à la vulnérabilité de cette œuvre irremplaçable. En janvier 2020, un examen approfondi a permis de mesurer son état de conservation. Le dossier publié par la direction régionale des affaires culturelles de Normandie en 2021 recensait 24 204 taches, 16 445 plis, 9 646 lacunes dans la toile ou la broderie et 30 déchirures non stabilisées. Les premiers mètres de l'œuvre présentaient une fragilité plus importante. Toutes ces altérations ne sont pas des dommages récents, mais leur inventaire souligne la nécessité d'une conservation particulièrement rigoureuse. Une restauration était alors annoncée pour 2024. De plus, une étude de 2021 déconseillait fortement les transports de longue distance dépassant une heure. Une seconde étude, réalisée en 2022, alimentait également les réserves concernant le déplacement de l'œuvre. Malgré ces avertissements, le Président de la République a fait la sourde oreille et a annoncé, le 8 juillet 2025, son prêt au Royaume-Uni. Le 3 juin 2026, les autorités ont présenté les dispositifs techniques destinés à sécuriser cette opération. La tapisserie a finalement traversé la Manche dans la nuit du 9 au 10 juillet 2026, avant l'ouverture de l'exposition au public le 10 septembre. Pourtant, l'arrangement administratif prévoit que sa restauration commencera seulement après sa réinstallation à Bayeux en octobre 2027. Le Gouvernement doit expliquer pourquoi une œuvre dont la restauration était jugée nécessaire a été engagée dans un déplacement international avant la réalisation de celle-ci. Le 4 septembre 2026, Mme la ministre a reconnu qu'une « rupture de deux fils » avait été signalée après l'arrivée de l'œuvre à Londres. Sur une œuvre millénaire irremplaçable, aucun dommage ne saurait être traité comme un détail. Le 16 octobre, M. Martin Bostal, directeur du musée de la tapisserie de Bayeux, a confirmé que l'œuvre serait désormais présentée sur un support incliné à 60 degrés pour soulager les tensions exercées sur le textile. Il n'est pas acceptable que l'État reconnaisse la nécessité de revoir ses conditions d'exposition pour la préserver, tout en lui imposant un déplacement international avant sa restauration. Les informations récemment relayées par la presse britannique sur l'abandon définitif de sa présentation suspendue rappellent sa vulnérabilité. La diplomatie culturelle ne donne pas un blanc-seing pour exposer les trésors nationaux à des risques évitables. Au regard de ces éléments, il lui demande donc si elle va publier les études scientifiques ayant fondé l'autorisation du prêt, ainsi que les constats d'état établis avant son départ et après son arrivée à Londres, en précisant toute altération nouvelle éventuellement observée. Il souhaite connaître les raisons du report de la restauration annoncée initialement pour 2024 et les interventions de consolidation effectivement réalisées avant le transport. Il lui demande enfin de préciser les critères qui conduiraient à interrompre l'exposition ou à organiser un retour anticipé et de garantir que les impératifs de conservation primeront sur tout engagement diplomatique.
⏳ Cette question n'a pas encore reçu de réponse du gouvernement.

Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗

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