Notre Dames Des Landes
Bruno RetailleauLes Républicains
Sénateur — Vendée
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 24/01/2018Oui, mercredi dernier, j'ai pris une décision. Ce n'était pas facile. Elle s'est fondée sur l'ensemble des éléments en ma possession au moment où j'ai dû la prendre : les procédures, les décisions de justice, les consultations conduites depuis le début de ce projet, voilà bien longtemps, les échanges que j'ai eu le plaisir d'avoir avec les élus locaux et nationaux, mais aussi l'analyse d'une situation de division qui m'est apparue exceptionnelle et que notre pays, collectivement – si ces propos vous heurtent, monsieur Retailleau, je vous prie de m'en excuser –, a laissé se développer sur la zone de Notre-Dame-des-Landes. Disant cela, je ne pointe la responsabilité de personne, je formule un constat.
Les occupations illégales ont commencé il y a plus de huit ans, les tentatives d'évacuation de la zone effectuées dans le passé ont échoué. À la différence de ce que l'on observe pour beaucoup d'autres projets, où des oppositions locales existent, mais où un mouvement puissant en faveur de la réalisation de l'infrastructure se manifeste, chacun était retranché dans ses positions et nous allions vers un affrontement certain.
Au regard de tous ces éléments, j'ai considéré qu'il fallait à la fois prendre une décision pour sortir de cette situation –c'est la raison pour laquelle j'ai annoncé que ma décision était irrévocable – et rétablir dans la zone l'État de droit, qui n'était plus depuis trop longtemps qu'un mythe. Cela passe par le rétablissement de la circulation routière, qui était interrompue depuis bien longtemps, et par la cessation de l'occupation illégale des terres, dès la fin de la trêve hivernale.
Reste le problème de fond, difficile, des besoins de mobilité du Grand Ouest, de la Bretagne et des Pays de la Loire, de la mise en place d'une meilleure connexion aux grandes infrastructures aéroportuaires et aux flux de développement économique. La question est posée. J'ai indiqué que, pour y répondre, nous consulterions rapidement, une fois le temps de la déception et de la colère passé, l'ensemble des acteurs. Mme la ministre des transports se rendra vendredi et samedi à Rennes et à Nantes pour rencontrer les élus qui le voudront bien, afin d'étudier avec eux les actions envisageables à court, moyen et long terme.
J'ai indiqué un certain nombre de pistes pour le court terme, notamment le réaménagement, le plus vite possible, des infrastructures de l'aéroport Nantes-Atlantique. (M. Christophe Priou lève les bras au ciel.) On peut procéder en deux temps. Une première étape est la construction d'une nouvelle aérogare et l'aménagement de nouveaux taxiways. Ces travaux se dérouleront sur l'emprise de l'aéroport existant, sans gêner son exploitation : ils ne nécessiteront pas d'expropriation, juste l'obtention d'un permis de construire et une négociation avec l'opérateur. Ensuite se posera la question de l'allongement de la piste existante, qui présenterait l'avantage de réduire les nuisances sonores à Nantes, et l'inconvénient de les augmenter dans les communes situées en bout de piste, au sud, notamment à Saint-Aignan de Grand Lieu.
Il faudra voir dans quelle mesure les propriétaires des infrastructures existantes à Rennes, à Nantes, à Lorient et, de façon générale, dans le Grand Ouest pourront mettre en réseau leurs équipements et les développer.
Ces questions ont pu être déjà posées par le passé, monsieur Retailleau, mais elles ont toujours été étudiées avec l'idée que l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes se ferait.
Je pressens que la discussion que nous aurons avec les élus locaux et les opérateurs nous permettra de dessiner des solutions d'investissement pour améliorer la desserte aérienne.
S'agissant de la desserte ferroviaire, il faudra voir dans quelles conditions il est possible de rejoindre les grandes plateformes aéroportuaires. Je prends le monde tel qu'il est, monsieur Retailleau. Aujourd'hui, la France ne compte que deux grandes plateformes aéroportuaires susceptibles de développer des vols long-courriers internationaux : Paris et Nice. Cela ne condamne pas les autres, mais je constate que l'aéroport de Lyon, grande agglomération qui ne manque pas de dynamisme et se trouve à deux heures de Paris par le TGV, a une fonction nationale et européenne, mais n'est pas compétitif sur le plan international.
Il faudra donc répondre point par point à ces questions pour améliorer la mobilité dans le Grand Ouest. Nous sommes prêts à mener ce travail indispensable et difficile, car, je le dis très tranquillement, nous n'avons pas d'autre choix. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche.)
M. le président. La parole est à M. Bruno Retailleau, pour la réplique.
M. Bruno Retailleau. Monsieur le Premier ministre, vous pouviez faire un autre choix que celui de la facilité : celui du courage ! L'abandon du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, c'est la victoire d'une violence physique, mais aussi d'une violence symbolique, faite au pacte civique qui lie les Français entre eux et qui repose sur le droit et sur le vote ! (Bravo ! et applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
Source : senat.fr ↗
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