Question écrite ✓ Répondue le 02/07/2026 #22#

Perspectives d'évolution des dispositifs électoraux en faveur de la participation démocratique

Posée le 17/07/2025 • Ministère interrogé : Relations avec le Parlement

Jean-Claude Anglars

Jean-Claude Anglars Les Républicains

Sénateur — Aveyron

La question

M. Jean-Claude Anglars interroge M. le ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé des relations avec le Parlement sur les conclusions du rapport de la commission d'enquête relative à l'organisation des élections, présenté le 28 mai 2025, concernant deux leviers d'amélioration du fonctionnement démocratique en France : la formation des personnels électoraux et l'expérimentation encadrée du vote électronique sécurisé. Le rapport met en évidence les lacunes de professionnalisation des assesseurs, présidents et membres de bureaux de vote. Ces agents, souvent bénévoles et non formés de manière homogène, peuvent rencontrer des difficultés dans l'application correcte des procédures électorales, notamment lors des phases sensibles que sont le dépouillement et l'établissement des procès-verbaux. La régularité des opérations électorales peut, parfois, être mise en cause ; et les exemples étrangers montrent qu'il s'agit d'un sujet sensible. Par ailleurs, le rapport évoque la possibilité d'expérimentations limitées et encadrées du vote électronique, s'appuyant sur des outils reconnus de vérification cryptographique, comme le logiciel libre Belenios. S'il reconnaît les apports potentiels en termes d'accessibilité et de modernisation, le sénateur souligne néanmoins les impératifs de sécurité, de contrôle et de transparence, conditions indispensables à de telles innovations. À ce jour, le vote électronique (à distance) n'est autorisé que pour certaines catégories d'élections : principalement les élections des députés des Français établis hors de France et les élections consulaires, où le vote par internet a été utilisé à plusieurs reprises (2012, 2022, 2024). Ce dispositif, conçu pour répondre aux contraintes spécifiques des Français de l'étranger, fonctionne sur la base d'une double authentification (courriel et SMS), mais a montré des limites, notamment en cas de mauvaise couverture réseau ou de failles d'authentification. Il lui demande quelle est sa position sur la création d'un module national de formation certifiant pour les personnels électoraux, visant à homogénéiser les pratiques sur l'ensemble du territoire. Il souhaiterait également connaitre la position du Gouvernement sur le vote électronique.

