Difficultés de la filière de la betterave potagère
Pauline MartinLes Républicains
Sénatrice — Loiret
La question
Mme Pauline Martin attire l'attention de Mme la ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire sur la situation de la filière de la betterave potagère, dite betterave rouge, au regard des dérogations à l'interdiction de certains produits phytopharmaceutiques prévues par la loi n° 2026-796 du 18 août 2026 d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles.
Implantée dans le Val de Loire, cette filière constitue un moteur économique pour le territoire loirétain. Selon l'association départementale interprofessionnelle de la betterave rouge, le Loiret rassemble près de 50 % de la production nationale et environ 75 % de la transformation, grâce à la présence de cinq cuiseurs, pour 90 000 tonnes transformées en 2025, près de 1 000 emplois directs et un chiffre d'affaires supérieur à 100 millions d'euros par an.
La filière est confrontée à une pression croissante des ravageurs, en particulier des pucerons, contre lesquels elle ne dispose plus de solution de protection efficace depuis le retrait des néonicotinoïdes. Le rapport remis en octobre 2025 par l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement ne conclut d'ailleurs qu'aucune des alternatives disponibles n'égale l'efficacité de ces substances. Ce constat, établi pour la betterave sucrière, vaut pour la betterave potagère, qui appartient à la même espèce botanique et subit le même ravageur.
La loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles aurait pu apporter une réponse. Or les dérogations qu'elle prévoit ont été circonscrites à quatre productions (la betterave sucrière, la pomme, la cerise et la noisette), à l'exclusion de la betterave potagère. Cette exclusion ne repose sur aucun constat scientifique : la saisine ministérielle du 16 mai 2025 ayant fondé le rapport précité n'a pas inclus cette culture dans son périmètre, de sorte qu'elle n'a jamais été évaluée. La betterave potagère se trouve ainsi privée d'un dispositif dont bénéficie une culture de la même espèce, exposée au même ravageur et justiciable du même traitement, à savoir l'enrobage de semences par le flupyradifurone, sans qu'aucune différence de situation ne le justifie.
Elle sollicite en conséquence le Gouvernement pour que la betterave potagère soit intégrée au régime dérogatoire ouvert par la loi pour l'usage du flupyradifurone en enrobage de semences, dans les mêmes conditions et pour la même durée que la betterave sucrière, avant que cette filière ne s'éteigne faute de solution de protection.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 29/10/2026L'arrivée printanière des pucerons dans les cultures de betteraves est un phénomène récurrent, mais néanmoins particulièrement problématique car les pucerons peuvent être vecteurs des virus responsables de la jaunisse de la betterave. Cette année, la pression des pucerons reste à ce stade inférieure à celle observée en 2020, mais elle est supérieure aux années 2021 à 2025. C'est pourquoi le suivi des recommandations de prévention est essentiel. Cela passe en particulier par la destruction des repousses de betteraves et le respect des distances d'éloignement avec les cultures qui sont des réservoirs hivernaux au virus. Le nombre de produits autorisés pour traiter les pucerons de la betterave est limité. Le ministère chargé de l'agriculture soutient le plan national de recherche et innovation pour la recherche d'alternatives et octroie des dérogations pour répondre aux situations d'urgence. Cette année, des dérogations ont ainsi été octroyées pour deux applications de produits à base de spirotétramate, ainsi que pour un nouvel insecticide à base de dimpropyridaz. De plus, deux produits de biocontrôle ont également été autorisés par dérogation : un produit qui a une action répulsive et un produit qui a une fonction insecticide. C'est par cette méthode de suivi rapproché et de réactivité immédiate que la situation a été maîtrisée en 2025, avec des niveaux de production très satisfaisants. En ce qui concerne la substance flupyradiflurone, elle est interdite d'utilisation en France depuis 2016 alors qu'elle est autorisée au niveau européen. La possibilité de lever cette interdiction a été abondamment débattue dans le cadre de la loi entraves et de nouveau dans le cadre du projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles (UPSA). Les parlementaires ont adopté des dispositions à l'article 6 qui permettrait à l'agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail d'autoriser la possibilité de déroger à l'interdiction d'utilisation de semences traitées avec de la flupyradiflurone en production de betteraves sucrières, si plusieurs conditions sont réunies. Le Conseil constitutionnel a validé la loi UPSA le 14 août 2026, entérinant de ce fait ces conditions de dérogation.
Source : senat.fr ↗
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