- À Paris, 132 animateurs du périscolaire ont été suspendus entre le 1er janvier et le 9 juin 2026, dont 52 pour des soupçons de violences sexuelles ou sexistes, selon les chiffres donnés par le maire Emmanuel Grégoire. Le parquet de Paris a ouvert 235 enquêtes pénales visant 184 établissements, dont 134 écoles maternelles.
- La commission de la culture du Sénat a créé une mission d'information sur la prévention et le traitement des violences dans le périscolaire. Depuis juillet 2026, elle dispose des prérogatives d'une commission d'enquête : les témoins déposent sous serment et le faux témoignage est passible des peines de l'article 434-13 du code pénal.
- La rapporteure est Agnès Evren (Les Républicains, Paris), le président Laurent Lafon (Union centriste, Val-de-Marne). Les trois auditions du 14 septembre ont été présidées par le vice-président Max Brisson, Laurent Lafon étant retenu par un texte législatif.
- Les auditions se tiennent pendant la suspension des travaux du Sénat et en pleine campagne des sénatoriales du 27 septembre. Associations, brigade de protection des mineurs, procureure de Paris et élus locaux ont été entendus les 3, 7 et 9 septembre ; Anne Hidalgo et Patrick Bloche le 15 ; Emmanuel Grégoire le 16. Les conclusions sont attendues à l'automne, la mission étant limitée à six mois.
- Le texte de loi en jeu est le projet de loi relatif à la protection des enfants, dont l'article 5 généralise l'attestation d'honorabilité pour les personnes au contact de mineurs. L'Assemblée l'a adopté le 21 juillet 2026 par 378 voix pour, 7 contre et 173 abstentions ; il attend au Sénat depuis. Nous avons détaillé ce matin les neuf textes déposés à l'Assemblée sur le sujet sans jamais être examinés.
- Le 14 septembre, la mission a remonté à la source du périscolaire moderne : la réforme des rythmes scolaires de 2013, portée par Vincent Peillon, ministre de l'Éducation nationale de 2012 à 2014, et défaite par Jean-Michel Blanquer, ministre de 2017 à 2022.
Devant la mission d'information du Sénat, le 14 septembre, Vincent Peillon a reconnu sous serment que sa réforme des rythmes scolaires avait abaissé, en 2013, les exigences de taux d'encadrement et de diplôme des animateurs du périscolaire, sans que la filière professionnelle promise en contrepartie ne soit jamais construite. « Si je dois reconnaître des responsabilités, c'est évident que ça n'a pas été bien fait à ce moment-là », a déclaré l'ancien ministre, avant de résumer : « On n'a pas créé de métier, on n'a pas créé de filière. » Le même jour, son successeur Jean-Michel Blanquer a plaidé pour un système national de remontée des violences périscolaires, et la journaliste Victoire Haffreingue-Moulart a raconté comment elle avait été embauchée comme animatrice sans aucune formation.
Vincent Peillon : « ça n'a pas été bien fait »
Premier entendu de la journée, Vincent Peillon a d'abord rappelé la genèse de la réforme : le retour à la semaine de quatre jours et demi, décidé après une concertation qu'il juge « maximum », visait selon lui à reconquérir le mercredi matin pour le temps scolaire, pas à créer un temps périscolaire. Mais le ministre de l'Éducation nationale s'est retrouvé, dit-il, « à devenir le ministre du périscolaire », seul interlocuteur des maires. Il a déploré que le Premier ministre Jean-Marc Ayrault n'ait « jamais organisé » la réunion interministérielle qu'il réclamait dès août 2012 : « sur un sujet qui n'est pas un sujet seulement Éducation nationale, il n'y ait jamais eu de réunion interministérielle, dit beaucoup pour ceux qui connaissent le fonctionnement de l'État ».
Sur l'argent, l'ancien ministre a été catégorique : « J'ai eu à batailler très dur pour obtenir 300 millions d'euros. Je dis aujourd'hui que cette somme était absolument ridicule par rapport aux besoins. » Les estimations minimales, y compris celle de son prédécesseur Luc Chatel, tournaient selon lui autour d'un milliard. Il a rappelé que les maires avaient obtenu, en contrepartie de leur engagement, l'assouplissement des taux d'encadrement, présenté comme un « amorçage » provisoire en attendant une filière de formation qui n'est jamais venue.
