Situation au Haut-Karabagh
Posée le 12/10/2023 • Ministère interrogé : Première ministre
Bruno Retailleau Les Républicains
Sénateur — Vendée
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 12/10/2023
Mme Élisabeth Borne, Première ministre. Monsieur le président Bruno Retailleau, le Sud-Caucase est touché par des événements d'une immense gravité, et l'horreur que connaît Israël depuis samedi dernier ne doit pas nous le faire oublier.
En quelques jours, des familles entières ont dû quitter leurs maisons et leurs terres ancestrales. Un véritable exode visant plus de 100 000 Arméniens du Haut-Karabagh a été organisé.
Je connais votre attachement à l'Arménie et à la défense du peuple arménien. Ce drame a provoqué un véritable choc, et je m'associe évidemment à l'émotion qu'il vous inspire.
Dès le début, la France a été en première ligne. Nous avons fermement condamné l'attitude de l'Azerbaïdjan.
Mme la ministre de l'Europe et des affaires étrangères s'est rendue à Erevan le 3 octobre dernier. Nous apportons notre plein soutien politique aux autorités arméniennes pour que l'intégrité territoriale, la souveraineté et l'inviolabilité des frontières du pays ne soient à aucun moment remises en question.
En parallèle, nous avons triplé notre aide humanitaire, afin d'aider l'Arménie à accueillir les milliers de réfugiés du Haut-Karabagh. Comme l'a dit le Président de la République à Grenade, nous soutenons le renforcement de la coopération de l'Union européenne avec l'Arménie.
Monsieur le président Retailleau, je le rappelle : le président azerbaïdjanais avait pris l'engagement clair de ne pas faire usage de la force dans le Haut-Karabagh. C'était à Prague, au mois d'octobre 2022, lors de la première réunion de la Communauté politique européenne. Force est de constater que cet engagement n'a pas été tenu.
Afin de sortir de cette crise, nous plaidons bien sûr pour que l'Arménie et l'Azerbaïdjan se parlent. Une réunion se tiendra d'ici à la fin du mois à Bruxelles, sous l'égide de Charles Michel. Nous serons extrêmement vigilants sur l'attitude qu'adoptera le président Aliyev. Ces discussions doivent permettre de parvenir à un accord de paix respectueux du droit international. Nous ne transigerons pas sur ce point.
Enfin, tout en excluant la moindre logique d'escalade, nous avons renforcé notre coopération de défense avec l'Arménie. Je vous confirme que nous avons décidé d'autoriser la fourniture de matériel militaire à ce pays, pour qu'il soit en mesure d'assurer sa défense.
Ainsi que l'a indiqué le Président de la République hier, nous voulons continuer à discuter avec tous les acteurs, pour protéger au mieux l'Arménie et pour appeler l'Azerbaïdjan à la responsabilité. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)
M. le président. La parole est à M. Bruno Retailleau, pour la réplique.
M. Bruno Retailleau. Madame la Première ministre, cessez de mettre sur le même plan le bourreau et la victime, l'Azerbaïdjan et l'Arménie !
Le 21 février prochain, le Président de la République fera entrer au Panthéon Missak Manouchian. Orphelin du génocide arménien, celui-ci pénétrera dans ce temple de la gloire nationale accompagné du terrible cortège de ses frères d'armes, qui étaient tous, selon les mots d'Aragon, « des Français de préférence », ayant rejoint la Résistance. Il y entrera accompagné aussi de cette épouvantable clameur anonyme, de toutes ces vies broyées, oubliées, écrasées par le génocide et qui, du fond de leur tombe, implorent la protection de la France pour le peuple arménien d'aujourd'hui.
Au moment où le Président de la République célébrera, dans son discours, l'héroïsme et le courage de Missak Manouchian, peut-être songera-t-il avec quelques regrets à ce même courage qui fait tant défaut aujourd'hui pour être à la hauteur de l'histoire... (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains, UC et INDEP, ainsi que sur des travées des groupes SER et CRCE-K.)
Source : senat.fr ↗