Archives nationales
P Pierre LaurentCRCE Sénateur — ParisLa question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 08/07/2021Mme Marlène Schiappa, ministre déléguée auprès du ministre de l'intérieur, chargée de la citoyenneté. Monsieur le sénateur Pierre Laurent, je tiens tout d'abord à affirmer que le Gouvernement n'est pas moins attaché que chacun d'entre nous à ce que les historiens puissent accéder, dans les meilleures conditions possible, aux archives publiques. Leur travail est bien évidemment indispensable.
Plus largement, le Conseil constitutionnel a reconnu que le droit d'accéder aux archives publiques était une composante importante du contrôle démocratique, par les citoyens, de l'action de l'administration. (Exclamations sur les travées du groupe SER.)
Pour preuve de cet attachement, le Gouvernement a souhaité mettre fin à certains désordres engendrés par l'obligation faite aux administrations de déclassifier les documents classifiés avant toute communication, et ce quelle que soit leur ancienneté. Cette démarche d'ouverture rejoint finalement la décision rendue tout récemment par le Conseil d'État. (M. Jean-Pierre Sueur le conteste.)
Toutefois, le droit d'accès de tout citoyen aux archives publiques n'est pas un droit absolu. La nécessité d'un contrôle démocratique sur le travail de l'administration doit être conciliée avec d'autres impératifs, également de valeur constitutionnelle. Il est bien évident que la divulgation précoce de certains documents pourrait être de nature à compromettre les intérêts fondamentaux de la Nation et doit donc être empêchée. Le rapporteur public du Conseil d'État l'a relevé dans les termes les plus nets.
Il appartient au Parlement de réaliser cette conciliation. Qui voudrait que puissent être révélés au public, y compris à des personnes ou des puissances mal intentionnées à notre égard, les plans des infrastructures de la dissuasion ou les modes d'emploi de nos armements les plus sensibles ? (Protestations sur les travées des groupes SER et CRCE.)
M. David Assouline. Vous pouvez raconter ça à des enfants, pas à nous !
Mme Marlène Schiappa, ministre déléguée. Par ailleurs, il n'a jamais été question de fermer les archives des services de renseignement. L'article 19 du projet de loi relatif à la prévention d'actes de terrorisme et au renseignement aura pour seul effet d'empêcher la communication des archives qui dévoileraient des méthodes d'action encore en usage dans nos services au détriment de la sécurité des agents et de l'efficacité de leur action. (Les protestations redoublent sur les travées des groupes SER et CRCE.)
M. David Assouline. Mais oui, c'est ça !
Mme Marlène Schiappa, ministre déléguée. Mais oui, c'est exactement cela !
Le texte issu des travaux du Sénat semble par conséquent réaliser une conciliation équilibrée entre les différents intérêts en jeu. C'est d'ailleurs ce qu'a également estimé le Conseil d'État, au terme d'un examen approfondi du projet de loi. (M. François Patriat applaudit.)
M. Jean-Pierre Sueur. Soit vous n'avez rien compris, soit vous n'avez rien voulu comprendre !
M. David Assouline. J'ai honte pour vous !
M. le président. La parole est à M. Pierre Laurent, pour la réplique.
M. Pierre Laurent. Madame la ministre, vous nous répétez l'argumentation qu'avance le Gouvernement depuis le début et que l'arrêt du Conseil d'État vient justement de faire tomber en rappelant que le principe qui prévaut est celui de la communication de plein droit des archives après cinquante ans, sauf dans certains cas très précis.
Vous refusez de reprendre ce principe dans l'article 19 du projet de loi alors que cinq groupes politiques du Sénat ont proposé le même amendement de réécriture. Si vous vous entêtez et que vous laissez la commission mixte paritaire se dérouler dans ces conditions, la parole publique sera durablement entachée sur la question majeure de l'accès au patrimoine de tous les Français. (Vifs applaudissements sur les travées des groupes CRCE, SER et GEST. – M. Jean-Pierre Corbisez applaudit également.)
Source : senat.fr ↗
Autres questions de Pierre Laurent
Drame intervenu à Nanterre
Évacuation du Soudan des ressortissants étrangers
Projet de fermeture d'un hôpital de jour psychiatrique à Paris 8e
Situation au Sénégal