C'est en répondant à Agnès Evren, qui l'interrogeait sur la formation des animateurs et le BAFA, que Vincent Peillon a formulé l'aveu le plus net de la journée.
« On a plutôt baissé, je le reconnais, à la demande, je le redis, les niveaux d'exigence, à la fois sur le nombre, le taux d'encadrement et les diplômes qui permettaient d'encadrer des accueils collectifs. Et ça, c'était dans une version qui était provisoire, pour amorcer cette réforme. »
L'ancien ministre a aussi livré sa lecture de la semaine de quatre jours, rétablie par dérogation en 2017 et aujourd'hui adoptée par 93 % des communes selon la rapporteure : « Ce pays a choisi de ne pas payer ses enseignants et, pour ne pas payer ses enseignants, il a choisi de ne pas donner de cours à ses enfants. » Avec 144 jours d'école par an contre une moyenne de 190 dans les pays comparables, la France laisserait selon lui ses enfants « livrés à eux-mêmes » le reste du temps.
Jean-Michel Blanquer : des violences périscolaires « très marginales » dans les remontées nationales
Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale de 2017 à 2022, a défendu le décret de juin 2017 qui a permis aux communes de revenir à quatre jours : une « réforme pragmatique » face à une réforme de 2013 qu'il juge « désorganisée », au point que l'intérêt de l'enfant était « totalement abîmé par la manière dont les choses se passaient ». Il a raconté avoir vécu la situation comme parent d'élève à Paris, où un directeur d'école lui disait qu'« après 15 heures, c'est plus mon problème ».
Le fait nouveau de son audition tient au système de signalement national qu'il a créé en juin 2017 pour les violences scolaires, relié au ministère de l'Intérieur. « J'ai regardé par sondage s'il y avait des violences périscolaires dans ces remontées, c'était très marginal », a-t-il indiqué : elles ne pouvaient remonter que par du personnel scolaire ayant eu vent d'un fait. « Je plaiderai pour une unification du système de remontée entre le périscolaire et le scolaire », a-t-il ajouté, tout en soulignant l'obstacle des compétences séparées entre l'État et les collectivités. La rapporteure a relevé que le procureur de la République, interrogé par questionnaire, avait lui-même répondu qu'il n'existait pas d'item statistique pour les violences périscolaires.
Interrogé par Adel Ziane (Socialiste, Seine-Saint-Denis) sur l'absence d'un fichier national permettant de repérer un animateur déjà écarté ailleurs, Jean-Michel Blanquer s'est déclaré favorable à un tel outil, malgré les questions « informatique et libertés » : « Quelqu'un qui a eu le moindre signalement de quelque chose qui ne va pas, s'agissant des violences sexuelles, devrait, ad vitam aeternam, ne plus avoir la possibilité d'exercer son action dans un quelconque des métiers de l'enfance. » Il a décrit un « nomadisme » des prédateurs, géographique mais aussi « statutaire ». Le président de séance Max Brisson a illustré le propos avec la une de Sud Ouest du jour : un animateur écarté du centre de loisirs de Tarnos, dans les Landes, avait déjà été exclu à Bayonne, à quelques kilomètres.
Sur la formation, l'ancien ministre a pris le contre-pied de la piste d'un diplôme d'État obligatoire évoquée par la rapporteure.
« Il y a des gens avec des très grands diplômes qui sont coupables de pédophilie et il y a des gens sans diplômes qui sont remarquables et à l'honorabilité irréprochable. Donc il faut ne pas croire à une magie du certificat. »
Il propose plutôt une « vision systémique des métiers de l'enfance », avec un socle de compétences et des certificats « en escalier » à partir du BAFA, et suggère à la mission d'étudier les cités éducatives et un statut de directeur d'école responsable de l'ensemble du temps passé sous le toit de l'école.
