PLF pour 2026
Posée le 18/12/2025 • Ministère interrogé : Premier ministre
Mathieu Darnaud Les Républicains
Sénateur — Ardèche
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 18/12/2025
M. le président. La parole est à M. le Premier ministre.
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Monsieur le président du Sénat, monsieur le président Darnaud, mesdames, messieurs les sénateurs, cette question me permet de faire un point d'étape en vous disant comment j'envisage et surtout comment je ressens la suite des opérations, pour donner un budget à la France d'ici à la fin de l'année.
Soyez-en assurés : le Gouvernement respecte et respectera toujours le Parlement et les parlementaires... (Vives protestations sur les travées du groupe Les Républicains.)
M. Jacques Grosperrin. Pas votre ministre !
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Or, respecter le Parlement, c'est partir du principe que les parlementaires sont responsables de ce qu'ils ont voté, tout simplement.
Ce rappel étant formulé, nous sommes face à une réalité chiffrée : celle de notre déficit, qu'il convient de réduire.
La tâche est immense, vous le savez. Avant moi, François Bayrou et Michel Barnier s'y sont attelés...
M. Rachid Temal. Sans succès !
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Il faut rendre hommage à leur action.
Les questions de recettes et de dépenses ont également été traitées, du temps de mes prédécesseurs, avec beaucoup de difficultés ; chacun a dû avancer pour que nous obtenions les compromis nécessaires. D'ailleurs, certains des instruments fiscaux dénoncés aujourd'hui figuraient dans les copies budgétaires élaborées par eux. Il a bien fallu les accepter, même lorsque nous n'étions pas d'accord.
Monsieur le président Darnaud, comme vous le rappelez, nous sommes à quelques encablures de la commission mixte paritaire. Je vois bien que les négociations vont être difficiles.
Mme Dominique Estrosi Sassone. Eh oui !
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Tout d'abord, les positions de l'Assemblée nationale sont assez éloignées de celles du Sénat ; cela étant, la commission mixte paritaire, où le Gouvernement n'est pas représenté, a vocation à permettre des convergences.
Je suis un défenseur du bicamérisme. À de nombreuses reprises dans notre histoire - je le rappelle -, des positions qui pouvaient paraître très éloignées avant la CMP ont réussi à converger au sein de cette dernière.
Néanmoins, la situation est un peu plus compliquée encore : les positions des uns et des autres sont parfois dures à identifier et, à l'évidence, il est très difficile de les faire converger entre les différents groupes politiques. Dans cet hémicycle, la situation est plus classique et probablement plus claire ; mais, dans celui de l'Assemblée nationale, elle est bien moins évidente.
M. Alain Milon. C'est sûr...
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. À ce titre, je salue tout particulièrement M. Jean-François Husson, rapporteur général de la commission des finances du Sénat, et M. Philippe Juvin, rapporteur général de la commission des finances de l'Assemblée nationale : vous le savez en tant que président de groupe, la tâche qu'ils assument depuis plusieurs semaines est loin d'être facile.
Je tiens aussi à souligner la qualité du travail accompli avec vous et devant vous par Mme la ministre de l'action et des comptes publics, Amélie de Montchalin. Au-delà de nos divergences d'opinions politiques, on peut reconnaître que le Gouvernement s'est tenu à la disposition de tout un chacun.
Soyons honnêtes : la difficulté ne s'arrête pas là. Parfois, les positions sont difficiles à identifier au sein des groupes politiques ; parfois même, elles divergent entre les groupes d'une même formation politique à l'Assemblée nationale et au Sénat.
M. Rachid Temal. Pas chez Les Républicains, par hasard ? (Sourires sur les travées du groupe SER.)
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Je pense au Parti socialiste aussi. (Protestations sur les mêmes travées. - Applaudissements sur les travées du groupe UC.)
M. Patrick Kanner. Oh non !
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Je le dis sans malice. La réalité, c'est que notre vie politique est fragmentée. Or le budget est le document le plus politique de l'année : par définition, la fragmentation que connaissent les partis politiques se retrouve dans l'exercice que nous sommes en train de vivre.
M. Olivier Paccaud. C'est le budget d'Olivier Faure !
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. C'est le budget du Gouvernement tel qu'il a été amendé par le Sénat, monsieur le sénateur. Le projet de loi de finances (PLF) a été rejeté par l'Assemblée nationale.
Gardons-nous des mensonges. Nous sommes entre gens responsables : ici, il n'y a pas de groupe de La France insoumise (LFI) ou du Rassemblement national (RN).
M. Loïc Hervé. Encore heureux !
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Eh bien, il va falloir continuer de se battre pour que cela dure.
