Conséquences des dispositions d'encadrement de la délivrance de l'autorisation d'instruction dans la famille
Max BrissonLes Républicains
Sénateur — Pyrénées-Atlantiques
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 13/10/2023M. Max Brisson. La loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République a fortement restreint la possibilité de recourir à l'instruction en famille (IEF) en instaurant un régime d'autorisation fondé sur quatre motifs : la santé ou le handicap, motif qui ne tient compte ni des délais des maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) ni des enfants dont le handicap ou la maladie n'est pas reconnu ; une pratique artistique ou sportive intensive, motif qui ne tient pas compte du manque de reconnaissance par le ministère de nombreuses associations où la pratique est intensive ; l'itinérance ou l'éloignement, motif qui n'intègre pas le caractère imprévisible des mobilités, contraintes dans une fenêtre de dépôt entre le 1er mars et le 31 mai.
Si ces trois premiers motifs, par leurs restrictions, soulignent votre volonté de « scolarisation à tout prix », c'est bien le quatrième motif qui justifie ma question : « Une situation propre à l'enfant motivant un projet éducatif. »
Ce motif laisse la part belle à l'administration, comme en témoignent les cinq cents contentieux administratifs recensés. En outre, la moitié des nouvelles demandes de 2023 ont été rejetées, et un ratio de 100 % de refus dans l'académie de Toulouse a pu être observé.
Les plaidoiries de la direction générale de l'enseignement scolaire (Dgesco) lors des contentieux n'indiquent-elles pas que l'autorisation doit résonner avec une impossibilité stricte de scolarisation ? Or cela n'a jamais été l'esprit du législateur !
Aussi, madame la secrétaire d'État, j'aimerais savoir si le ministère de l'éducation nationale a fait passer des instructions pour restreindre à sa plus simple expression la capacité des familles à recourir à l'IEF. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
Mme la présidente. La parole est à Mme la secrétaire d'État.
Mme Prisca Thevenot, secrétaire d'État auprès du ministre des armées et du ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, chargée de la jeunesse et du service national universel. Monsieur le sénateur Brisson, depuis la rentrée scolaire 2022, il ne peut être dérogé à l'obligation de scolarisation dans un établissement scolaire public ou privé que sur autorisation préalable d'instruction en famille délivrée par les services académiques, pour des motifs tirés de la situation de l'enfant et limitativement définis par la loi.
Au titre de l'année scolaire 2023-2024, un peu plus de 50 000 demandes d'autorisation d'IEF ont été instruites. Elles ont donné lieu à une large majorité d'autorisations - 89 %, soit 43 907 autorisations -, essentiellement des autorisations de plein droit, pour 72 % d'entre elles, et 28 % au titre de l'un des quatre motifs prévus par la loi. Ces demandes ont donc donné lieu à une minorité de refus.
Je vous livre quelques éléments chiffrés sur le contentieux relatif à ces décisions : 39,4 % des refus ont fait l'objet d'un recours administratif préalable obligatoire (Rapo) devant une commission académique présidée par le recteur et composée d'une équipe pluridisciplinaire qui peut se prononcer sur des aspects aussi bien pédagogiques que médicaux dans l'intérêt de l'enfant ; 37 % des décisions ont été réformées, permettant ainsi une harmonisation à l'échelle académique ; 59 % des Rapo instruits concernent des décisions de refus au titre du quatrième motif.
Il est à noter que le Conseil d'État a clarifié dans plusieurs décisions du 13 décembre 2022 les conditions d'application de la loi.
Lorsqu'ils sont saisis d'une demande d'autorisation d'IEF fondée sur l'un des quatre motifs d'autorisation définis par la loi, les services académiques doivent rechercher, au vu de la situation de l'enfant, quels sont les avantages et les inconvénients pour lui de son instruction dans un établissement scolaire, d'une part, et de son instruction dans la famille selon les modalités exposées par la demande, d'autre part. À l'issue de cet examen, ils doivent retenir la forme d'instruction la plus conforme à son intérêt.
Ainsi, il ne s'agit pas d'interdire sans discernement tous les dispositifs d'instruction en famille et de porter atteinte aux pratiques positives. À cet égard, les services du ministère de l'éducation nationale accompagnent les services académiques dans la mise en oeuvre du nouveau régime d'autorisation d'instruction en famille.
Mme la présidente. La parole est à M. Max Brisson, pour la réplique.
M. Max Brisson. Madame la secrétaire d'État, une réponse à une question orale ne doit pas se résumer à la lecture d'une circulaire du ministère. Ou alors l'exercice n'a plus aucun intérêt !
En fait, il se passe ce que nous craignions : si l'on excepte les autorisations anciennes, l'administration a une attitude extrêmement draconienne. Soyons clairs, madame la secrétaire d'État, le « en même temps » ne trompe plus personne : soit vous assumez votre volonté de supprimer l'IEF, soit vous rétablissez un régime de déclaration, seul à même de garantir ce droit. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
Source : senat.fr ↗
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