Question écrite
✓ Répondue le 02/07/2026
#8#19#
Manque d'infrastructures culturelles dans les outre-mer
Posée le 27/03/2025 • Ministère interrogé : Culture
Audrey Bélim SER
Sénatrice — La Réunion
La question
Mme Audrey Bélim attire l'attention de Mme la ministre de la culture sur l'insuffisance particulièrement significative d'infrastructures culturelles, notamment d'enseignement musical, dans les territoires ultramarins.
Alors que le ministère de la culture défend le principe d'une « culture pour tous », force est de constater que les outre-mer souffrent d'inégalités structurelles majeures dans l'accès à la culture. Pour les départements et régions d'outre-mer (DROM), on ne recense que deux conservatoires (à La Réunion et en Guyane) et deux scènes nationales, aucune salle de plus de 3 000 places, aucun musée d'art contemporain, et un seul Fonds régional d'art contemporain (FRAC) à La Réunion.
Cette carence d'infrastructures engendre des conséquences particulièrement préjudiciables pour la jeunesse ultramarine. De nombreux jeunes talentueux, passionnés de musique, se trouvent considérablement désavantagés par rapport à leurs homologues hexagonaux, leur niveau en solfège et technique instrumentale accusant un retard significatif. Dans une discipline aussi exigeante que la musique, rattraper un tel écart de formation devient pratiquement impossible, brisant ainsi des vocations et empêchant l'éclosion de carrières prometteuses.
Cette situation apparaît d'autant plus paradoxale que les territoires ultramarins se distinguent par une richesse culturelle exceptionnelle et une place prépondérante accordée aux arts dans la vie quotidienne. Le statut de région ultrapériphérique (RUP) de ces territoires devrait au contraire justifier un effort particulier pour garantir l'égalité d'accès aux équipements culturels.
En conséquence, elle lui demande quelles mesures concrètes le Gouvernement entend mettre en oeuvre pour corriger ces disparités territoriales et garantir aux ultramarins un accès équitable à la culture et notamment l'enseignement musical, notamment par l'élaboration d'un plan pluriannuel de création de conservatoires et d'antennes d'enseignement musical dans les territoires ultramarins, le développement de dispositifs spécifiques d'accompagnement des jeunes talents ultramarins, notamment par des bourses dédiées et des programmes de rattrapage adaptés et enfin l'intégration systématique d'une dimension ultramarine dans l'élaboration des politiques culturelles nationales, conformément aux principes de continuité territoriale.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 02/07/2026
Dans le cadre de l'article L. 216-2 du code de l'éducation qui fixe la répartition des compétences en matière d'enseignement artistique (prévue par la loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales, articles 11, 101 et 102 ainsi que la loi du 7 juillet 2016 relative à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine, article 51), l'État et les collectivités territoriales garantissent une égalité d'accès aux enseignements artistiques et à l'apprentissage des arts et de la culture. Le classement des conservatoires est une procédure instruite par la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) en métropole et par la direction des affaires culturelles (DAC) dans les départements d'outre-mer, avec l appui de la sous-direction des enseignements spécialisés, de l'enseignement supérieur et de la recherche dans le champ de la création artistique (SDESESRCA) et de l'inspection de la création artistique (ICA). Elle vise à attribuer un classement valable sept ans aux conservatoires, par spécialité (danse, musique, théâtre), répondant aux recommandations décrites par le Schéma national d'orientation pédagogique (SNOP) et aux critères énoncés par l'arrêté du 19 décembre 2023 fixant les critères de classement des établissements d'enseignement public de la musique, de la danse et de l'art dramatique. Ainsi, la structuration et la qualité pédagogique doivent permettre de mener à bien des missions d'enseignement artistique spécialisé, des missions d'éducation artistique et culturelle et des missions de développement des pratiques artistiques des amateurs (arrêté du 19 décembre 2023 précité). Les conservatoires à rayonnement communal (CRC) et intercommunal (CRI) assurent les deux premiers cycles du parcours d études, tels que définis par le SNOP. Les conservatoires à rayonnement départemental (CRD) et régional (CRR) assurent quant à eux l'entièreté du parcours d études, permettant aux élèves les plus avancés