Double imposition des travailleurs frontaliers luxembourgeois
Posée le 03/04/2025 • Ministère interrogé : Économie, finances, souveraineté industrielle et numérique
Silvana Silvani CRCE-K
Sénatrice — Meurthe-et-Moselle
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 09/04/2025
Mme Silvana Silvani. Madame la ministre, ma question porte sur la double imposition des travailleurs frontaliers luxembourgeois et l'entrée en application du nouveau mode d'imposition pour l'exercice fiscal 2025. Il concerne les contribuables français ayant des revenus de source mixte, française et luxembourgeoise.
Je tiens à rappeler les engagements pris par M. Bruno Le Maire : il avait assuré que ce nouveau mode n'aurait aucune conséquence financière pour les contribuables concernés et que cette réforme serait précédée d'une étude d'impact approfondie. Or malgré le report de 2021 à 2024 de l'entrée en vigueur de cette réforme, les conditions d'acceptabilité sociale de cette mesure ne sont toujours pas réunies.
En effet, aucune étude d'impact n'a démontré de manière transparente qu'en intégrant le prélèvement à la source luxembourgeois, un même revenu imposable de source mixte ou exclusivement française produirait sensiblement le même montant d'imposition. Cette situation est d'autant plus surprenante que l'avenant à la convention fiscale entre la France et la Suisse, examiné au Sénat jeudi dernier, a donné lieu à une étude d'impact.
Des cas concrets de hausses d'imposition m'ont été rapportés par les contribuables concernés. Après discussion avec le cabinet de M. le ministre de l'économie, il semble que cette évolution ait été sous-estimée.
Face à cette situation, envisagez-vous de suspendre l'application de cette réforme au titre des revenus de 2024, afin de réunir les conditions de son acceptabilité sociale ? Ce délai permettrait de réaliser une étude d'impact approfondie et garantirait l'équité fiscale nécessaire pour les contribuables concernés.
M. le président. La parole est à Mme la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargée des comptes publics. Madame la sénatrice, quand les modalités de calcul de l'imposition changent, des questions se posent en effet.
Je rappelle que cette convention fiscale a été signée en 2018, que son application a été reportée en 2020, en 2021, en 2022 et en 2023. Elle s'appliquera aux revenus de 2024. C'est essentiel pour assurer l'équité fiscale et donner de la clarté à nos concitoyens des territoires que vous représentez.
Avec cette convention, les revenus perçus au Luxembourg resteront taxés au taux luxembourgeois. C'est la règle. En revanche, dans un couple, les revenus de madame, qui travaille en France, seront imposés comme si ceux de monsieur, qui travaille au Luxembourg, avaient été générés en France. Cela permet de garantir une équité.
Les revenus perçus par un ménage composé de deux Français ou par un ménage franco-luxembourgeois seront imposés en France de la même manière, qu'il y ait ou non des revenus perçus au Luxembourg par ailleurs.
Cette méthode d'imputation est prévue dans toutes les conventions fiscales que nous avons signées avec l'Allemagne, le Royaume-Uni ou la Suisse. Ce régime est aussi en vigueur ailleurs. Il s'appliquera aussi de manière intelligible et équitable aux régions transfrontalières du Luxembourg.
Deux éléments, je le rappelle, sont importants.
En premier lieu, un guichet spécial est ouvert au sein de la direction générale des finances publiques (DGFiP) de Moselle pour aider l'ensemble des contribuables qui le souhaitent à comprendre l'assiette de l'impôt du côté français.
En second lieu, il est possible depuis 2023 de télétravailler en France trente-quatre jours, au lieu de vingt-neuf, tout en restant intégralement imposable au Luxembourg, aux termes de l'avenant du 7 novembre 2022. En cas de dépassement - il est permis, car la portée n'est que fiscale -, le prélèvement à la source à la charge de l'employeur est remplacé par le système des acomptes contemporains suivant l'article 3 de la loi de finances pour 2023.
M. le président. Il faut conclure, madame la ministre.
Mme Amélie de Montchalin, ministre. J'ai été à l'époque la ministre des affaires européennes chargée de ces négociations. Une fois que les conventions sont signées, elles doivent s'appliquer, ce qui est le cas maintenant ! Nous accompagnerons tous les Français.
M. le président. La parole est à Mme Silvana Silvani, pour la réplique.
Mme Silvana Silvani. Je tiens à préciser qu'il ne s'agit pas du tout, ni pour les contribuables ni pour moi, de mettre en cause l'impôt. La question est bien celle du mode de calcul, qui n'est absolument pas équitable : les revenus imposables au Luxembourg s'ajoutent aux revenus pris en compte en France. Ils ne sont déduits qu'après. Il existe donc bien une double imposition.
Source : senat.fr ↗
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