Moyens d'action d'une commune face au propriétaire défaillant d'un immeuble menaçant ruine
P Patricia DemasLes Républicains Sénatrice — Alpes-MaritimesLa question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 30/11/2022Mme Patricia Demas. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, ma question porte sur les difficultés que rencontrent les communes rurales à obtenir des propriétaires défaillants d'immeubles identifiés comme dangereux le remboursement des frais qu'elles doivent engager pour faire cesser le péril.
En l'espèce, le maire de la commune de Bonson, dans les Alpes-Maritimes, touchée par la déferlante de la tempête Alex en octobre 2020, avait été alerté sur l'état préoccupant d'un bâtiment privé à l'abandon, situé en cœur de village et fortement fragilisé par l'événement.
Face à cette situation, le maire diligentait en urgence une entreprise spécialisée, qui concluait à la dangerosité du bâtiment et en avertissait le propriétaire, une société civile immobilière domiciliée à Monaco, qui n'a donné aucune suite, malgré les relances de la mairie.
Dès lors, la commune saisissait le tribunal administratif, qui concluait à un péril grave imminent, en même temps qu'il entérinait le relogement anticipé d'une des propriétaires mitoyennes du bâtiment.
Finalement, Bonson, qui compte 730 habitants, s'est vu dans l'obligation de réaliser, sur ses seuls deniers, des travaux de sécurisation colossaux, qui représentent un tiers de son budget annuel, avec peu d'espoir d'en obtenir le remboursement, dans la mesure où cette société civile immobilière, domiciliée à l'étranger, demeure muette, y compris à la proposition d'achat du bien qui lui a été faite.
Dans le cas d'espèce, Bonson ne peut prétendre à aucune subvention. Une telle situation n'est pas acceptable, moralement et financièrement.
Aussi, je souhaiterais connaître la position du Gouvernement sur cette problématique particulière, malheureusement courante dans les villages, et les évolutions qu'il pourrait entreprendre en faveur des communes rurales qui y sont confrontées et qui ont grand besoin d'accompagnement et de soutien, pour ne pas fragiliser encore plus leur budget ou le mettre en péril, comme c'est malheureusement le cas de Bonson. (M. François Bonhomme applaudit.)
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre déléguée.
Mme Dominique Faure, ministre déléguée auprès du ministre de l'intérieur et des outre-mer et du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargée des collectivités territoriales et de la ruralité. Madame la sénatrice Demas, le Gouvernement est fortement engagé dans la lutte contre l'habitat indigne aux côtés des collectivités.
Une ordonnance de 2020 a ainsi refondu le cadre juridique, unifiant plus d'une dizaine de procédures de police administrative utilisées en matière de lutte contre l'habitat indigne, dont la police du péril. Cette nouvelle police permet d'intervenir plus rapidement et plus efficacement sur les situations d'habitat indigne.
À ce titre, le maire peut saisir le tribunal administratif pour obtenir la nomination d'un expert dépêché sur place pour dresser la liste des désordres et des mesures nécessaires pour y remédier.
Sur le plan financier, les communes bénéficient d'un soutien fort de la part de l'Agence nationale de l'habitat, qui finance 50 % du montant des travaux d'office exécutés sur le fondement d'un arrêté de mise en sécurité. Ce taux est majoré à 100 % sur six départements dits « territoires d'accélérations », dont le département des Alpes-Maritimes.
Par ailleurs, il existe différents dispositifs permettant aux communes d'acquérir des logements indignes dans des conditions facilitées. C'est notamment le cas de l'expropriation simplifiée pour les logements frappés d'un arrêté de mise en sécurité comportant une prescription d'interdiction définitive d'habiter ou de démolition.
Ainsi, en l'espèce, la commune de Bonson peut étudier l'opportunité de lancer une procédure ordinaire de mise en sécurité comportant une interdiction définitive d'habiter, afin d'engager ensuite une expropriation pour acquérir plus facilement le bien immobilier.
S'agissant enfin du recouvrement auprès du propriétaire, le comptable public de la commune peut exercer toutes les voies de droit à sa disposition.
Source : senat.fr ↗
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