Double imposition des fonctionnaires binationaux franco-belges travaillant pour l'État français
Yan ChantrelSER
Sénateur — Français établis hors de France (Série 2)
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 22/03/2023M. Yan Chantrel. Madame la ministre, j'ai été saisi par plusieurs conseillers et conseillères élus des Français de Belgique sur la question de la double imposition que subissent les fonctionnaires binationaux franco-belges travaillant pour l'État français.
Le premier alinéa de l'article 10 de la convention fiscale franco-belge du 10 mars 1964, modifiée par plusieurs avenants, pose le principe selon lequel les fonctionnaires français employés en Belgique par l'État français sont imposables en France, tandis que le troisième alinéa précise que les ressortissants belges employés en Belgique par l'État français sont redevables de leur impôt en Belgique.
Afin d'éviter une double imposition des fonctionnaires franco-belges, notre pays et la Belgique ont négocié, sous couvert de la procédure de concertation prévue à l'article 24 de la convention susvisée, un accord amiable, publié au Moniteur belge du 9 novembre 2009, indiquant que les rémunérations exclues du champ de l'article 10.1 en application de l'article 10.3 ne sont imposables que dans l'État de résidence du bénéficiaire.
Or, dans un arrêt du 17 septembre 2020, la cour de cassation de Belgique a considéré que l'accord amiable de 2009 était « dépourvu de force obligatoire » et que les tribunaux ne pouvaient dès lors appliquer celui-ci.
Depuis lors, les fonctionnaires binationaux franco-belges percevant des rémunérations de source publique qui ont été imposés sur leur revenu par la France se voient également délivrer des avis d'imposition par les autorités fiscales belges.
Cette situation de double imposition de binationaux ayant déjà payé leurs impôts en France a plongé des familles dans des situations dramatiques, les montants réclamés pouvant atteindre plusieurs milliers d'euros.
Le 9 novembre 2021, une nouvelle convention fiscale a été signée à Bruxelles entre nos deux pays, afin d'empêcher de telles situations de double imposition. Alors que le nombre de cas de double imposition ne cesse d'augmenter, cette convention n'a pourtant toujours pas été ratifiée.
Pourquoi le projet de loi d'approbation de cette convention n'a-t-il toujours pas été déposé par le Gouvernement ? Pourrions-nous avoir des précisions quant à l'état d'avancement des discussions engagées pour que les autorités belges prennent des mesures immédiates de suspension du recouvrement des sommes demandées et des garanties que ces autorités rembourseront bien les sommes perçues par les services fiscaux ?
M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée.
Mme Olivia Grégoire, ministre déléguée auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargée des petites et moyennes entreprises, du commerce, de l'artisanat et du tourisme. Le 9 novembre 2021, la France et la Belgique ont signé une nouvelle convention fiscale sur l'impôt sur le revenu et sur la fortune, remplaçant celle de 1964. Comme toute convention fiscale bilatérale et conformément à l'article 53 de notre Constitution, celle-ci doit être soumise à la ratification du Parlement.
Comme vous le soulignez, cette nouvelle convention clarifiera une fois pour toutes le traitement fiscal des rémunérations de source publique. Celle-ci repose, sauf exception, sur le principe de l'imposition par l'État qui verse ces revenus.
Ce principe est logique, car ces revenus publics sont financés par les ressources publiques, notamment fiscales, dudit État.
La rédaction de cette clause, qui est conforme au modèle de l'OCDE, se retrouve couramment dans notre réseau conventionnel, en particulier dans les conventions négociées récemment.
Parallèlement, la cour de cassation belge a jugé que l'accord amiable de 2008, qui visait justement à clarifier les dispositions de la convention de 1964 relatives à l'imposition des rémunérations de source publique pour les binationaux des deux États, était contraire à la convention encore en vigueur. Elle l'a donc invalidé, entraînant pour certains de nos compatriotes une situation de double imposition de leurs revenus.
Cette situation insatisfaisante a donné lieu à des échanges approfondis et constructifs avec la Belgique, l'intérêt partagé de nos deux pays étant naturellement d'éviter cette double imposition des binationaux.
Je profite de votre question, dont je vous remercie, pour inviter tous les Français qui sont dans la situation que vous décrivez à se rapprocher du service juridique et du contrôle fiscal de la direction générale des finances publiques, celle-ci ayant réuni une cellule spécifique qui fera le lien avec les autorités belges.
Par ailleurs, je vous confirme que le Gouvernement est pleinement mobilisé pour soumettre la nouvelle convention à la ratification du Parlement dans les meilleurs délais.
Source : senat.fr ↗
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