Question écrite ✓ Répondue le 25/06/2026 #10#

Limitation des demandes d'informations non essentielles pour éviter de mégenrer des clientes et clients

Posée le 07/11/2024 • Ministère interrogé : Économie, finances et industrie

Mélanie Vogel

Mélanie Vogel GEST

Sénatrice — Français établis hors de France (Série 2)

La question

Mme Mélanie Vogel interroge M. le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie sur la limitation des demandes d'informations non essentielles permettant d'éviter de mégenrer des clientes et clients. Cette obligation, qui se traduit dans les faits pour les clientes et clients du choix obligatoire entre la civilité « Madame » ou « Monsieur », discrimine les personnes non-binaires et transgenres. Elle souligne en particulier qu'une telle obligation de déclaration de genre ne paraît pas nécessaire pour l'achat d'un billet de train, comme c'est le cas pour d'autres achats. Mme Mélanie Vogel rappelle que le 11 juillet 2024, dans ses conclusions générales à la question préjudicielle enregistrée comme affaire n° C-394/23 l'avocat général de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE), M. Maciej Szpunar a estimé que la collecte des titres d'état civil des individus par la SNCF n'est pas « nécessaire » au regard du règlement général sur la protection des données (RGPD). Il a ainsi rejeté l'argument de la SNCF selon lequel cette collecte serait essentielle pour adapter ses services commerciaux en fonction des titres civils des passagers. L'avocat général a également souligné que ce traitement des données crée un risque accru de discrimination fondée sur l'identité de genre pour les personnes transgenres et non binaires, particulièrement dans un contexte où d'autres États dans l'Union européenne reconnaissent les identités non binaires de manière légale. De plus, le changement de mention de sexe à l'état civil en France demeure une procédure judiciarisée complexe. L'attente prolongée de la correction expose les personnes transgenres et non binaires à un risque élevé de devenir victimes de discrimination étant donné qu'elles ne peuvent pas justifier un genre qui ne correspond pas à leur identité tout au long de la procédure judiciaire inutilement lourde et chronophage. Afin de prévenir tout risque de discrimination supplémentaire, il est nécessaire de s'assurer qu'aucune obligation de renseignement de genre binaire soit demandé pour conclure un acte de vente. En effet, selon l'enquête LGBTI 2023 de l'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne, 15 % des personnes non binaires et 35 % des personnes transgenres ont été victimes de discrimination lorsqu'elles ont dû justifier obligatoirement leur sexe à l'état civil. Elle rappelle que la mention de genre, héritée de l'état civil, visait historiquement à assigner des droits et devoirs en fonction du sexe et à établir une distinction entre individus selon le genre. Aujourd'hui en France, le permis de conduire, titre d'identité ne fait même pas figurer la mention « sexe » et plusieurs pays européens, comme l'Allemagne, les Pays-Bas ou Malte, permettent désormais de déclarer un genre neutre ou de ne pas spécifier de genre. Pour autant, il demeure obligatoire d'indiquer le gentilé pour certaines prestations commerciales, telles que l'achat d'un billet de transport, sans que cela soit nécessaire. Elle lui demande s'il compte encadrer ou supprimer l'obligation de renseigner une mention de genre dans le cadre des prestations marchandes, afin d'assurer une meilleure inclusion des personnes non-binaires et transgenres et de limiter la collecte des données personnelles aux seules informations strictement nécessaires.

✓ Réponse du gouvernement

Publiée le 25/06/2026

À ce jour, le droit français ne reconnaît pas officiellement un troisième genre ou un genre neutre à l'état civil. Depuis la loi n° 2016-1547 du 18 novembre 2016 (dite Justice du XXIs), la procédure de changement de la mention de sexe à l'état civil n'a pas été déjudiciarisée mais on peut considérer qu'elle a été simplifiée. Il n'est plus nécessaire de subir une opération chirurgicale ou un traitement médical pour demander la modification de la mention de sexe (question de droits fondamentaux/ dignité bien sûr). La personne doit démontrer que la mention de sexe figurant sur son état civil ne correspond pas à celle dans laquelle elle se présente et est connue. Le 26 mai s'est tenu le 1er comité de suivi du plan national pour l'égalité, et contre la haine et les discriminations LGBT+ présidé par la Ministre Aurore Bergé, en lien avec la DILCRAH. Ce plan, structuré autour de cinq grands axes d'action (nommer, mesurer, former, protéger, sanctionner), mobilise l'ensemble des ministères, les collectivités, les établissements publics et un large réseau d'associations partenaires. Le premier axe vise à renforcer la protection des personnes LGBT+ et sanctionner les auteurs de propos haineux. L'État renforce les plateformes de signalement, la formation des forces de l'ordre pour un meilleur accueil des victimes, ainsi que la rapidité, la visibilité et l'efficacité des sanctions. Par ailleurs, pour assurer un accès équitable aux services de santé pour les personnes LGBT+, l'État s'engage à garantir à toutes et tous un accès digne aux soins, partout sur le territoire. Sur la question spécifique de la non obligation de mention du genre sur les documents commerciaux, la CJUE dans l'affaire C-394/23 (SNCF), 9 janvier 2025 a jugé que la collecte obligatoire de la civilité (« Monsieur » ou « Madame ») par SNCF Connect lors de l'achat de billets de train n'était pas conforme au RGPD, car non nécessaire à l'exécution du contrat de transport car en raison de la violation du principe de minimisation des données : les données collectées doivent être adéquates, pertinentes et limitées à ce qui est nécessaire au regard des finalités du traitement, de l'absence de nécessité objective : la collecte de la civilité n'est pas indispensable à l'exécution du contrat de transport et a rejeté la personnalisation commerciale comme justification légitime pour la collecte de cette donnée. Suite à l'arrêt de la CJUE, la SNCF a modifié ses pratiques. Depuis début 2025, il n'est plus obligatoire de renseigner sa civilité lors de l'achat de billets en ligne via SNCF Connect. Par ailleurs, la CNIL a pu rappeler que les données collectées doivent être pertinentes et strictement nécessaires à l'objectif poursuivi. La collecte de la civilité doit donc être justifiée par une nécessité objective. À ce jour, le droit français ne reconnaît pas officiellement un troisième genre ou un genre neutre à l'état civil. Depuis la loi n° 2016-1547 du 18 novembre 2016 (dite Justice du XXIs), la procédure de changement de la mention de sexe à l'état civil n'a pas été déjudiciarisée mais on peut considérer qu'elle a été simplifiée. Il n'est plus nécessaire de subir une opération chirurgicale ou un traitement médical pour demander la modification de la mention de sexe (question de droits fondamentaux/ dignité bien sûr). La personne doit démontrer que la mention de sexe figurant sur son état civil ne correspond pas à celle dans laquelle elle se présente et est connue.

Source : senat.fr ↗

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