Numerus clausus et déserts médicaux
Michel CanévetUCI
Sénateur — Finistère
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 24/10/2018Parmi les propositions que j'avais formulées pour aboutir à une amélioration de la situation figurait la suppression du numerus clausus, car c'est effectivement le contingentement du nombre de médecins qui a abouti à une situation aussi dégradée sur certaines parties de notre territoire. Depuis que j'ai eu l'occasion de vous adresser ma question, j'ai, bien entendu, pris connaissance du plan Santé lancé par le Gouvernement, constatant avec satisfaction que le numerus clausus allait être réformé, voire supprimé en 2020. Je souhaite pour ma part qu'il puisse l'être le plus tôt possible, car il y a urgence à agir pour former de plus en plus de médecins.
Mme la présidente. La parole est à Mme la secrétaire d'État auprès de la ministre des solidarités et de la santé.
Mme Christelle Dubos, secrétaire d'État auprès de la ministre des solidarités et de la santé. Monsieur le sénateur Michel Canevet, je vous remercie de votre question, qui s'inscrit tout à fait dans le cadre du plan Ma santé 2022 présenté par le Président de la République le 18 septembre dernier.
En effet, l'adaptation des formations aux enjeux de la santé de demain a été identifiée comme un axe prioritaire de travail. Chacun le reconnaît dans cette enceinte, le numerus clausus, s'il est utilisé seul, est un outil inadapté pour assurer une couverture suffisante en professionnels de santé sur l'ensemble du territoire national.
Chacun a aussi pu en faire l'expérience, la sélection opérée via le numerus clausus sur des critères peu pertinents par rapport à l'exercice que l'on attend de la pratique médicale est un gâchis humain. En le supprimant à l'issue de la première année, la réforme que nous engageons est pragmatique. Elle permettra de recruter des étudiants de profils divers qui pourront s'orienter progressivement vers un métier au cours du premier cycle.
S'agissant de la deuxième partie de votre question portant sur l'accès aux soins, plusieurs leviers ont déjà été actionnés pour agir dès à présent.
La régulation des étudiants de troisième cycle s'adapte aux besoins démographiques des régions et à leurs capacités de formation. Ainsi, 474 postes d'interne ont été ouverts en Bretagne à l'issue des épreuves classantes nationales, les ECN, en 2018, soit 6 % de plus que l'an passé. C'est une augmentation supérieure à la moyenne nationale, qui est de 4 %.
Nous encourageons également la conclusion de contrats d'engagement de service public, ces bourses versées aux étudiants en médecine en contrepartie d'une installation dans un territoire manquant de professionnels. Environ 80 étudiants en médecine bretons ont signé un tel contrat depuis la mise en place du dispositif, dont 43 ces trois dernières années.
Enfin, je veux saluer le travail de l'agence régionale de santé de Bretagne, qui anime depuis 2013 une convention régionale pour favoriser l'installation des médecins, et soutient dans ce cadre des initiatives variées et parfois innovantes.
Je pense à l'opération généraliste dating, qui met en relation les futurs médecins généralistes et les professionnels de santé déjà installés, et qui a déjà débouché sur douze installations. Je pense aussi au développement de 90 maisons de santé pluriprofessionnelles situées, pour les trois quarts, dans des territoires en difficulté. Je pense enfin aux 35 projets de télémédecine opérationnels dans des domaines variés – plaies chroniques, dermatologie, gériatrie, psychiatrie, AVC, cardiologie, insuffisance rénale.
Monsieur le sénateur, vous l'aurez compris, nous sommes pleinement engagés aux côtés de tous les acteurs pour garantir le meilleur accès aux soins et offrir une meilleure formation aux étudiants qui se dirigent vers la médecine.
Mme la présidente. La parole est à M. Michel Canevet, pour répondre à Mme la secrétaire d'État auprès de la ministre des solidarités et de la santé. Il vous reste cinquante-quatre secondes, mon cher collègue.
M. Michel Canevet. Je remercie bien entendu Mme la secrétaire d'État de ces précisions extrêmement utiles et exhaustives sur les actions qui ont été conduites. Effectivement, l'ARS s'est déjà emparée de cette question, mais il importe de poursuivre les efforts, en particulier en ce qui concerne les maisons de santé. Celles-ci sont subordonnées à des conditions parfois un peu trop restrictives, ce qui empêche le financement d'un certain nombre de projets. Or il faut que l'ensemble des initiatives de terrain visant à pallier le manque de médecins puisse être accompagné.
Je veux aussi appeler l'attention du Gouvernement sur d'autres disciplines manquant de praticiens – orthophonistes, masseurs-kinésithérapeutes – qui doivent aussi être l'objet d'une action résolue.
Source : senat.fr ↗
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