Indemnisation chômage des travailleurs frontaliers
Posée le 11/04/2024 • Ministère interrogé : Travail, santé et solidarités
Loïc Hervé UC
Sénateur — Haute-Savoie
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 11/04/2024
Mme Catherine Vautrin, ministre du travail, de la santé et des solidarités. Monsieur le sénateur Loïc Hervé, vous avez parfaitement raison, et votre constat est totalement juste.
Les règles d'indemnisation du chômage des frontaliers qui travaillent dans un pays de l'Union européenne ou en Suisse et qui résident en France sont régies par le règlement européen (CE) n° 883/2004.
Ces règles - vous l'avez dit, je ne peux que le répéter - sont particulièrement défavorables à la France, car elles conduisent à ce que les prestations soient versées par le pays dans lequel réside le chômeur et non par celui dans lequel il a cotisé.
Une compensation par les États dans lesquels les personnes ont cotisé est effectivement prévue par le règlement précité, mais elle est très loin de couvrir les coûts supportés par notre assurance chômage, d'autant plus que le salaire moyen est particulièrement élevé en Suisse.
Malheureusement, ce problème ne peut pas se résoudre en droit interne et ne relève pas du périmètre de la réforme de l'assurance chômage. Je le dis devant M. le ministre des affaires étrangères et M. le ministre délégué chargé de l'Europe, c'est une question de droit européen qui suppose de parvenir à un consensus avec les autres États membres.
La France a proposé un projet de révision de ce règlement, pour que l'État dans lequel la personne a travaillé prenne en charge l'indemnisation. Cela semble logique, mais, malheureusement, bon nombre d'États membres s'y opposent. Cette négociation, qui porte sur l'ensemble des volets de la sécurité sociale, dure depuis 2016.
Pour autant, nous sommes évidemment déterminés à faire avancer cette négociation. Je remercie d'ailleurs la ministre déléguée chargée des personnes âgées et des personnes handicapées, Fadila Khattabi, qui me représentera dès la semaine prochaine à Bruxelles lors d'un conseil des ministres des affaires sociales, d'accepter cette lourde tâche.
Vous l'avez noté, j'ai cité trois des ministres présents cet après-midi au banc du Gouvernement. J'espère qu'en leur compagnie, à quatre, nous ferons avancer ce dossier ! (Applaudissements sur les travées des groupes RDPI et INDEP.)
M. le président. La parole est à M. Loïc Hervé, pour la réplique.
M. Loïc Hervé. Madame la ministre, j'ai peut-être raison, mais cela représente tout de même 9 milliards d'euros depuis le début des négociations en 2016.
Mme Catherine Vautrin, ministre. C'est pour cela que je vous le concède !
M. Loïc Hervé. Ce n'est pas faute d'avoir sans cesse alerté vos prédécesseurs par divers moyens - courrier ou question écrite -, laissés le plus souvent sans réponse.
M. Jean-François Husson. Eh oui !
M. Loïc Hervé. J'entends votre volontarisme sur ce dossier. Il faut agir, ne serait-ce que par respect pour les entreprises françaises et leurs salariés qui portent la charge de cette indemnisation du chômage des travailleurs transfrontaliers licenciés à l'étranger.
Le financement de l'écart ne peut pas incomber à ces personnes et à ces entreprises. Les élections européennes constituent sans doute un moment opportun pour faire avancer ce sujet. (Applaudissements sur les travées des groupes UC et INDEP, ainsi que sur des travées du groupe Les Républicains.)
Source : senat.fr ↗
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