Question écrite ✓ Répondue le 07/07/2026 famille

Suivi et gestion des fonds attribués aux pupilles de l'État à leur majorité

Posée le 11/02/2025 • Ministère interrogé : Ministère du travail, de la santé, des solidarités et des familles

Jean-Michel Brard

Jean-Michel Brard HOR

Député — Loire-Atlantique (9)

La question

M. Jean-Michel Brard appelle l'attention de Mme la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles sur la situation de certains jeunes pupilles de l'État, orphelins de leurs deux parents, qui, à leur majorité, se retrouvent souvent sans accompagnement adéquat pour la gestion des fonds qui leur sont attribués. Ces sommes peuvent parfois atteindre des montants importants et sont malheureusement trop souvent dilapidées en moins d'un an, notamment en raison de leur vulnérabilité et de possibles addictions (jeux, drogues, etc.). En effet, certains pupilles se voient attribuer par les tribunaux, en réparation de préjudices subis (violence, disparition brutale de leurs parents...), des sommes d'argent destinées à compenser ce préjudice et parfois les montants sont importants. Ces sommes, prises en charge jusqu'à leur majorité par les conseils départementaux, leur sont versées directement sous forme de capital à leur 18e année. Actuellement aucun dispositif de suivi ou de contrôle de l'utilisation de ces fonds ne semble mis en place pour les accompagner. Certes, ils sont devenus majeurs, mais il est fréquent que ces jeunes, ayant souvent connu des parcours de vie marqués par l'instabilité et les difficultés, gaspillent cet argent à diverses fins inutiles, faute d'accompagnement et de repères. Cette situation accroît leur précarité et compromet leur insertion sociale et professionnelle. Ainsi, il souhaite savoir quelles mesures le Gouvernement, en lien avec les départements, a déjà mises en place pour accompagner ces jeunes dans la gestion de leur projet de vie à leur majorité. Afin d'éviter que ces jeunes dilapident en peu de temps l'argent alloué, il lui demande s'il est prévu un accompagnement, soit en amont, soit après la perception de leur indemnité et s'il est envisagé de revoir cette attribution, non pas sous la forme d'un capital, mais plutôt d'annuités ou de rentes. De tels versements étalés dans le temps leur permettraient de s'habituer à une gestion responsable des sommes versées après leur sortie du dispositif de protection de l'enfance.

✓ Réponse du gouvernement

Publiée le 07/07/2026

Le statut de pupille de l'État est un statut protecteur de l'enfant privé de sa famille, protection assurée par l'État jusqu'à la majorité de celui-ci. Une attention particulière doit être portée à l'enfant qui sort du statut de pupille du fait de sa majorité. Ce passage à la majorité doit être préparé bien en amont avec lui, le conseil de famille et le tuteur, afin que son projet de vie soit un projet d'avenir lui permettant d'accéder à l'autonomie : - en veillant notamment à son cursus scolaire et au développement de ses aptitudes, au regard de ses appétences et envies ; - en l'accompagnant dans sa recherche des aides dont il pourra bénéficier pour réaliser son projet ; - en analysant les besoins particuliers que requiert sa santé et en tenant compte de ses handicaps éventuels, afin d'organiser son intégration dans les structures qui lui seront nécessaires ; - en veillant à son entourage affectif (famille d'accueil mais aussi tiers accueillant ou parrain/ marraine et liens avec la fratrie). Depuis 2022, le conseil départemental est tenu d'accompagner les jeunes qui ont été pris en charge par l'Aide sociale à l'enfance (ASE) pendant leur minorité, y compris les pupilles de l'État et ce jusqu'à l'âge de 21 ans, s'ils ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants. Au plus tard un an avant la majorité, le pupille bénéficie d'un entretien organisé par le service départemental de l'ASE, pour faire le bilan de son parcours, l'informer de ses droits et envisager avec lui les modalités de son accompagnement vers l'autonomie. La personne de confiance éventuellement désignée par le pupille peut assister à l'entretien. À cette occasion, un projet d'accès à l'autonomie est élaboré avec le pupille. Il doit couvrir ses besoins en matière : - d'accès à des ressources financières ; - de logement ou d'hébergement ; - d'emploi, de formation, ou d'insertion professionnelle ; - d'accès aux soins ; - d'accompagnement dans les démarches administratives ; - d'accompagnement socio-éducatif. À la suite de cet entretien organisé par les services de l'ASE du département, en application de l'article L. 222-5-1 du code de l'action sociale et des familles, le conseil de famille entend le pupille dans l'année qui précède sa majorité, afin de faire un point avec lui sur son projet d'accès à l'autonomie. Enfin, un entretien est organisé par les services départementaux avec le jeune adulte, six mois après la sortie de ce dernier de l'ASE, afin de faire un bilan de son parcours et de son accès à l'autonomie. Cet entretien doit permettre d'évaluer si la situation du jeune nécessite un retour à l'accompagnement mis en œuvre par l'ASE. En effet, le jeune bénéficie d'un « droit au retour » jusqu'à 21 ans. Le statut de pupille de l'État a ainsi pour objet de protéger un enfant privé durablement de sa famille jusqu'à sa majorité et de lui offrir un projet de vie adapté à ses besoins, qui lui permette de devenir un adulte autonome. La réussite de cette mission de suppléance familiale dépend de l'action coordonnée des services de l'État et des conseils départementaux. Si la majorité marque la fin de la protection directe de l'État pour les pupilles, un cadre d'accompagnement encadré par les conseils départementaux et l'ASE permet aujourd'hui de préparer cette transition et de soutenir le jeune jusqu'à ses 21 ans. Les dispositifs prévoient un suivi progressif, tant avant qu'après la majorité, incluant l'élaboration d'un projet d'autonomie personnalisé et la possibilité de réintégrer un accompagnement si nécessaire. Cette approche vise à renforcer leur capacité à gérer leurs ressources, à sécuriser leur insertion sociale et professionnelle et à limiter les risques liés à une gestion imprudente de capitaux reçus à leur majorité.

Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗

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