Question écrite ✓ Répondue #6#26#23#

Efforts demandés aux départements dans le cadre de l'accompagnement des jeunes sortant de l'aide sociale à l'enfance

Posée le 18/09/2025 • Ministère interrogé : Travail, santé, solidarités et familles

Else Joseph

Else Joseph Les Républicains

Sénatrice — Ardennes

La question

Mme Else Joseph interroge Mme la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles sur les récents rapports qui ont souligné des difficultés dans la protection de la jeunesse. En effet, plusieurs de ces rapports, qu'ils soient rendus à l'Assemblée nationale (rapport fait au nom de la commission d'enquête sur les manquements des politiques publiques de protection de l'enfance, Assemblée nationale, 1er avril 2025) ou par l'inspection générale des affaires sociales (IGAS) (« Pour une mobilisation collective en faveur des jeunes sortant de l'aide sociale à l'enfance », mai 2025), soulignent des difficultés au niveau de l'accompagnement dans le cadre de l'aide sociale à l'enfance (ASE). Selon l'IGAS, le droit opposable à l'accompagnement pour les jeunes sortant de l'ASE ferait l'objet de nombreux manquements. Le rapport de l'IGAS a ainsi souligné des disparités entre certains départements. Cependant il faudrait aussi prendre en compte les difficultés que ces derniers subissent. En effet, alors qu'on leur demande beaucoup dans le domaine médico-social, comme on l'a vu au cours de ces quatre dernières années, les départements sont à nouveau sollicités pour mettre fin aux disparités dans l'accompagnement de sortie de l'ASE. Pourtant, ils ne disposent pas des moyens requis, malgré le fait qu'ils consacrent déjà 1,2 milliard d'euros comme le reconnaît le rapport précité de l'IGAS. Plus généralement, le rapport parlementaire reconnaît que « la politique de protection de l'enfance a été confiée aux départements lors des grandes lois de décentralisation des années 1980 sans que soient réunies les conditions nécessaires à la réussite de ce transfert : de moyens et de compétences suffisants » (op. cit, tome I, p. 88). Si des propositions visant à ce que « des voies d'accès facilitées au droit commun » sont, par exemple, suggérées dans le rapport de l'IGAS pour les jeunes après leur sortie de l'ASE jusqu'à leur vingt-cinquième année avec une proposition systématique de rendez-vous auprès des organismes de sécurité sociale ou une priorité d'accès au logement social, les départements doivent être appuyés, et non contraints de devoir compter sur leurs propres moyens. Elle lui demande donc ce que les pouvoirs publics envisagent pour aider les départements dans l'accompagnement de sortie de l'ASE.

✓ Réponse du gouvernement

En 2024, environ 35 000 jeunes majeurs sont accompagnés par l'Aide sociale à l'enfance (ASE). A la sortie de l'ASE, les risques de marginalisation et de rupture sont particulièrement importants. Selon une étude de l'Institut national de la statistique et des études économiques, en 2012, 23 % des personnes hébergées par un service d'aide ou fréquentant un lieu de distribution de repas étaient d'anciens enfants accueillis par l'ASE.

Afin de lutter contre les « sorties sèches », la loi du 7 février 2022 a rendu obligatoire la prise en charge par le conseil départemental des jeunes qui ont été confiés à l'ASE au cours de leur minorité, jusqu'à 21 ans, lorsqu'ils sont sans ressources ou soutien familial suffisants. Elle introduit, par ailleurs, un droit au retour dans le dispositif jusqu'à 21 ans et crée dans chaque département une commission d'accès à l'autonomie des jeunes majeurs sortant de l'ASE. Ces nouvelles obligations pesant sur les conseils départementaux ont fait l'objet d'une compensation financière, en conformité avec le code général des collectivités territoriales.

Ainsi, depuis 2022, le législateur a ouvert et pérennisé une enveloppe budgétaire de 50 Meuros destinée à accompagner financièrement les départements dans la mise en oeuvre de ce dispositif.

Pour accompagner la mise en oeuvre de cette loi, la Haute autorité de santé a publié, en février 2024, ses recommandations de bonnes pratiques professionnelles relatives à l'accompagnement vers l'autonomie au titre de l'amélioration de la prise en charge à la sortie des dispositifs de protection de l'enfance.

Les priorités du Gouvernement à court terme sont de poursuivre la mise en application des mesures issues de la loi du 7 février 2022, notamment le déploiement des commissions départementales d'accès à l'autonomie et de mobiliser l'ensemble des services de l'Etat de droit commun auprès des départements, pour faire levier sur les projets d'accès à l'autonomie des jeunes sortants de l'ASE :

en matière d'aides financières, des actions sont mises en place avec la caisse nationale d'allocations familiales et la caisse des dépôts et consignations pour accélérer le recours au pécule des enfants confiés (pécule constitué par l'allocation de rentrée scolaire non versée et consignée durant tout le temps du placement de l'enfant) ; en matière d'insertion, l'objectif est de renforcer le suivi par les missions locales. Une convention cadre a notamment été signée entre Département de France et l'union nationale des missions locales en ce sens ; en matière d'accès aux soins, la mise en place du parcours coordonné renforcé enfance protégée, permettra un suivi en santé des jeunes majeurs, tant qu'ils sont suivis par le département et jusqu'à n an après leur sortie de l'ASE.

En complément, et tel qu'annoncé lors du Comité stratégique pour la réforme de la protection de l'enfance réuni le 10 février dernier en la présence de nombreux ministres, les efforts se poursuivent dans le cadre de l'élaboration d'une feuille de route interministérielle dédiée qui cible notamment l'accès au logement, aux études supérieures, à l'insertion sur le marché de l'emploi. Un appel à projets via le fonds social européen sera en outre lancé en 2026 pour soutenir des projets visant le soutien des enfants placés dans leur ambition scolaire.

Source : senat.fr ↗

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