Situation des réfugiés syriens à la suite de l'ouverture des frontières turques
E Esther BenbassaNI Sénatrice — ParisLa question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 05/03/2020M. le président. La parole est à M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères.
M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères. Madame la sénatrice, j'ai commencé précédemment à répondre à cette question et je voudrais à ce stade de nos débats attirer l'attention du Sénat sur la situation humanitaire actuelle dans la zone d'Idlib.
Vous avez dit que le président Erdogan avait déclaré ses frontières ouvertes, mais vous savez bien que les frontières entre la Turquie et l'espace Schengen sont fermées, et nous ferons en sorte qu'elles le demeurent.
M. Roger Karoutchi. Très bien !
M. Jean-Yves Le Drian, ministre. D'ailleurs, les ministres des affaires étrangères de l'Union européenne le rappelleront demain lors de leur réunion à Zagreb. Que les choses soient claires !
En ce qui concerne la région d'Idlib, il est important d'avoir pleinement conscience de la situation sur place. Sur les trois millions d'habitants, la moitié est constituée de réfugiés provenant des zones dites « de désescalade », instaurées au fur et à mesure de la reconquête territoriale par les forces de Bachar al-Assad.
Ainsi, lorsqu'une zone était reconquise par le régime de Bachar al-Assad, les habitants de ces zones, ainsi que les groupes terroristes présents, étaient déplacés dans la région d'Idlib. De ce fait, je le répète, sur les trois millions d'habitants de cette région, 1,5 million sont des réfugiés.
Or ces réfugiés ne passeront pas en Turquie, puisque cette frontière est fermée. Ils sont dans un état incommensurable de dénuement et de détresse, sont soumis au froid, à la faim, aux épidémies et à la violence, en particulier les femmes et des filles, et sont contraints de se déplacer de nouveau en raison de l'offensive des forces du régime de Bachar al-Assad – ils remontent vers la frontière turque.
Le secrétaire général des Nations unies a d'ailleurs demandé l'ouverture d'une enquête sur les frappes aériennes délibérées perpétrées sur des objectifs civils – hôpitaux, écoles, etc. Si ces actes sont suffisamment documentés – nous allons nous atteler à faire en sorte que ce soit le cas –, ils pourraient éventuellement être reconnus comme des crimes de guerre.
Voilà la réalité de la situation dans la région d'Idlib.
M. le président. Il va falloir conclure.
M. Jean-Yves Le Drian, ministre. D'un point de vue humanitaire, la France et l'Union européenne seront au rendez-vous, pour aider ces populations, qui ne sont pas les réfugiés dont vous parliez, madame la sénatrice, et dont la migration est organisée par le président Erdogan, pour faire pression sur l'Europe. (Applaudissements sur les travées du groupe LaREM.)
M. le président. La parole est à Mme Esther Benbassa, pour la réplique.
Mme Esther Benbassa. Monsieur le ministre, vous n'avez pas répondu à ma question !
Est-ce que l'Europe se prépare à mettre en place un programme d'accueil et de répartition dans l'ensemble de ses États membres de ces migrants,…
M. Bruno Sido. Non !
Mme Esther Benbassa. … qui s'entassent aux portes de la Grèce et de la Bulgarie ? (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE. – Mme Martine Filleul applaudit également. – Protestations sur des travées du groupe Les Républicains.)
Source : senat.fr ↗
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