d'obtenir les diplômes nationaux d'études de danse, de musique ou de théâtre. L'obtention du classement est également conditionnée au niveau de diplôme et au statut des enseignants et de la direction. À échéance de l'arrêté, l'établissement doit, s'il souhaite maintenir son classement, effectuer une demande de renouvellement de classement. La demande de classement est une initiative territoriale. En effet, l'arrêté du 19 décembre 2023 précise que « la collectivité ou le groupement de collectivités responsable qui effectue une demande de classement, de renouvellement ou de changement de catégorie adresse au préfet de région un dossier comprenant un questionnaire rempli, le projet d'établissement et la ou les délibérations de la ou des collectivités territoriales ou groupements de collectivités concernés. Lorsque le dossier est complet, le préfet de région délivre un accusé de réception dont la date constitue le point de départ de la procédure. Le dossier, accompagné de l'avis de la direction régionale des affaires culturelles, est transmis au ministre chargé de la culture afin qu'il prenne sa décision ». Ainsi, la collectivité dont dépend l'établissement est à l'initiative de la demande de classement. Il s'agit d'un projet sur le long terme, dont l'émergence est complexe. Il ne revient donc pas au ministère de la culture de requérir l'implantation ou la structuration d'un conservatoire classé. Les outre-mer comptent à ce jour deux conservatoires classés : le conservatoire de Saint-Denis de la Réunion, qui a obtenu son premier classement en CRR en 2017 et obtenu son renouvellement en 2025, et le conservatoire de Cayenne, en Guyane, classé en CRD en 2013 et renouvelé en 2024. En outre, l'élaboration d'un schéma directeur des enseignements artistiques vise à élargir l'offre, former les enseignants et fédérer les écoles pour des projets communs (mutualisation, interconnaissance et partage de bonnes pratiques). Par ailleurs, trois établissements sont en cours de structuration en Guadeloupe, en Polynésie française et en Martinique. Ces initiatives sont accompagnées par la direction générale de la démocratie culturelle, des enseignements et de la recherche (DGDCER). En Guadeloupe, la structuration de l'enseignement artistique spécialisé est en cours. La DAC soutient le passage du centre culturel Sonis de Pointe-à-Pitre en établissement public de coopération culturelle (EPCC). La DAC accompagne la création de cet établissement pour que l'offre d'enseignement musical et artistique puisse lui permettre, à terme, de demander un classement en conservatoire intercommunal. En Polynésie française, le conservatoire Te Fare'Upa Rau fera l'objet d'une mission d'inspection à l'été 2026, afin d'accompagner la structuration de ses enseignements selon les attendus du SNOP. Le conservatoire compte environ 1 800 élèves, dont 1 400 en danse'ori tahiti. Il délivre un diplôme d'études traditionnelles, ce qui permet aux diplômés d'entrer eux aussi dans une démarche de transmission. Cet établissement est particulièrement engagé dans des démarches d'EAC, qui bénéficient à 700 élèves. Une filière du baccalauréat sciences et techniques du théâtre, de la musique et de la danse (S2TMD) a été mise en place en 2024. Enfin, en Martinique, l'ouverture d'un établissement est prévue pour 2025. Le futur conservatoire sera accueilli dans les anciens locaux administratifs du lycée Victor Schoelcher, qui font actuellement l'objet de travaux de réhabilitation. Ces locaux seront en mesure d'accueillir des élèves à partir de 2028-2029. L'établissement et la collectivité pourront alors émettre une première demande de classement. Trois écoles de musique sont également financées par la DAC, ainsi que quatre écoles de danse et la Maison du Bèlè (nord Atlantique), lieu d'enseignement des pratiques musico-chorégraphiques traditionnelles. Il est important de rappeler qu'il existe dans les outre-mer d'importants réseaux locaux d'établissements non classés, dont nombre d'entre eux sont consacrés à la transmission d'arts traditionnels. La Polynésie française, par exemple, compte une cinquantaine d'écoles, qui n'ont pas pour projet de demander le classement de leur établissement. Le ministère de la culture précise enfin que l'intégration systématique d'une dimension ultramarine dans l'élaboration des politiques culturelles nationales a été confirmée par la circulaire du Premier ministre du 10 juillet 2024 relative à la coordination de l'action du Gouvernement dans les outre-mer.
Source : senat.fr ↗
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