Conséquences du changement de statut de l'école française André Malraux de Saint-Pétersbourg
J Jean-Yves LeconteSER Sénateur — Français établis hors de FranceLa question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 23/01/2019En effet, lors du conseil d'administration du 28 juin 2018, les membres de l'AEFE se sont vu signifier, en réponse à une question d'un administrateur, une décision administrative de transfert de propriété de l'activité scolaire exercée par l'AEFE à Saint-Pétersbourg.
Alors que cette école appartenait à l'établissement en gestion directe de Moscou, la transmission à un opérateur privé, menée sans la moindre transparence, est contestable : l'on n'a lancé ni appel à manifestation d'intérêt ni procédure d'appel d'offres pour la recherche d'un repreneur, et aucune garantie n'a été offerte aux familles.
Ces dernières années, la situation financière de l'école a été progressivement dégradée par une gestion et une stratégie de communication inadaptées. Présentée ensuite comme coûteuse, l'école a été cédée à un opérateur privé, avec une partie de ses recrutés locaux. Cette décision étant prise, l'AEFE a continué à assumer les coûts de fonctionnement sur son budget durant l'été 2018, et peut-être au-delà pour le bail et les garanties offertes au propriétaire.
Cette manière de procéder impose de formuler les remarques et les questions suivantes.
Premièrement, la société de droit russe à qui bénéficie le transfert de cette activité est détenue par une autre personne que celle qui fut indiquée aux parents d'élèves par le conseiller culturel : elle est présentée comme un prête-nom, ce qui serait justifié par notre ambassade comme une pratique courante en Russie.
Deuxièmement, les licences demandées par cette société aux autorités russes pour continuer l'activité de l'école ne correspondent pas au programme d'enseignement présenté aux parents d'élèves.
Troisièmement, la base sur laquelle les détachements de titulaires de l'éducation nationale ont été mis en place dans la nouvelle structure pose des problèmes quant à la capacité de la nouvelle SARL russe d'offrir un statut légal répondant aux exigences du droit russe pour ses personnels français.
Quatrièmement, pourquoi, pour l'AEFE, n'y a-t-il pas eu officiellement de transmission d'une école publique à une structure privée, mais simplement la cession de quelques actifs mobiliers préalablement dévalorisés ?
Cinquièmement et enfin, si ce point de vue est retenu, c'est-à-dire le simple transfert de quelques actifs mobiliers, comment peut-on maintenir l'homologation ? Pourquoi cette dernière est-elle restée valable, sans contrôle, et comment a-t-on pu autoriser le détachement de titulaires de l'éducation nationale ?
Étant donné les tracas administratifs que des entités étrangères comme Business France ont vécus ces derniers mois en Russie, oublier de prendre certaines précautions au regard du droit russe peut engendrer des difficultés. Celles-ci pourraient peser non seulement sur l'école de Saint-Pétersbourg, mais aussi sur l'avenir, le statut et les charges financières de notre établissement de Moscou.
Aussi, il semblerait plus raisonnable de constater que les décisions prises dans des conditions litigieuses ne méritent pas d'être confirmées, et de donner au nouveau proviseur de l'établissement de Moscou, en poste depuis septembre 2018, un mandat clair pour trouver la solution permettant le développement de nos écoles dans le respect des droits français et russe.
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.
Mme Élisabeth Borne, ministre auprès du ministre d'État, ministre de la transition écologique et solidaire, chargée des transports. Monsieur le sénateur Jean-Yves Leconte, vous avez interrogé Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères. Ne pouvant être présent, il m'a chargée de vous répondre.
Le ministère de l'Europe et des affaires étrangères est attaché au maintien d'une école française à Saint-Pétersbourg, au service non seulement de notre communauté expatriée dans la région, mais aussi de notre influence.
Cette présence était compromise : le nombre d'élèves déclinait, le budget de cet établissement était structurellement déficitaire et grevait le budget du lycée Alexandre-Dumas de Moscou, dont il dépendait. La décision de changement de statut de l'établissement et de sa reprise par une structure privée ayant fait ses preuves dans le domaine de l'enseignement français à l'étranger est une réponse assumée face à l'échec des différentes tentatives pour rétablir la viabilité de l'établissement.
C'est dans ce cadre que le changement de statut a été réalisé, en concertation étroite avec l'ensemble des acteurs impliqués, dont les partenaires de l'établissement.
La rentrée scolaire démontre la pertinence de ce choix : les élèves sont au rendez-vous, leur nombre est passé de cinquante-huit à soixante-treize en septembre 2018, signe de la confiance que les familles accordent à la nouvelle structure.
La qualité de l'enseignement est garantie par le maintien de l'homologation par le ministère de l'éducation nationale et par le recrutement d'une nouvelle équipe pédagogique composée de trois professeurs titulaires de ce ministère.
D'un point de vue financier, depuis le 1er septembre 2018, ni l'établissement en gestion directe de Moscou ni l'AEFE ne supportent plus les coûts de fonctionnement de l'école André-Malraux.
Ce transfert a été réalisé en respectant toutes les règles de droit, tant français que russe.
Seule la délivrance de la licence d'enseignement par les autorités russes a pris du retard. Ce retard s'explique par le blocage administratif lié au transfert du bail au nouveau propriétaire et par les interventions répétées de quelques compatriotes hostiles au projet qui ont pu créer un climat de suspicion auprès des autorités russes. Sans ces interventions, la licence d'enseignement aurait déjà été délivrée.
Monsieur le sénateur, soyez assuré de la vigilance constante de notre ambassade en Russie, de l'opérateur AEFE et des services du ministère des affaires étrangères.
Source : senat.fr ↗
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