Dispositif dérogatoire à l'article L. 433-1 du code de l'action sociale et des familles
C Catherine DerocheLes Républicains Sénatrice — Maine-et-LoireLa question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 13/02/2019Or, plus de dix ans après l'inscription de cet article dans la loi, la Cour de cassation a récemment jugé, le 10 octobre 2018, que l'absence de décret d'application faisait barrage à l'opposabilité d'une telle dérogation.
Par conséquent, en cette absence, le droit commun s'applique à ces personnels, réduisant ainsi le temps de travail qu'ils peuvent effectuer à dépense égale pour leur structure salariée.
Revenant sur la jurisprudence en vigueur, cette situation juridique nouvelle a pour effet de déstabiliser l'équilibre économique de certaines structures associatives d'aide sociale installées et appliquant de bonne foi le dispositif dérogatoire. J'ai reçu ainsi dans mon département l'association Anjou Insertion Jeunes, qui déploie un dispositif d'accueil destiné aux enfants placés, et ce depuis vingt-huit ans.
Au regard de l'intérêt social que revêtent ces structures, je souhaite savoir quel dispositif juridique le Gouvernement envisage de mettre en place pour que le dispositif dérogatoire susvisé soit juridiquement fondé et pérenne.
M. le président. La parole est à M. le ministre.
M. Julien Denormandie, ministre auprès de la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, chargé de la ville et du logement. Je me permets de répondre en lieu et place de Mme Pénicaud, ministre du travail.
Madame la sénatrice, il y a effectivement une sorte de vide juridique sur le sujet que vous évoquez ; à tout le moins, une précision juridique doit être apportée.
La situation des lieux de vie, de leurs salariés et assistants permanents pose problème depuis un arrêt récent de la Cour de cassation. Selon la Cour, l'absence de décret d'application de l'article L. 433-1 du code de l'action sociale et des familles fait obstacle à l'application du régime prévu par ce texte pour ces salariés, un régime d'ailleurs dérogatoire à certains égards par rapport au code du travail s'agissant, par exemple, de la durée du travail. La Cour juge que, faute de mise en place de modalités et de suivi de l'organisation du travail des salariés par un décret, comme la loi le prévoit, l'exigence constitutionnelle de droit à la santé et au repos des salariés n'est pas assurée.
C'est la situation dans laquelle nous sommes. Il est d'autant plus nécessaire de la régler que la présence de permanents auprès des publics fragiles est une nécessité qui justifie des dérogations initialement prévues par la loi.
Vous avez donc raison de souhaiter une fondation juridique solide à ce régime dérogatoire, et singulièrement depuis l'arrêt de la Cour de cassation.
Il convient de le rappeler, la directive européenne concernant certains aspects de l'aménagement du temps de travail, qui organise la protection des salariés en matière de durée du travail, permet des dérogations dans le droit national, notamment pour les activités de garde, de surveillance et de permanence caractérisées par la nécessité d'assurer la protection des biens et des personnes. D'après une analyse juridique, les activités visées par l'article L. 433-1 semblent pouvoir entrer pleinement dans ce cadre. Mais il n'en reste pas moins qu'il faut pouvoir rassurer et permettre un cadre juridique plein et entier pour que ces dispositions prévues par la loi puissent s'appliquer.
Je peux vous le certifier, les services de Mme la ministre du travail étudient sans délai les possibilités de sécuriser ce dispositif sur lequel vous alertez à juste titre le Gouvernement.
M. le président. La parole est à Mme Catherine Deroche, pour répondre à M. le ministre.
Mme Catherine Deroche. Monsieur le ministre, je vous remercie de votre réponse. Il y a effectivement urgence pour nos associations – celle que j'ai évoquée emploie plus de 100 salariés dans l'ensemble du département et accueille 120 enfants –, car ce vide juridique leur crée de réels problèmes.
Source : senat.fr ↗
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