Victoire Haffreingue-Moulart : embauchée en vingt minutes, sans formation ni casier
La journée s'est achevée par l'audition de Victoire Haffreingue-Moulart, journaliste au service police-justice du Parisien et autrice de « Les Rois du silence », enquête sur le périscolaire pour laquelle elle s'est fait recruter comme animatrice dans deux communes. À la première question de la rapporteure, sur la formation reçue, elle répond : « Non, je n'ai bénéficié d'aucune formation. » Un entretien de vingt minutes avec deux directeurs périscolaires, un rappel une dizaine de jours plus tard, une visite des locaux cinq minutes avant la prise de poste, puis huit enfants à emmener à la cantine. Vacataire, elle n'a signé aucun contrat ; un formulaire administratif portait seulement la mention « votre casier judiciaire va être contrôlé », sans qu'elle ait à fournir quoi que ce soit. Aucune consigne sur les violences sexuelles ni sur l'accompagnement des enfants aux toilettes, qu'elle a géré « à l'instinct ».
« C'est une commune de la métropole lilloise qui m'a appelée à 9 h 47 pour une prise de poste à 11 h 30 pour assurer un temps de cantine. Donc pas d'entretien, pas de formation. En l'espace de moins de deux heures, impossible de vérifier un casier judiciaire. »
Pour la journaliste, « la plus grosse faille de l'organisation du service périscolaire » est d'avoir « laissé la possibilité aux communes de faire comme elles l'entendaient » : une commune qui ne déclare pas son accueil à l'État renonce aux subventions de la CAF, mais échappe aussi aux taux d'encadrement, aux exigences de diplôme et au contrôle obligatoire du casier judiciaire. La rapporteure a rappelé que 40 % des communes sont dans ce cas. Sur le BAFA, quatre semaines de formation dont une seule théorique, la journaliste rapporte que des formateurs lui ont décrit des pressions des organismes pour le délivrer à tous les candidats. Elle a enfin décrit la « deuxième violence » subie par les parents après la révélation : minimisation par l'école ou la mairie, semaines d'attente avant l'audition de l'enfant, enquêtes préliminaires dont les familles n'ont pas accès au dossier, silence qui dure parfois des années. À la question de la rapporteure sur une « omerta systémique », elle a répondu : « Oui, oui. »
Ce que les sénateurs ont cherché à établir
Agnès Evren a ouvert chaque audition sur le même constat : Paris est un cas exceptionnel par son ampleur, avec 235 enquêtes pénales, mais pas une exception, le collectif SOS Périscolaire ayant identifié des défaillances dans 73 départements. Elle a chiffré l'effet de la réforme de 2013 : 840 000 enfants de primaire fréquentaient le périscolaire en 2012, 2,6 millions en 2015-2016 ; à Paris, le simple passage du temps méridien sous le régime de l'accueil déclaré a fait passer les effectifs affectés de 5 700 à 6 000 agents par jour. Ses questions ont porté sur trois points : la conception de la réforme avait-elle anticipé le recrutement et la formation, l'État a-t-il accompagné les communes, et pourquoi un temps présenté comme éducatif n'a-t-il pas les exigences de qualification du temps scolaire.
Max Brisson a insisté sur l'absence de « pilote » sous le toit de l'école, où le temps de classe n'est qu'une partie du temps passé par l'enfant, et a demandé aux deux ministres si l'Éducation nationale ne devait pas assumer ce rôle. Adel Ziane a porté la question du fichier national. Jean-Gérard Paumier (Les Républicains, Indre-et-Loire), ancien maire, a demandé aux deux ministres si l'État n'aurait pas dû fixer dès 2013 un cadre national de recrutement des animateurs : Vincent Peillon a répondu que ce cadre existait et qu'il l'avait assoupli à la demande des élus, Jean-Michel Blanquer qu'il fallait désormais le créer. Colombe Brossel (Socialiste, Paris) a interrogé la journaliste sur la volonté, chez les animateurs et personnels communaux, de briser le silence.
La chronologie
Vous pouvez suivre les travaux de la mission sur la page du Sénat, et retrouver l'activité de la rapporteure Agnès Evren et du président Laurent Lafon sur leurs fiches. Le projet de loi protection des enfants, qui porte l'attestation d'honorabilité, attend toujours son examen au Sénat.