Révision du barème MaPrimeRénov' sur le chauffage au bois
Posée le 30/01/2025 • Ministère interrogé : Logement
Anne-Catherine Loisier UC
Sénatrice — Côte-d'Or
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 12/02/2025
Mme Anne-Catherine Loisier. Madame la ministre, après une première baisse de 30 % en avril 2024, le Gouvernement a choisi de réduire de nouveau les aides à l'installation d'appareils de chauffage au bois de 30 % au 1er janvier 2025.
En huit mois, on observe ainsi une diminution de 50 % du soutien de l'État aux millions de foyers français utilisant des appareils de chauffage au bois, et ce alors que le bois représente la première source d'énergies renouvelables en France.
Ces baisses ont pourtant été décidées sans analyse des bénéfices du remplacement d'appareils, notamment en termes d'émission de gaz à effet de serre et de particules fines, et sans prise en compte des territoires concernés. En effet, de nombreux Français vivent dans des zones qui ne sont pas desservies par le gaz.
Pourtant, le chauffage au bois, notamment le granulé, est reconnu comme vertueux par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). Il s'agit d'une énergie économique - c'est d'ailleurs la moins chère, devant le fioul, le gaz ou l'électricité. Elle est locale et consommée à proximité des lieux de production, jamais à plus de 200 kilomètres du point de prélèvement. Le chauffage au bois est vertueux pour l'environnement, puisqu'il ne rejette que 26 grammes de CO2 par kilowattheure. Enfin, cette énergie s'inscrit dans une logique d'économie circulaire, puisqu'elle utilise les déchets de bois.
Prise au nom du « bouclage biomasse » à horizon 2035, la décision du Gouvernement privilégie finalement les usages industriels de décarbonation, au détriment des usages résidentiels. Elle méconnaît les besoins des habitants des territoires ruraux qui supporteront mal de voir des camions remplis de bois issu de leurs forêts partir alimenter des industries à des centaines de kilomètres, pendant que leur sera dénié le droit d'utiliser eux-mêmes la biomasse pour se chauffer.
Madame la ministre, le Gouvernement va-t-il donc persister dans cette stratégie qui privilégie la décarbonation des industries au détriment des particuliers ? Pourtant, le chauffage au bois est une énergie renouvelable vertueuse lorsqu'elle est utilisée à proximité des points de prélèvement. Surtout, elle est accessible économiquement à un grand nombre de nos concitoyens.
M. le président. La parole est à Mme la ministre.
Mme Valérie Létard, ministre auprès du ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, chargée du logement. Madame la sénatrice Anne-Catherine Loisier, la décarbonation du chauffage des logements est essentielle pour atteindre nos objectifs climatiques. Le chauffage au bois, notamment aux granulés, a joué un rôle important dans cette transition, notamment en zone rurale où il est utilisé comme substitut au fioul.
Cependant, nous devons faire face à une réalité : la ressource en biomasse est limitée et des tensions apparaîtront dès 2030, selon les différents scénarios de la planification écologique.
Pour garantir notre souveraineté énergétique et préserver cette ressource précieuse, nous devons prioriser les usages les plus efficaces. La troisième stratégie nationale bas-carbone (SNBC) considère à ce titre que la chaleur haute température pour l'industrie et les réseaux de chaleur est prioritaire, tandis que le chauffage résidentiel doit être développé de manière raisonnée.
Nous aurons aussi un fort besoin de biomasse pour la construction, qui devra se décarboner massivement.
C'est pourquoi nous avons décidé de réduire progressivement et de façon modérée, à hauteur de 30 %, les aides MaPrimeRénov' pour les équipements de chauffage au bois. Je vous rappelle que je me suis battue pour limiter cette réduction, qui devait être plus importante encore !
Cette décision ne remet pas en cause l'accès à ces équipements ni les autres soutiens comme la TVA réduite ou l'éco-prêt à taux zéro, qui permettent d'obtenir une aide financière pour l'accès à ce mode d'énergie.
Nous continuons de soutenir la filière bois-énergie et encourageons les solutions de substitution comme les pompes à chaleur, la géothermie et le solaire thermique.
Nous devons agir de manière responsable et stratégique pour assurer une transition énergétique durable et équitable pour tous, tout en reconnaissant la sensibilité de ce sujet. Soyez assurés que cela ne m'a pas échappé, madame la sénatrice.
M. le président. La parole est à Mme Anne-Catherine Loisier, pour la réplique.
Mme Anne-Catherine Loisier. Madame la ministre, je reconnais votre engagement. Cependant, le bouclage biomasse est un véritable sujet de débat.
Disons-le clairement : nous n'aurons pas suffisamment de biomasse pour alimenter, à long terme, la décarbonation de l'industrie. Certes, pour le moment, nous avons des arbres qui dépérissent dans nos forêts, mais la ressource finira par se tarir, alors que les investissements dans les industries sont pensés sur le long terme. Le sujet ne me semble donc pas correctement appréhendé.
Source : senat.fr ↗
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