État des lieux de l'enquête interne au ministère des armées sur l'affaire Sirli
Guillaume GontardGEST
Sénateur — Isère
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 16/02/2022M. Guillaume Gontard. Il est possible que nos forces armées soient impliquées dans au moins dix-neuf bombardements contre des civils effectués dans le cadre d'une mission de renseignement lancée en 2016 dans le nord de l'Égypte.
C'est ce qu'a révélé le 22 novembre dernier le média Disclose, en s'appuyant sur des documents issus des services de l'Élysée et du ministère des armées.
Les éléments publiés indiquent que l'exécutif a été rapidement informé du détournement, par le régime égyptien, de cette mission visant à lutter contre le terrorisme vers la lutte contre le trafic transfrontalier et l'immigration illégale.
Ces faits, s'ils étaient avérés, seraient d'une gravité extrême. Ils mettent en cause la responsabilité de la France dans une campagne d'exécutions arbitraires, possiblement en connaissance de cause.
Depuis ces événements, le Gouvernement a poursuivi le partenariat avec l'Égypte, en particulier par les ventes d'armes. Ainsi, trente avions Rafale et des systèmes de surveillance ont été vendus à un État qui, selon des documents issus de votre propre ministère, madame la ministre, exécuterait arbitrairement des civils.
Au passage, j'attends toujours une réponse à ma question écrite portant sur ce sujet.
Non seulement ce partenariat constitue une violation évidente des valeurs humanistes que nous défendons, mais il piétine aussi allègrement nos engagements devant la communauté internationale.
Il y a bientôt trois mois, la ministre des armées annonçait diligenter une enquête pour vérifier que les règles fixées avec l'Égypte avaient été respectées.
Madame la ministre, j'ai deux questions à poser : où en est cette enquête trois mois après son lancement et comment les informations publiées sur cette opération ont-elles été prises en compte, notamment pour l'attribution des licences d'exportation vers l'Égypte ?
M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée.
Mme Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée auprès de la ministre des armées, chargée de la mémoire et des anciens combattants. Monsieur le sénateur, la mission dont vous parlez a été engagée dans le cadre du partenariat stratégique établi avec l'Égypte, dont un des objectifs majeurs – je veux le préciser – est la lutte antiterroriste. Elle vise à répondre prioritairement aux besoins en renseignements du partenaire.
S'agissant des conclusions de l'enquête interne demandée par la ministre des armées au chef d'état-major des armées, elles démontrent que la mission a fait l'objet d'un cadrage clair et que des mesures préventives strictes ont été mises en place : organisation cloisonnée et capacités limitées.
La prévention d'un éventuel risque de dérive a donné lieu à un suivi dans la durée, ce qu'attestent à la fois les rapports des différents détachements qui se sont succédé et les directives en provenance du commandement. Les mesures adoptées et les limitations techniques posées ont été constamment appliquées et rappelées au partenaire.
Compte tenu de la matière dont il est question, monsieur le sénateur, les résultats de cette enquête sont également placés sous la protection du secret de la défense nationale, sans préjudice toutefois de la pleine collaboration du ministère des armées avec la justice.
Concernant l'adaptation de notre politique d'exportation que vous évoquiez, je rappelle que, quel que soit le pays destinataire, les autorisations d'exportation d'armes sont délivrées sous l'autorité du Premier ministre à l'issue d'un examen approfondi et rigoureux. Les demandes de licences sont étudiées en tenant compte notamment des conséquences de l'exportation considérée pour la paix et la sécurité régionales, de la situation intérieure du pays de destination et de ses pratiques en matière de respect des droits de l'homme, ou encore du risque de détournement au profit d'utilisateurs finaux non autorisés.
Ces exportations se font dans le strict respect de nos obligations internationales et européennes et de nos engagements en matière de maîtrise des armements, de désarmement et de non-prolifération.
M. le président. La parole est à M. Guillaume Gontard, pour la réplique.
M. Guillaume Gontard. Madame la ministre, j'entends ce que vous dites, mais les parlementaires devaient être informés des éléments de cette enquête. Nous avons besoin d'éléments approfondis. Les parlementaires vous sollicitent à ce sujet depuis bientôt trois mois.
La semaine dernière, la Commission européenne a fini par demander à la France si elle avait autorisé la vente d'une technologie de cybersurveillance à l'Égypte. Il s'agit d'une première, en pleine présidence française du Conseil de l'Union européenne.
Source : senat.fr ↗
Autres questions de Guillaume Gontard
Publication des derniers décrets d'application de la loi relative à la protection des enfants
Gestion de la canicule par le Gouvernement et inaction climatique
Conditions d'enseignement et d'examen durant les canicules
Prévention des noyades de jeunes enfants