✓ Réponse du gouvernement

Publiée le 02/07/2026

La bonne maîtrise des règles du processus électoral par les membres du bureau de vote constitue une exigence pour garantir le bon déroulement des opérations électorales et, in fine, la sincérité du scrutin. Conformément à l'article R. 42 du code électoral, chaque bureau de vote est composé d'un président, d'au moins deux assesseurs et d'un secrétaire. L'article R. 43 du code électoral prévoit que les bureaux de vote sont présidés par les maires, leurs adjoints ou les conseillers municipaux dans l'ordre du tableau. En application de l'article R. 44 du code électoral, les assesseurs et leurs suppléants sont prioritairement des électeurs du département, désignés par les candidats ou les listes de candidats. En conséquence, le président du bureau de vote et les assesseurs sont généralement des personnes ayant une connaissance préalable du processus électoral et de ses règles. Afin de les éclairer pendant la journée du scrutin, plusieurs documents doivent figurer sur la table de vote lors des opérations électorales, conformément à l'instruction INTA2000661J du 16 janvier 2020 relative au déroulement des opérations électorales lors des élections au suffrage universel direct. Outre cette circulaire, ils disposent également, notamment, d'une version à jour du code électoral et de la circulaire ministérielle relative à l'organisation du scrutin. Par ailleurs, le Guide du bureau de vote, élaboré conjointement par le ministère de l'intérieur et la direction de l'information légale et administrative (DILA), a été intégralement mis à jour en 2025 et fait l'objet d'une réédition papier afin d'équiper chaque bureau de vote d'un exemplaire physique. Enfin, les procès-verbaux des opérations électorales, réalisés par le ministère de l'intérieur, précisent l'ensemble des règles applicables au dépouillement et à la validité des bulletins de vote, afin d'assurer la bonne information des membres du bureau de vote et le respect des règles fixées par le code électoral. S'agissant du vote par internet, il est aujourd'hui prévu en France pour deux scrutins : l'élection des députés des Français établis hors de France (modalité utilisée en 2012, 2022 et 2024) et les élections consulaires. Cette dérogation au vote à l'urne est uniquement permise pour répondre aux enjeux spécifiques rencontrés par les Français établis hors de France. Le vote par internet permet à l'électeur de voter à l'aide de codes (identifiant et mot de passe) qui lui sont transmis par des voies différentes (mél, sms, courrier postal) permettant de garantir un niveau d'authentification minimum. Le vote est crypté et confidentiel. Pour que le secret du vote soit respecté, deux informations sont strictement séparées dans le processus mis en oeuvre : d'une part, le fait que l'électeur a voté est reporté sur la liste d'émargement, et d'autre part, le choix de l'électeur est comptabilisé dans les suffrages exprimés en faveur du candidat qu'il a choisi. Le décompte des suffrages est obtenu après l'utilisation des clés détenues par les quatre membres du bureau de vote électronique, sans qu'il soit possible de savoir à quel candidat un électeur a apporté son suffrage. Toutefois, cette modalité de vote présente un certain nombre de limites qui conduisent à restreindre son utilisation à certaines élections et uniquement aux électeurs votant à l'étranger. En premier lieu, le vote par internet ne permet pas d'exclure un vote sous influence (familiale, professionnelle ou communautaire), un achat de vote ou toute autre atteinte au secret du vote et au consentement de l'électeur. Seul l'isoloir garantit ces principes reconnus par l'article 3 de la Constitution. En deuxième lieu, le vote par internet peut rencontrer des difficultés de fonctionnement, comme cela a été le cas lors des élections législatives de 2022. Le Conseil constitutionnel a annulé, en raison des dysfonctionnements intervenus lors du vote électronique, les opérations électorales qui se sont déroulées dans deux circonscriptions des Français établis hors de France lors des élections législatives de juin 2022 (décision n° 2022-5813/5814 et décision n° 2022-5760 AN du 20 janvier 2023). Le Conseil constitutionnel a jugé que, si les électeurs concernés conservaient le droit de prendre part au vote à l'urne en se déplaçant physiquement vers l'un des bureaux de vote ouverts dans la circonscription, ce dysfonctionnement a néanmoins été de nature, eu égard aux caractéristiques de la circonscription, à empêcher plusieurs milliers d'électeurs de prendre part au vote au premier tour. Alors même qu'elle n'est aucunement imputable ni au candidat élu ni aux autres candidats, le Conseil constitutionnel a considéré que cette circonstance devait être regardée, compte tenu de l'écart de voix entre les candidats, comme ayant porté atteinte à la sincérité du scrutin. En troisième lieu, cette modalité de vote expose les scrutins à des attaques électroniques malveillantes. Comme toute infrastructure électronique, le système de vote par Internet peut être attaqué par des organisations ou des États hostiles. Ce système étant nécessairement ouvert à tous les électeurs concernés, il est d'autant plus vulnérable. À ce titre, il convient de rappeler que le vote électronique est aujourd'hui prévu pour l'élection des députés des Français de l'étranger dont les circonscriptions, vastes géographiquement, sont limitées en nombre d'électeurs. Une annulation pour un dysfonctionnement ou une attaque est donc circonscrite. En revanche, pour des scrutins à vaste circonscription (élections régionales, européennes, présidentielle et référendum), le risque de contagion serait accru : les failles potentielles seraient multipliées à raison du nombre d'électeurs supplémentaires concernés, et un problème local pourrait entraîner une annulation de toute l'élection. En quatrième lieu, seuls les Français de l'étranger pour les élections législatives et les élections consulaires bénéficient du vote par internet depuis 2012 en raison de l'éloignement des électeurs des bureaux de vote, au sein de circonscriptions parfois à l'échelle d'un continent. Sur le territoire national, le bureau de vote est dans la très grande majorité des cas à quelques minutes, à pied ou en véhicule, du domicile de l'électeur. Près de 70 000 bureaux de vote sont ouverts à chaque élection. Du fait de ce maillage territorial dense, le vote par internet pour tous les électeurs ne se justifie donc pas au regard de l'éloignement géographique des citoyens du bureau de vote. Enfin, au-delà de la sécurité juridique de l'organisation du scrutin, le vote à l'urne et le dépouillement sont des actes citoyens importants et participent du rituel républicain. Le vote par procuration se conforme d'ailleurs à ce rituel puisque le mandataire introduit bel et bien le bulletin de son mandant dans l'urne et que celui-ci est in fine dépouillé sans distinction des autres. En revanche, substituer à ce vote une procédure électronique qui, bien que confortable pour l'électeur, demeure informelle et dénuée de toute dimension collective, ne peut qu'affaiblir la solennité des opérations électorales. Le vote par internet n'a par ailleurs pas démontré à ce stade un effet majeur sur le niveau de participation : 22,51 % au premier tour des élections législatives des 11 circonscriptions des Français de l'étranger en juin 2022 avec une solution de vote par internet contre 35,12 % au premier tour de l'élection présidentielle. Le système de vote actuel bénéficie en outre d'un haut degré de confiance de la part des électeurs car il est auditable directement par l'électeur, ce qui pourrait être altéré par l'introduction du vote par internet généralisé. En effet, le contrôle citoyen sur le dépouillement est rendu plus difficile avec le vote par internet, car le revers du dépouillement instantané est l'absence de contrôle des citoyens sur cette opération. Avec le vote papier, tout électeur présent lors du dépouillement peut demander à recompter les bulletins en cas de doute sur la régularité des opérations électorales. Le contrôle sur les opérations de dépouillement, comme le contrôle des opérations électorales le jour du scrutin, sont exercés tant par les représentants des candidats que par les électeurs eux-mêmes, ce qui constitue une garantie forte de la sincérité du scrutin dans notre système électoral, symbolisée par la transparence des urnes. Un système de vote par internet, quelle que soit sa fiabilité et son niveau de sécurité, du fait de la menace, réelle ou supposée, d'ingérence ou d'altération du résultat, encourt un risque de suspicion quant à sa transparence qui serait de nature à remettre en cause la confiance des électeurs. Dès lors, le Gouvernement n'envisage pas d'étendre le vote électronique à l'ensemble des électeurs ni à l'ensemble des élections.

Source : senat.fr ↗

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