Question écrite
✓ Répondue le 02/07/2026
#25#23#
Absence de régulation de l'orthodontie et conséquences sur les actes des chirurgiens-dentistes
Posée le 12/02/2026
• Ministère interrogé : Santé, familles, autonomie et personnes handicapées
Patrice Joly
SER
Sénateur — Nièvre
La question
M. Patrice Joly appelle l'attention de Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées sur l'absence de régulation de l'orthodontie permettant à des praticiens insuffisamment formés, notamment les chirurgiens-dentistes, d'exercer cette spécialité pourtant très complexe.
L'article R. 4127-204 du code de la santé publique établit que le chirurgien-dentiste (...) ne doit pas effectuer des actes, donner des soins ou formuler des prescriptions dans les domaines qui dépassent sa compétence professionnelle. Or, depuis plusieurs années, l'exercice de l'orthodontie par des omnipraticiens non formés à cette spécialité ne cesse de se généraliser, entraînant alors une inégalité tant sur l'exercice de la spécialité que sur les soins prodigués aux patients. Les orthodontistes spécialistes suivent en effet une formation longue, de neuf ou dix ans dont au moins trois ans d'internat, afin de pouvoir exercer leur spécialité. Les chirurgiens-dentistes, qui sont formés en six ans et qui ne réalisent pas de période d'internat, se tournent de plus en plus vers l'orthodontie sans suivre la formation classique, en se contentant souvent de formations privées théoriques et non contrôlées. Malgré cet écart de formation, la sécurité sociale rembourse les traitements sans distinction liée à la qualification du médecin. Cette situation engendre trois problèmes majeurs. Cela impacte tout d'abord la qualité et la sécurité des soins. Les patients peuvent se voir être trompés, en pensant être soignés par un spécialiste, ce qui peut conduire à une augmentation des erreurs thérapeutiques, voire à des complications. Par ailleurs, cette situation tend à aggraver la désertification médicale dentaire, de nombreux omnipraticiens abandonnant les soins dentaires généraux, pourtant déjà sous tension, pour l'orthodontie qui est statistiquement plus rentable. Cette situation impacte enfin les caisses de la sécurité sociale, entraînant une explosion des coûts. Le remboursement est à ce jour effectué sans distinction de qualification, qu'il s'agisse d'un traitement réalisé par un spécialiste ou par un généraliste. La sécurité sociale rembourse ainsi des traitements qui peuvent s'avérer inadaptés et qui devront être réalisés de nouveau, engendrant alors des surcoûts inutiles.
Aussi, il souhaite connaître les mesures que le Gouvernement compte prendre pour pallier ce problème grandissant, et qui pose un problème majeur de santé publique, de régulation de la pratique médicale, d'égalité d'accès à des soins de qualité.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 02/07/2026
Le Gouvernement est pleinement conscient des risques et des conséquences possibles d'une mauvaise pratique de l'orthodontie et est soucieux de la qualité des soins prodigués et de la sécurité des patients. L'accès aux soins orthodontiques est un enjeu pour la santé buccodentaire des jeunes mais également pour la santé générale de ces futurs adultes. Les orthodontistes constituent la part la plus importante des chirurgiens-dentistes spécialisés, cependant, ces derniers ne représentent que 5,2 % de l'ensemble des praticiens, soit 2 552 orthodontistes parmi les 48 872 chirurgiens-dentistes (données de l'Ordre des chirurgiens-dentistes, 1er septembre 2025). En ce sens, le Gouvernement a procédé à une hausse du nombre de postes ouverts au sein du diplôme d'études spécialisées d'orthopédie-dento-faciale afin de répondre aux besoins de la population à hauteur de 23 % entre l'année 2023 et l'année 2024 (de 52 places à 64 places). Le Gouvernement est soucieux de maintenir une offre suffisante de soins généraux en matière de santé bucco-dentaire et ne souhaite pas que les chirurgiens-dentistes non-titulaires du diplôme d'études spécialisées en orthopédie-dento-faciale pratiquent exclusivement de l'orthodontie. Pour autant, l'exclusivité de l'orthodontie aux seuls titulaires du Diplôme d'études spécialisés (DES) en orthopédie-dento-faciale ne ferait qu'accentuer les difficultés d'accès à ces soins dentaires notamment dans les départements insuffisamment dotés d'orthodontistes. Les services du ministère ont pleinement connaissance des dérives publicitaires ou des pratiques commerciales qui peuvent nuire à la santé des patients et engendrer des surcoûts pour l'assurance maladie et sont vigilants face aux alertes régulières à ce sujet. Enfin, il convient de rappeler que le code de déontologie de la profession précise que le chirurgien-dentiste « ne doit pas effectuer des actes, donner des soins ou formuler des prescriptions dans les domaines qui dépassent sa compétence professionnelle ou les possibilités matérielles dont il dispose ».