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Question au Gouvernement ✓ Répondue le 14/05/2020 #23#

Place des médecins pendant la crise

Posée le 14/05/2020 · Ministère interrogé : Premier ministre

Alain Houpert Alain HoupertLes Républicains Sénateur — Côte-d'Or

La question

M. le président. La parole est à M. Alain Houpert, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.) M. Alain Houpert. Monsieur le Premier ministre, depuis le début de l'épidémie, les sénateurs ont eu la sagesse de ne pas entraver sans motif votre action, mais cette sagesse n'oblige pas au silence. Vous avez fait des soignants des héros nationaux. Vous avez justifié vos décisions par des avis scientifiques. Mais ne soyons pas dupes : la parole des médecins a été muselée par la doctrine administrative. Les médecins ont été transformés en agents de l'État et la médecine libérale en médecine officielle. Le 25 mars dernier, vous avez signé un décret qui a tué la liberté de prescrire : vous avez imposé des protocoles de soins et vous en avez méprisé d'autres. Pour cela, vous avez invoqué l'absence d'essais cliniques convaincants, face à des médecins de renom. Alors, examinons ce qui est selon vous un essai clinique convaincant : je veux parler de Discovery, lancé le 22 mars dernier. La seule chose que Discovery aura permis de découvrir, c'est l'ampleur d'un fiasco. Alors que 3 200 patients européens étaient attendus, seuls 800 ont été péniblement recrutés en France et un seul au Luxembourg ! Cet essai est en effet tout à fait convaincant… Pendant ce temps, vous avez incité les médecins à prescrire du Rivotril injectable dans les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) afin de dissimuler la pénurie d'autres produits. Tout médecin, et j'en suis, sait ce que cela signifie. Monsieur le Premier ministre, vous avez contraint les médecins à violer leur serment d'Hippocrate. Par respect pour les 27 000 victimes de l'épidémie, quand allez-vous rendre aux soignants leur liberté de prescrire et redonner sa dignité à la médecine, en abrogeant le décret du 25 mars ? (Applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains.)

✓ Réponse du gouvernement

Publiée le 14/05/2020
M. le président. La parole est à Mme la secrétaire d'État auprès du ministre des solidarités et de la santé.

Mme Christelle Dubos, secrétaire d'État auprès du ministre des solidarités et de la santé. Monsieur le sénateur, depuis le début de la crise sanitaire sans précédent que nous traversons, l'État a toujours été aux côtés des professionnels de santé, en particulier des médecins, afin de livrer bataille contre le Covid-19.

Chacun sait ce que nous devons aux professionnels de santé, tant dans les cabinets en ville que dans les hôpitaux publics et privés. C'est non pas en opposant le public au privé ou les médecins aux infirmiers que nous avons pu trouver une solution, mais bien en travaillant ensemble – tous ensemble !

Vous évoquez de manière sous-entendue la question de la prescription de la chloroquine. Plus de 800 essais cliniques sont en cours pour évaluer des dizaines de traitements contre le Covid-19. Les dernières études qui ont été publiées et validées ne sont pas en faveur de l'utilisation en pratique courante d'un traitement à base de chloroquine en mono- ou bithérapie. Les études se poursuivent néanmoins sur l'ensemble du territoire national, mais aussi à l'échelon international. Les résultats des études françaises seront prochainement connus.

La médecine moderne s'est construite sur ce que les médecins appellent la médecine fondée sur les preuves, par opposition à une médecine empirique fondée uniquement sur des intuitions. Tâchons d'en rester aux fondements qui ont permis à la science de faire des progrès. (M. François Patriat applaudit.)

M. le président. La parole est à M. Alain Houpert, pour la réplique.

M. Alain Houpert. Madame la secrétaire d'État, ma question s'adressait à M. le Premier ministre. Vous avez parlé de la chloroquine. Sur ce sujet, je dirai simplement que le pire est non pas de ne pas savoir, mais de ne pas vouloir savoir.

Dans son discours, M. le Premier ministre avait demandé de l'humilité, pour ma part, je vous demande, madame la secrétaire d'État, de l'humanité ! (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. – Mme Annick Billon et M. Jean-Marie Bockel applaudissent également.)

Source : senat.fr ↗

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