Situation des travailleurs sans-papiers de Chronopost à Alfortville dans le Val-de-Marne
L Laurence CohenCRCE Sénatrice — Val-de-MarneLa question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 26/10/2022Mme Laurence Cohen. Madame la ministre, ma question porte sur la situation des travailleurs sans-papiers de l'agence Chronopost d'Alfortville.
Ces hommes, intérimaires, employés essentiellement sur des postes de tri et de manutention, sont en grève depuis décembre 2021, l'une des plus longues dans ce secteur. Ils se mobilisent, aux côtés d'organisations syndicales et d'élues, pour obtenir leur régularisation et faire respecter leurs droits.
Malgré plusieurs demandes, la direction du groupe La Poste, dont Chronopost est une filiale, refuse de remplir le formulaire Cerfa de régularisation. De plus, il semblerait qu'existe un contournement organisé et volontaire de la circulaire Valls.
Aujourd'hui, comme lors du précédent conflit de 2019, La Poste, société à capitaux publics à hauteur de 100 %, dont 34 % détenus par l'État, ne reconnaît pas ses responsabilités d'employeur et se réfugie derrière ses sous-traitants.
Madame la ministre, quand l'État va-t-il prendre ses responsabilités en régularisant rapidement ces salariés, qui constituent une main-d'œuvre corvéable à merci ?
Quand allez-vous, avec le ministre du travail, mettre un terme au scandale de la sous-traitance en cascade, au non-respect du code du travail, à ce système d'exploitation des travailleurs les plus précaires par l'État lui-même ?
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre déléguée.
Mme Caroline Cayeux, ministre déléguée auprès du ministre de l'intérieur et des outre-mer et du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargée des collectivités territoriales. Madame la sénatrice Laurence Cohen, vous m'interrogez sur la situation, notamment au regard du droit au séjour, des travailleurs sans-papiers de l'agence Chronopost d'Alfortville.
Je sais que ces salariés, en situation irrégulière, sont en grève depuis plusieurs mois maintenant, en réaction à des conditions de travail qu'ils estiment difficiles et à une mobilisation jugée insuffisante de leur employeur pour entreprendre les démarches nécessaires à leur régularisation.
Si les dépôts groupés de demandes de régularisation sont une pratique courante dans le cas de conflits sociaux, je tiens à rappeler que la décision d'admettre à titre exceptionnel un individu au séjour relève du préfet du département de résidence de chacun des étrangers, qui statue individuellement sur chaque demande. Le droit au séjour est un droit individuel.
La régularisation prend en effet en compte le niveau d'intégration dans la société française, ainsi que celui d'adhésion aux valeurs de la République, et ne peut pas intervenir si l'étranger constitue une menace à l'ordre public.
La procédure d'admission à titre exceptionnel nécessite de transmettre à la préfecture compétente plusieurs documents pour chaque salarié concerné, dont un Cerfa complété et signé par l'employeur.
Sachez que les préfets de la région Île-de-France ont été sensibilisés à ce dossier et examineront les demandes transmises selon ces orientations.
Enfin, s'agissant du non-respect du code du travail, c'est à la justice, éclairée par les constats effectués par l'inspection du travail et les investigations qu'elle est susceptible de diligenter, qu'il appartient d'apprécier et de qualifier cette situation complexe et de déterminer la responsabilité des différentes parties prenantes.
Mme la présidente. La parole est à Mme Laurence Cohen, pour la réplique.
Mme Laurence Cohen. Madame la ministre, je connaissais le mode d'emploi de la régularisation. Le problème qui vous est soumis aujourd'hui, c'est celui de travailleurs qui sont exploités par La Poste et par les sous-traitants ; vous le savez, et l'État le sait !
Vous évoquez l'intégration dans la société. Quelle meilleure preuve d'intégration existe-t-il que de travailler comme ils le font, alors que leur parole n'est pas respectée en les obligeant à décharger des camions et leur imposant une cadence infernale ?
D'ailleurs, madame la ministre, pendant la crise du covid-19, ils ont continué à travailler, ce qui a permis à La Poste de réaliser plus de 45 % d'augmentation d'activité, sans que ce résultat ruisselle jusqu'aux salariés.
Il faut arrêter l'hypocrisie ! Ces travailleurs doivent absolument être régularisés, tout comme l'ont été ceux de la société d'intérim RSI à la suite d'un mouvement de lutte. Il faut arrêter la sous-traitance en cascade, qui est un véritable scandale, une pratique de surexploitation ! C'est le sens de ma demande, d'autant que l'État est responsable et engagé dans ce processus.
J'espère que cette question orale et les mobilisations de nombreux élus permettront à ces voix d'être enfin entendues. En 2022, il est impossible de considérer ces personnes comme de véritables esclaves absolument dépourvues de droit !
Source : senat.fr ↗
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