Pourquoi ce texte ? Le contexte en 6 points
  • La proposition de loi crée un « droit à l'aide à mourir » : un patient majeur, atteint d'une maladie grave et incurable engageant son pronostic vital à court ou moyen terme, pourrait demander l'administration d'une substance létale, soit par auto-administration, soit par un tiers si le patient ne peut pas le faire lui-même.
  • Le texte a déjà été adopté deux fois par l'Assemblée nationale, en mai 2025 puis début 2026, avant d'être renvoyé en nouvelle lecture après des modifications du Sénat.
  • Le 30 juin 2026, les députés l'ont adopté une troisième fois, en nouvelle lecture, par 295 voix contre 232 et 35 abstentions.
  • Les débats, étalés sur plusieurs jours fin juin, se sont concentrés sur trois points de friction : la « clause de conscience » des soignants, l'accès réel aux soins palliatifs, et la protection des personnes vulnérables (majeurs protégés, personnes autistes ou atteintes de troubles psychiques).
  • Le Sénat doit examiner le texte à son tour à partir du 7 juillet 2026, avant un vote solennel final espéré le 15 juillet.
  • Le gouvernement défend un « modèle français » de la fin de vie, distinct de l'euthanasie belge ou du suicide assisté suisse, encadré par une procédure de plusieurs médecins et un délai de réflexion.

295 voix pour, 232 contre : l'Assemblée nationale a adopté pour la troisième fois, le 30 juin 2026, la proposition de loi créant un droit à l'aide à mourir. Le Rassemblement national est resté le seul grand bloc politique à s'y opposer massivement, avec 103 voix contre sur 122 votants du groupe — la majorité des voix hostiles au texte.

295
Pour
232
Contre
35
Abstentions
Résultat du vote en nouvelle lecture — 30 juin 2026
562 votants
295 pour52,5 % des votants
232 contre41,3 % des votants
35 abstentions6,2 % des votants

Le RN, seul grand bloc uni contre le texte

Le vote dessine une ligne de fracture qui ne recoupe pas le clivage gauche-droite habituel. À gauche, LFI (62 pour sur 67 votants, 92,5 %), les Écologistes (34 sur 37, 91,9 %) et les Socialistes (57 sur 66, 86,4 %) ont voté pour de façon quasi unanime. Le groupe EPR, principal soutien du gouvernement, a fait de même à 73,3 % (66 voix pour sur 90). En face, le Rassemblement national a voté contre à 84,4 % (103 voix sur 122), rejoint par Droite républicaine (38 contre sur 46, 82,6 %) et la totalité du groupe UDDPLR (17 voix contre, zéro pour). À eux trois, ces groupes concentrent 158 des 232 voix contre, soit plus des deux tiers de l'opposition au texte.

Vote par groupe politique
Pour
Contre
Abstention
RN
103 contre
EPR
66 pour
LFI-NFP
62 pour
SOC
57 pour
DR
38 contre
EcoS
34 pour
Dem
19 pour, 16 contre
HOR
18 contre, 16 pour
LIOT
9 pour, 7 contre
UDDPLR
17 contre
GDR
10 pour
NI
7 contre

Pour la rapporteure générale du texte, Natalia Pouzyreff (EPR), le principe qui structure l'ensemble du dispositif est celui de l'autonomie du patient jusqu'au dernier moment.

« La volonté ultime de la personne doit pouvoir s'exercer jusqu'à la dernière seconde. Sa faculté de décision est au cœur du présent texte. »

Natalia Pouzyreff
Natalia Pouzyreff
EPR
Yvelines (6)
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L'opposition du RN : un angle centré sur les soins palliatifs

Loin d'un rejet frontal du principe, l'opposition du RN s'est concentrée sur l'accès réel aux soins palliatifs, présenté comme un préalable manquant. Le député Christophe Bentz, porte-parole du groupe sur le texte, a répété la même question tout au long des débats sans obtenir, selon lui, de réponse chiffrée précise de la part du gouvernement.

« Question simple : existe-t-il des patients, des Français en fin de vie, qui demandent à bénéficier de soins palliatifs mais n'y ont pas accès ? Oui, il en existe. »

Christophe Bentz
Christophe Bentz
RN
Haute-Marne (1)
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La clause de conscience, angle mort du débat à gauche

Sur la « clause de conscience » — le droit, pour un soignant, de refuser de participer à la procédure — la gauche a mené une bataille rhétorique inattendue, en la reliant à un droit déjà installé dans la loi française : celui, pour les médecins, de refuser de pratiquer une IVG.

« Vous révélez ici que vous souhaitez revenir sur la clause de conscience telle qu'elle existe dans le droit français pour les femmes qui avortent. »

Hadrien Clouet
Hadrien Clouet
LFI-NFP
Haute-Garonne (1)
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Ce que change le texte adopté

⚖️
Un nouveau droit encadré
Un patient majeur, atteint d'une maladie grave et incurable engageant son pronostic vital à court ou moyen terme, souffrant de façon insupportable, peut demander l'aide à mourir après une procédure collégiale.
💉
Auto-administration privilégiée
Le patient administre lui-même la substance létale ; un tiers (médecin ou infirmier disposant d'une clause de conscience) ne peut le faire qu'en cas d'incapacité physique du patient.
🛡️
Clause de conscience pour les soignants
Aucun médecin ni infirmier ne peut être contraint de participer à la procédure, à tout moment, jusqu'à l'administration de la substance.
🧭
Protection des personnes vulnérables
Les majeurs protégés (tutelle, curatelle) restent éligibles sous réserve d'exprimer une volonté libre et éclairée ; plusieurs amendements visant à les exclure ont été rejetés.
À noter : le texte adopté par l'Assemblée diverge encore de la version examinée par le Sénat, qui a durci certaines conditions d'accès en première lecture. La loi n'entrera en vigueur qu'après un accord final entre les deux chambres, attendu au plus tôt à la mi-juillet 2026.

Ce qu'il reste à faire

Mai 2025
Première adoption du texte par l'Assemblée nationale en première lecture.
Début 2026
Le Sénat modifie substantiellement le texte ; retour à l'Assemblée en nouvelle lecture.
24-30 juin 2026
Nouvel examen article par article à l'Assemblée, plusieurs jours de débats sur la clause de conscience et les soins palliatifs.
30 juin 2026
Adoption en nouvelle lecture par 295 voix contre 232, 35 abstentions.
7 juillet 2026
Examen du texte par le Sénat en nouvelle lecture.
15 juillet 2026 (prévision)
Vote solennel final espéré, sous réserve d'un accord entre les deux chambres.

Retrouvez le détail du dossier législatif de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir, ainsi que les positions de vote de chaque député, sur les fiches profils de NosParlementaires.