Enseignement de la chasse dans les lycées agricoles
Laurence RossignolSER
Sénatrice — Val-de-Marne
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 22/07/2020Mme Laurence Rossignol. Monsieur le ministre, ma question concerne l'enseignement de la chasse dans les lycées agricoles – sujet que vous découvrez probablement, tant il n'est pas de grande notoriété.
Plusieurs établissements privés ont mis en place des options « chasse ». Cette idée peut paraître intéressante, mais encore faut-il que le contenu de ces options soit quelque peu défini, qu'il comporte un véritable enseignement de la biodiversité et qu'il réponde à une demande citoyenne de plus en plus forte concernant les différentes pratiques de chasse. S'il ne s'agit que d'apprendre aux élèves comment tuer le gibier dans les battues après des lâchers, ce n'est pas très intéressant. De telles pratiques posent aujourd'hui d'énormes problèmes : les agriculteurs se plaignent de la prolifération des sangliers et les chasseurs n'arrivent pas à tenir les plans de chasse, alors qu'ils ont, tout le monde le sait, largement contribué à l'augmentation de la population des sangliers.
De fait, la chasse n'est pas une activité anodine : elle conduit à manier des armes et peut comporter une charge de violence non négligeable si elle n'est pas bien encadrée. Or il semble que le contenu de ces enseignements dispensés dans les lycées agricoles ne soit pas totalement conforme à l'idée que nous pourrions, vous et moi, nous en faire.
Votre ministère a-t-il l'intention de s'intéresser à ce dossier, pour faire en sorte que le contenu des enseignements agricoles option « chasse » favorise le développement d'une chasse respectueuse de la biodiversité et, surtout, d'une rupture avec les chasses dites « traditionnelles » – chasse à la glu, chasse à courre… –, jugées aujourd'hui inutilement brutales et contraires à la législation sur la sensibilité animale ?
M. le président. La parole est à M. le ministre.
M. Julien Denormandie, ministre de l'agriculture et de l'alimentation. Madame la sénatrice Laurence Rossignol, je précise que le ministère dont j'ai la charge ne propose aucune option « chasse » au titre des diplômes qu'il délivre.
En revanche, il existe un certificat de spécialisation « technicien cynégétique » ; il s'agit de former des spécialistes capables de gérer des populations de gibiers, des habitats d'espèces animales sauvages et la mise en place de schémas d'exploitation raisonnée conformes aux objectifs de développement durable de nos territoires et de nos cultures.
Certains établissements de l'enseignement agricole, dans le cadre des enseignements optionnels ou facultatifs, proposent un enseignement dit « de pratique professionnelle ». Ces enseignements sont utiles pour aider les élèves à appréhender au mieux les dégâts faunistiques, comme ceux que causent les sangliers.
Une autonomie est laissée aux équipes enseignantes pour définir le contenu de cet enseignement, qui doit venir en complément des référentiels de formation et répondre aux attentes des élèves accueillis dans les établissements. Cet enseignement est instruit par l'autorité académique, autorité compétente pour ouvrir un enseignement optionnel.
Les équipes éducatives des établissements concernés ont choisi comme enseignement facultatif celui qui est dénommé « pratique professionnelle cynégétique », en complément du baccalauréat professionnel spécialité « gestion des milieux naturels et de la faune ». Les objectifs sont le suivi des populations, la participation à la gestion durable des milieux, la création de partenariats avec les acteurs des territoires. Il ne s'agit en aucun cas d'un certificat visant à développer telle ou telle pratique cynégétique, quelle qu'elle soit.
La direction générale de l'enseignement et de la recherche va modifier la note de service du 18 juin 2019 relative aux enseignements facultatifs dans les établissements d'enseignement agricole, incluant des préconisations spécifiques pour les pratiques professionnelles en lien avec le bien-être animal.
Par ailleurs, une note sera adressée par la sous-direction des politiques de formation et d'éducation aux directions de mon ministère afin que des consignes de vigilance soient données aux responsables en région de la validation des ouvertures des enseignements optionnels en lien avec la thématique cynégétique.
M. le président. La parole est à Mme Laurence Rossignol, pour la réplique.
Mme Laurence Rossignol. Merci de cette réponse précise, monsieur le ministre.
Je prends note du fait que votre ministère a été saisi de ce sujet et que vous travaillez à mieux encadrer ces enseignements.
Par ailleurs, il se dit qu'un secrétariat d'État au bien-être animal pourrait être créé dans la journée. Voilà un beau dossier à lui confier ! Nous devons faire évoluer le rapport à la chasse, les pratiques de la chasse et la cohabitation entre les différents usagers de la nature, chasseurs et non-chasseurs.
Source : senat.fr ↗
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