Continuité territoriale dans les outre-mer
Posée le 25/01/2024 • Ministère interrogé : Premier ministre
Solanges Nadille RDPI
Sénatrice — Guadeloupe
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 07/02/2024
Mme Solanges Nadille. Madame la ministre, je souhaite attirer l'attention du Gouvernement sur un sujet d'une importance capitale pour les territoires ultramarins, à savoir la continuité territoriale, qui est un principe du service public.
Elle vise à faciliter le déplacement de 2,7 millions de citoyens ultramarins entre les territoires, en compensant les obstacles liés à leur éloignement. Elle est fondée sur les principes d'égalité des droits, de solidarité nationale et d'unité de la République.
La hausse brutale du prix des billets d'avion et du fret maritime depuis la fin de la crise sanitaire entraîne des difficultés majeures pour le déplacement des Ultramarins.
Surtout, la politique de continuité territoriale est souvent envisagée sous le seul angle des liaisons directes entre les territoires d'outre-mer et l'Hexagone. Or plusieurs territoires souffrent d'un double, voire d'un triple enclavement.
Ainsi, outre l'enclavement vis-à-vis de l'Hexagone, sous l'effet de la cherté des billets d'avion, il ne faut pas oublier l'enclavement régional, lié au faible nombre de connexions entre les territoires ultramarins et les États voisins, non plus que, dans certains territoires, l'enclavement intérieur, en raison d'une desserte interîles peu diversifiée et onéreuse.
En Guadeloupe, les îles du Sud, dont je suis originaire, sont reliées par bateau audit continent, que forment les îles de Basse-Terre et de Grande-Terre, au moyen de traversées qui durent de trente minutes à une heure.
Des aérodromes permettent aussi de relier ces îles, mais aucune compagnie ou presque n'exploite les liaisons entre la Guadeloupe « continentale » et les îles du Sud.
Les coûts de transport sont dissuasifs pour beaucoup de personnes, mais certaines d'entre elles sont malgré tout obligées de faire la navette quotidiennement.
Les fréquences limitées des navettes compliquent la vie des habitants des îles de Marie-Galante, des Saintes et de la Désirade, qui doivent se rendre sur ledit continent pour réaliser un examen médical, suivre un traitement, accomplir une démarche administrative, ou encore prendre un vol vers l'Hexagone.
La politique de continuité territoriale a certes connu des progrès indéniables depuis ses débuts, voilà vingt ans. Néanmoins, elle reste très insuffisante pour répondre aux enjeux d'équité, d'égalité des chances et d'indivisibilité de la République.
Madame la ministre, que compte faire le Gouvernement pour donner - enfin ! - une véritable ambition à cette politique, en particulier en matière de desserte interîles ?
M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée.
Mme Aurore Bergé, ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations. Madame la sénatrice, la politique de continuité territoriale vise à assurer l'équité territoriale entre l'ensemble de nos concitoyens - c'est un enjeu majeur -, et notamment ceux qui vivent dans nos territoires ultramarins.
Vous le savez, il existe un comité interministériel des outre-mer (Ciom), qui se réunit régulièrement non par plaisir de se réunir, mais pour agir sur les différents points que vous avez mentionnés. Ainsi, il cherche à faciliter la mobilité non pas simplement entre l'outre-mer et l'Hexagone ou entre les outre-mer, mais également au sein même des territoires, comme vous l'avez évoqué.
Aussi, je rappellerai un certain nombre des mesures issues de ses travaux : le passeport pour le retour, le passeport pour la mobilité des actifs salariés, ou encore le passeport pour la mobilité des entreprises innovantes.
Il s'agit aussi de l'élargissement des publics pouvant bénéficier d'un certain nombre d'aides. Ainsi, les montants de l'aide à la continuité territoriale ont été revalorisés en mars 2023. De même, le plafond de ressources pour percevoir cette aide a été nettement revalorisé, puisque le quotient familial est passé de 12 000 euros à 18 000 euros. Désormais, un peu plus des trois quarts des foyers des départements et des régions d'outre-mer sont couverts par ce dispositif. Il s'agit bien d'une politique très large, qui aide aussi les classes moyennes.
De plus, le passeport pour la mobilité des études couvre à présent la totalité du prix du billet d'avion, tant pour les boursiers que pour ceux qui ne le sont pas, afin de ne pas exclure les classes moyennes. Les étudiants de première année peuvent demander un deuxième passeport mobilité pour faciliter l'entrée dans la vie étudiante.
L'État investit dans la continuité territoriale. Le nombre de bénéficiaires des aides augmente d'année en année, vous le savez, et c'est pour le mieux.
En revanche, la continuité territoriale intérieure aux collectivités et aux territoires ultramarins relève justement de la compétence des collectivités. Un certain nombre d'entre elles ont mis en place des aides, notamment le conseil régional de la Guadeloupe.
Peut-être faut-il poursuivre les efforts de sorte que la continuité territoire s'exerce non pas simplement entre nos outre-mer et l'Hexagone, mais aussi au sein des territoires ultramarins.
Vous le voyez, l'État, au travers du comité interministériel des outre-mer, est parfaitement mobilisé sur cette question.
Source : senat.fr ↗
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