Question au Gouvernement ✓ Répondue le 28/05/2026 #8#

Concentration des médias et projet politique sous-jacent

Posée le 28/05/2026 • Ministère interrogé : Premier ministre

Sylvie Robert

Sylvie Robert SER

Sénatrice — Ille-et-Vilaine

La question

M. le président. La parole est à Mme Sylvie Robert, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.) Mme Sylvie Robert. Madame la ministre, le monde de la culture est inquiet, et c'est bien légitime. De nombreuses raisons expliquent ces préoccupations : baisse des soutiens publics, rupture du consensus territorial, censure, voire autocensure... Surtout, le monde de la culture est aujourd'hui la cible d'un industriel d'extrême droite, qui a décidé de s'acheter des outils d'influence pour servir son agenda politique. (Protestations sur les travées du groupe Les Républicains. - Applaudissements sur les travées des groupes SER et CRCE-K, ainsi que sur des travées du groupe GEST.) En s'intéressant aux médias et à la culture, Vincent Bolloré veut avoir la mainmise sur l'ensemble de la chaîne de valeur qui structure les diverses filières culturelles. Si de tels phénomènes se développent dans notre pays, au point de susciter de véritables inquiétudes quant à la diversité et à l'indépendance, ce qui se joue en ce moment est clairement lié à un projet idéologique assumé (Protestations sur les travées du groupe Les Républicains.) qui menace notre modèle culturel français. Aussi, il devient urgent de sauvegarder l'essentiel, c'est-à-dire notre cadre démocratique et ses principes fondamentaux que sont la liberté d'expression, la liberté de création et la liberté de programmation. Pour y parvenir, nous connaissons l'une des solutions, à laquelle nous sommes nombreux à souscrire : il s'agit de limiter la concentration économique, qui renforce le pouvoir et l'influence de quelques-uns au point de placer notre démocratie sous emprise. Il devient plus que nécessaire de mieux réguler les phénomènes de concentration verticale pour garantir l'indépendance et la diversité de la culture et, finalement, notre souveraineté. Madame la ministre, devant cette préoccupation démocratique majeure, êtes-vous prête à agir pour réguler ces mouvements de concentration dans les médias et la culture ? (Vifs applaudissements sur les travées des groupes SER, GEST et CRCE-K. - M. André Guiol et M. Philippe Grosvalet applaudissent également. - M. Stéphane Ravier s'exclame.)

✓ Réponse du gouvernement

Publiée le 28/05/2026

M. le président. La parole est à Mme la ministre de la culture.

Mme Catherine Pégard, ministre de la culture. Madame la sénatrice, je sais l'attention que vous portez à nos industries culturelles et au respect de leur pluralisme.

Comme le Président de la République l'a rappelé à l'occasion du Festival du livre, il est essentiel de protéger la diversité de nos industries culturelles et leur pluralisme. Dès lors qu'il est question de la vie des idées, des arts ou de la culture, limiter la liberté de création ou d'expression ne peut en aucun cas ni en aucune circonstance être un objectif.

Les garanties de ce pluralisme résident tout d'abord dans notre État de droit et dans les instruments mis en place par la loi, notamment en matière de régulation des médias audiovisuels.

Elles reposent aussi sur notre modèle de soutien aux industries culturelles, qui se fonde sur des mécanismes sectoriels, comme le prix unique du livre, ou sur l'intervention publique, notamment en matière de financement de la création et de la production cinématographique et audiovisuelle.

Ce modèle français conjugue les partenariats publics et privés au service du développement des différentes industries culturelles, précisément dans cet objectif de diversité et de pluralisme.

J'y insiste, ne nous trompons pas de combat : le vrai défi, que nous partageons, madame la sénatrice, est de conforter notre modèle et d'en améliorer l'efficacité. De très nombreux professionnels, dont certains sont de grands dirigeants du monde économique, expriment cette même volonté de vigilance et d'apaisement. Le dialogue, auquel je m'emploie chaque jour, vaut mieux que l'invective pour trouver des solutions. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

M. le président. La parole est à Mme Sylvie Robert, pour la réplique.

Mme Sylvie Robert. Madame la ministre, j'attendais une autre réponse de votre part.

Je m'adresse à mes collègues de la droite de l'hémicycle : la nouvelle que nous avons apprise ce matin fera du cas de M. Bolloré une affaire d'État, voire révélera un danger pour la République. (Protestations sur les travées du groupe Les Républicains. - Vifs applaudissements sur les travées des groupes SER, CRCE-K et GEST.) Pour que le slogan de l'exception culturelle ne soit pas un vain mot, nous devons désormais agir, y compris à l'échelle européenne.

Madame la ministre, donnons l'exemple afin que les législations européennes suivent le modèle français : c'est notre responsabilité. (Bravo ! et applaudissements sur les travées des groupes SER, CRCE-K et GEST.)

Source : senat.fr ↗

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