Les membres de la commission mixte paritaire confronteront donc deux versions de ce budget : la copie initiale du Gouvernement et la copie du Sénat. L'Assemblée nationale n'a examiné que la partie recettes : elle n'a regardé que quelques éléments de la partie dépenses en commission et n'y a pas consacré une minute en séance.
On constate donc une désynchronisation très importante entre, d'une part, le Sénat, qui a travaillé de nombreuses heures, de nombreux jours et même plusieurs semaines sur la seconde partie du PLF et, de l'autre, une Assemblée nationale fragmentée,...
M. Pascal Savoldelli. Ce budget n'était pas bon !
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. ... que vous connaissez, où ce travail n'a pas été fait.
Cette situation s'impose autant à vous qu'à moi ; encore plus à moi qu'à vous, puisque je suis chargé de diriger le Gouvernement. C'est une simple réalité.
Quoi qu'il en soit, il faut que l'on ait un budget avant la fin de l'année. Ce matin, lors du conseil des ministres, j'ai insisté sur le fait que les membres du Gouvernement devaient se plier en six d'ici à vendredi et samedi prochains, pour accompagner les parlementaires sur ces voies de compromis.
Il va falloir davantage de clarté. Il va falloir que les gens se parlent davantage. Je n'en dirai pas plus long publiquement ; toujours est-il que la commission mixte paritaire se réunit maintenant dans un peu plus de quarante-huit heures. Voilà plusieurs jours que je demande à toutes les formations politiques d'organiser une commission mixte paritaire à blanc, à titre préparatoire, pour que les membres du Gouvernement puissent faire des propositions, y compris des propositions d'économies nouvelles s'il le faut. Nous n'avons eu que peu de succès à l'Assemblée nationale, quels que soient les bancs. Vous le savez, monsieur le président Darnaud...
M. Mathieu Darnaud. Nous sommes au Sénat, monsieur le Premier ministre !
Mme Frédérique Puissat. Ici, vous en avez eu !
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Certes, mais le bicamérisme, ce sont deux chambres. J'observe d'ailleurs que, mardi prochain, le Sénat se prononcera le matin, donc en premier, suivi l'après-midi par l'Assemblée nationale.
Je vous le répète en toute bonne foi, je ne cherche pas le soutien de qui que ce soit. Je ne cherche qu'un peu de bienveillance afin d'éviter le désordre. Je cherche à faire en sorte que, globalement, l'État, les services publics fonctionnent.
Les élections municipales auront lieu au mois de mars prochain. Le monde économique est inquiet. Nous devons arriver à doter la France d'un budget. À cet égard, le seul esprit qui compte est l'esprit d'intérêt général : je sais que vous allez y concourir en tant que président de groupe.
Puisqu'il vous reste un peu de temps de parole, peut-être allez-vous nous indiquer les éléments sur lesquels vos collègues sont prêts à bouger en vue d'un compromis ; les éléments de fond que le groupe Les Républicains peut mettre sur la table,... (Protestations sur les travées des groupes SER, CRCE-K et GEST.)
Mme Cécile Cukierman. On va vous laisser ! (Sourires sur les travées du groupe CRCE-K.)
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. ... permettant ainsi aux autres groupes politiques du Sénat et de l'Assemblée nationale d'avancer.
Adopter le budget, c'est agir dans l'intérêt de la Nation. Mais cela suppose que chacun fasse un pas vers l'autre, sans renoncer à sa liberté, mais avec le sens de l'intérêt général. (Applaudissements sur des travées des groupes RDPI, INDEP et SER. - M. Bernard Fialaire applaudit également.)
M. Martin Lévrier. Bravo !
M. le président. La parole est à M. Mathieu Darnaud, pour la réplique.
M. Mathieu Darnaud. Monsieur le Premier ministre, j'aurai du mal à résumer en trente secondes ce que nous avons mis, ici, six mois à bâtir.
Chers collègues de gauche, comme disait Pierre Mendès France, gouverner, c'est choisir.
Mme Monique Lubin. Exactement !
M. Mathieu Darnaud. Je le confirme, le temps du budget est un temps politique. Il faut choisir entre, d'une part, les tenants de la taxe et de la surtaxe et, de l'autre - c'est notre cas au sein du groupe Les Républicains -, les tenants des économies. (Protestations sur les travées du groupe SER. - Mme Audrey Linkenheld s'exclame.)
M. Patrick Kanner. En faveur des plus aisés !
M. Mathieu Darnaud. Notre but est d'être utiles en donnant un budget à la France et aux Français. (Vifs applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains et sur des travées du groupe UC.)
Source : senat.fr ↗
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