Inégalités d'accès aux soins dans le département de l'Aude
Sebastien PlaSER
Sénateur — Aude
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 29/09/2021M. Sebastien Pla. Madame la ministre, permettez-moi d'attirer votre attention sur l'importance, sans cesse croissante, des risques d'inégalités d'accès aux soins dans mon département.
Sur le littoral, comme dans l'arrière-pays, en ville comme à la campagne, partout où je me rends, le problème est le même et il s'aggrave d'année en année : nous manquons de professionnels de santé, en particulier de médecins, et d'équipements. La désertification médicale prospère !
Dans ce contexte, les élus locaux déploient des efforts considérables pour assurer une couverture médicale minimale à nos concitoyens : ils construisent des maisons de santé, ils recrutent des médecins, ils financent même parfois certains équipements, comme l'hélicoptère du SAMU. Ils persistent à réclamer des moyens, souvent en vain – je pense par exemple au scanner de la ville de Limoux.
Alors que la population augmente sur l'ensemble du département et que les personnes vivent plus longtemps, les moyens et les services diminuent.
Faute d'offre médicale suffisante en soins de ville comme en soins hospitaliers, la patientèle fuit inévitablement vers les métropoles montpelliéraine et toulousaine, ce qui contribue au sous-équipement en moyens médicaux dans mon département.
L'acquisition d'un scanner, par exemple, et la venue de professionnels hospitaliers pour en rentabiliser l'usage renforceraient pourtant l'attractivité du territoire, tout comme celle d'équipements à destination des personnes âgées, malgré les demandes croissantes liées à l'importance de la dépendance. Ces acquisitions favoriseraient l'installation d'autres professionnels de santé.
Si je me permets, madame la ministre, de réunir dans une même supplique toutes ces questions, c'est parce que nos concitoyens attendent de la République un traitement équitable en matière de santé publique. Bien qu'ils aient confiance en leurs élus locaux, ces derniers ne peuvent pas tout régler seuls et, surtout, ils ne peuvent pas se substituer en permanence à l'État.
La problématique médicale devient un enjeu majeur de développement et d'aménagement du territoire. Dès lors, madame la ministre, pouvez-vous nous dire quels moyens vous avez engagés pour accompagner les élus de mon département et répondre ainsi aux besoins urgents d'accès aux soins ?
Mme le président. La parole est à Mme la ministre déléguée.
Mme Brigitte Bourguignon, ministre déléguée auprès du ministre des solidarités et de la santé, chargée de l'autonomie. Monsieur le sénateur Sebastien Pla, le défi démographique que nous avons à relever aujourd'hui est grand : le nombre de médecins est en baisse régulière depuis 2010 et cette baisse est susceptible de se poursuivre jusqu'en 2025 dans de trop nombreuses régions – je suis moi-même concernée par ce phénomène dans mon territoire.
Nous n'avons pas attendu la crise pour faire de ce sujet une priorité. Nous avons développé un panel de solutions adaptables à chaque contexte local – vous conviendrez qu'il serait vain de plaquer partout des solutions toutes faites. Ce problème est structurel et la formation de médecins requiert du temps pour produire ses effets, mais d'ici à 2025, près de 15 % de professionnels supplémentaires auront été formés.
Dans le même temps, nous mobilisons tous les leviers à notre disposition pour améliorer l'accès aux soins, en particulier dans les territoires qui en ont le plus besoin. Le déploiement de l'exercice coordonné représente par exemple un fort levier d'attractivité.
À plus courte échéance, pour libérer du temps médical et redynamiser les soins de proximité, nous créons 4 000 postes d'assistants médicaux pour seconder et appuyer les médecins dans un ensemble de tâches administratives et nous facilitons le déploiement de 400 médecins généralistes dans des territoires prioritaires.
La dynamique autour des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) apporte également une réponse structurelle et rapide pour faire face aux besoins locaux de santé.
Dans votre région, l'Occitanie, l'agence régionale de santé (ARS) travaille en concertation avec l'ensemble des acteurs et des élus pour garantir la pérennité d'une offre de soins de proximité.
À Tuchan, l'action combinée des médecins de la CPTS et de l'ARS a conforté la maison de santé pluridisciplinaire, en intégrant deux médecins généralistes supplémentaires pour un bassin de vie de 2 000 habitants.
À Narbonne, une grande concertation a permis de créer la CPTS du Grand Narbonne, qui a été mobilisée, je le précise, comme vaccinodrome, ainsi que deux maisons de santé pluridisciplinaires dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville.
Vous m'avez interrogée sur l'implantation d'un scanner sur le site de Limoux. Les besoins territoriaux en imagerie ont été redéfinis, ce qui devrait permettre à la demande du centre hospitalier de Limoux-Quillan d'être examinée avec bienveillance lors du prochain projet de commande de scanners.
Enfin, sur la commune de Capendu, qui dispose d'un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de soixante places, un travail est en cours pour sécuriser cet établissement et aucune difficulté ne nous est remontée à ce jour.
Mme le président. La parole est à M. Sebastien Pla, pour la réplique.
M. Sebastien Pla. Madame la ministre, j'entends votre réponse, qui est précise et circonstanciée, mais vous évoquez un nombre de 400 médecins généralistes, ce qui est bien peu pour l'ensemble du territoire. En outre, j'ai eu l'occasion de contribuer à la création de deux maisons de santé en tant qu'élu local et je peux vous dire que la difficulté consiste d'abord à faire venir des médecins.
En tout cas, il n'est pas concevable que la patientèle s'en aille vers les territoires d'à côté, que ce soit Toulouse ou Montpellier. La situation est très compliquée et il me semble que ne pas agir fortement dès aujourd'hui renforce la tendance actuelle à la désertification et au désespoir des élus.
Force est de constater que, malgré les dispositifs existants, le désert continue d'avancer !
Source : senat.fr ↗
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