Question écrite
✓ Répondue le 25/06/2026
#21#
Transparence sur la hausse des attaques au couteau en France
Posée le 07/11/2024 • Ministère interrogé : Intérieur
Valérie Boyer Les Républicains
Sénatrice — Bouches-du-Rhône
La question
Mme Valérie Boyer attire l'attention de M. le ministre de l'intérieur sur la hausse des attaques au couteau en France.
Madame la Sénatrice rappelle d'ailleurs qu'à travers une question orale n°0744S (publiée le 15 juin 2023), elle avait déjà interpellé en vain l'ancien ministre de l'intérieur, Gérald Darmanin.
Selon la presse quotidienne régionale, les tragédies s'enchaînent. En effet, quatre personnes ont été blessées dont deux grièvement à coups de hache dans le RER à Ozoir-la-Ferrière (Seine-et-Marne) lundi 4 novembre 2024, de source policière.
À Châteauroux, en avril 2024, où Matisse, 15 ans, a été poignardé à mort en pleine rue par un jeune du même âge. Le mis en cause, de nationalité afghane, avait été interpellé une semaine plus tôt pour avoir menacé un jeune homme avec un couteau.
En novembre 2023 à Crépol, un bal avait viré au drame avec la mort de Thomas, 16 ans, tué à l'arme blanche. Le 10 avril dernier, à Bordeaux, un demandeur d'asile afghan, qui reprochait à deux Algériens de boire de l'alcool le jour de l'Aïd el-Fitr, les a poignardés, tuant l'un d'eux. Trois semaines plus tôt, un collégien avait menacé d'un couteau la principale de son collège à Chenôve, près de Dijon, parce qu'il avait été exclu d'un cours d'anglais.
Ces violences dites « non crapuleuses » ont augmenté de 20,21 % en 2020 par rapport à l'année précédente. Les syndicats de police constatent une présence quasi systématique de couteaux lors d'arrestation.
Si les services de police et de gendarmerie ont du mal à les quantifier précisément -seuls les vols qui donnent lieu à l'utilisation de ce type d'arme ont droit à une comptabilisation spécifique- les résultats de la dernière étude de 2020 de l'observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) sont édifiants. Elle rappelle d'ailleurs que l'ONDPR a été supprimé en 2020. Son activité sera reprise par l'Insee et les ministères de l'intérieur et de la justice, sans certitudes sur l'efficacité d'une telle suppression.
Elle estime que le nombre de victimes d'agressions à l'arme blanche monte à 44 000 entre 2015 et 2017, soit plus de 120 victimes par jour en moyenne.
Ce chiffre correspond à 37 % des 118 000 personnes ayant déclaré, chaque année en moyenne, avoir subi des violences physiques de la part d'une personne ne vivant pas avec elles au moment des faits. Il s'agit tout simplement d'agressions dans l'espace public, que ce soit dans la rue, à la sortie d'une boîte de nuit, au travail ou encore à l'école.
Il place en tout cas les agressions au couteau en première position, devant les agressions avec une arme par destination (34 %), à savoir un objet contondant, un bâton ou encore une pierre, celles avec un autre type d'armes, comme une matraque ou une bombe lacrymogène (20 %), et celles par armes à feu (9 %).
Pour toutes ces raisons, elle souhaiterait obtenir davantage d'informations et d'analyses sur ces attaques à l'arme blanche et sur les agresseurs sous forme d'une cartographie détaillée et précise. Il semblerait qu'il faille également étoffer cette cartographie en y ajoutant le profil des agresseurs (âge, nationalité, motifs, antécédents judiciaires et psychologiques) et des victimes (âge, nationalité, relations avec l'agresseur) afin de pouvoir établir un plan d'actions et éviter que ces attaques se poursuivent et se multiplient.
La représentation nationale doit connaître précisément quelle est la cartographie de cette violence pour en tirer les enseignements. Enfin, elle aimerait pouvoir comparer ces attaques avec les attaques des années précédentes afin d'établir s'il y a bel et bien une augmentation de ce format de violence en France, et dans quelles proportions.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 25/06/2026
Au-delà de la situation spécifique des établissements scolaires, des attaques terroristes, ou de celles liées à des pathologies psychiatriques, le phénomène des attaques à l'arme blanche traduit la montée de l'hyperviolence dans notre société mais appelle aussi, des réponses qui dépassent largement la seule action sécuritaire ou répressive (sphère familiale, éducation…). La lutte contre toutes formes de violences, dont celles perpétrées par armes blanches, et contre toutes atteintes à la sécurité de nos concitoyens, s'inscrit pleinement dans le cadre de l'action menée par le ministre de l'intérieur, qui a fait de la sécurité du quotidien une priorité. Les plans d'action départementaux de restauration de la sécurité du quotidien, élaborés par les préfets et les forces de l'ordre au niveau déconcentré et en lien avec les acteurs locaux, visent en priorité à accroître la présence des forces de l'ordre sur la voie publique. Ces plans d'action montent en puissance et cette présence accrue des policiers et des gendarmes dans l'espace public constitue l'une des réponses à ce phénomène. Alors que les jeunes sont souvent les victimes de telles agressions, il doit aussi être souligné que, par une instruction du 26 mars 2025, le ministre de l'intérieur, et le ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche ont demandé aux préfets, aux forces de l'ordre et aux autorités académiques un engagement collectif et coordonné - mobilisant tant la dissuasion que la sanction - pour mieux lutter contre toutes les formes de violence aux abords des établissements scolaires, visant en particulier la présence d'armes blanches. Par ailleurs, sous l'impulsion du plan « mineurs et armes blanches » remis au Premier ministre, la réglementation relative aux armes blanches a considérablement évolué depuis l'été 2025. La « Stratégie nationale de prévention de la délinquance » comporte plusieurs mesures pour prévenir le port d'armes blanches par les mineurs : mettre en place des actions de prévention et de communication, sécuriser l'espace scolaire, renforcer la réponse judiciaire en cas de port et détection d'armes blanches par les mineurs. Enfin, la statistique institutionnelle, telle qu'agrégée et analysée par le service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) à partir des crimes et délits enregistrés par la police nationale et la gendarmerie nationale, ne recense pas, en tant que telles, les attaques à l'arme blanche. En effet, la qualification des infractions telle qu'elle ressort du code pénal ne permet pas de faire cette distinction (usage d'une arme blanche) et, dans la classification historique des infractions en index établie par le ministère de l'intérieur, elle n'est faite que dans le cadre des vols violents. Ainsi, cette circonstance de commission des infractions peut relever de différents index statistiques et de différentes natures d'infraction. En l'état actuel des systèmes d'information, il n'est donc pas possible de systématiquement repérer les infractions commises avec une arme blanche.
Source : senat.fr ↗
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