Pourquoi ces auditions ? Le contexte en cinq points
  • À Paris, 132 animateurs du périscolaire ont été suspendus entre janvier et juin 2026, dont 52 pour des soupçons de violences sexuelles ou sexistes. Au 31 août, le parquet général de Paris suivait 203 enquêtes liées au périscolaire, dont 143 en maternelle, selon le garde des Sceaux.
  • La mission d'information de la commission de la culture du Sénat a les prérogatives d'une commission d'enquête (témoins sous serment). Rapporteure : Agnès Evren (Les Républicains, Paris). Président : Laurent Lafon (Union centriste, Val-de-Marne), remplacé le 29 septembre par le vice-président Max Brisson (Les Républicains, Pyrénées-Atlantiques).
  • Le 15 septembre, Anne Hidalgo a affirmé que sa direction des affaires juridiques avait cessé, de 2021 à 2025, de saisir systématiquement le procureur « sans validation politique », et que Dominique Versini « portait le sujet » de la protection des enfants à partir de 2020. Le 29 septembre, la mission a entendu les personnes qu'elle mettait en cause.
  • Le texte en jeu est le projet de loi relatif à la protection des enfants, adopté par l'Assemblée le 21 juillet 2026 et attendu en séance au Sénat dans environ un mois.
  • Les auditions se poursuivent avec Édouard Geffray, ministre de l'Éducation nationale, et Marina Ferrari, le 30 septembre ; la rapporteure a annoncé la convocation d'Éric Laurier, actuel directeur des ressources humaines de la Ville de Paris.

Devant la mission d'information du Sénat, le 29 septembre, l'ancienne directrice des affaires scolaires de la Ville de Paris, Bérénice Delpal, a contredit sous serment la version d'Anne Hidalgo : le guide interne qui permettait de ne pas saisir le procureur quand une plainte existait déjà avait, selon elle, été « validé par le cabinet de la maire ». Quelques heures plus tard, Dominique Versini, adjointe pendant douze ans, a démenti avoir jamais été chargée du suivi du rapport d'inspection de 2015, qu'elle dit n'avoir reçu qu'en décembre 2025. La veille, le garde des Sceaux Gérald Darmanin avait reconnu que les enquêtes sur les violences faites aux enfants n'avaient pas été traitées en priorité par les parquets « jusqu'au mois de juin dernier ».

Bérénice Delpal : la doctrine de l'article 40 était « validée par le cabinet de la maire »

Cette audition ne devait pas être publique : la rapporteure Agnès Evren l'a ouverte aux caméras « compte tenu des propos » d'Anne Hidalgo, qui renvoyait vers son administration. Face à elle, Bérénice Delpal, directrice des affaires scolaires (Dasco) de 2018 à 2022, et Sophie Fady-Cayrel, qui lui a succédé de 2023 à avril 2026.

Sur l'article 40 du code de procédure pénale, qui oblige un agent public à saisir le procureur, Bérénice Delpal a décrit une doctrine fixée par la direction des affaires juridiques et écrite dans un « guide alerte comportement adulte » rédigé quand elle dirigeait la Dasco : la Ville pouvait ne pas doubler par un signalement une plainte déjà déposée par les familles. Ce guide, a-t-elle dit, avait été partagé dans sa construction avec le cabinet de la maire et celui de l'adjoint aux affaires scolaires, Patrick Bloche. Du « hiatus » entre politique et administration évoqué par Max Brisson, elle a répondu qu'il n'y en avait pas.

« Ce guide a été échangé, validé par le cabinet de la maire. Mais sans surprise, puisqu'on avait des échanges tout à fait constants et fluides. »

Bérénice Delpal, directrice des affaires scolaires de Paris de 2018 à 2022, devant la mission le 29 septembre

Sophie Fady-Cayrel a précisé que les signalements au procureur avaient « repris systématiquement depuis la fin de 2025 », sans que la Ville obtienne pour autant le moindre retour de la police sur les procédures.

Le passage le plus tendu a porté sur une vidéo diffusée le matin même par Mediapart : une visioconférence de janvier 2022 avec le collectif SOS Périscolaire, où l'adjoint de Bérénice Delpal, Éric Laurier, parle de dénonciations « fantaisistes » et d'agents qui jouent « les chevaliers blancs ». L'ancienne directrice, silencieuse sur l'enregistrement, a invoqué des rumeurs circulant entre parents sur WhatsApp et assuré que chaque agent visé par une parole d'enfant avait été suspendu. La rapporteure a aussi cité un rapport d'inspection de novembre 2025 réclamant un suivi d'un an des animateurs déplacés d'une école à l'autre, puis un nouveau déplacement en décembre « sans aucun suivi ». Pressée par Max Brisson d'exprimer des regrets après une heure et demie d'audition, Bérénice Delpal a concédé : « évidemment que j'aurais pu faire mieux ».

Dominique Versini : le rapport de 2015, découvert en décembre 2025

Dominique Versini avait demandé à être entendue pour exercer un « droit de réponse ». Adjointe à la maire de 2014 à 2025 (solidarités, aide sociale à l'enfance, puis droits de l'enfant), elle affirme n'avoir jamais eu le périscolaire dans son périmètre ni d'autorité sur la Dasco ; sa lettre de mission du 25 novembre 2020 ne mentionne pas le rapport d'inspection de 2015.

« La maire de Paris ne m'a jamais confié la responsabilité politique du suivi des recommandations faites par l'inspection générale dans le rapport de 2015. »

Dominique Versini, adjointe à la maire de Paris de 2014 à 2025, devant la mission le 29 septembre

Elle dit n'avoir découvert ce rapport, qui recensait déjà 18 cas de suspicion d'agression sexuelle sur l'année 2014-2015, qu'une fois nommée défenseure des enfants de la Ville : un exemplaire filigrané à son nom lui a été remis le 10 décembre 2025. En 2021, lors de la préparation du plan parisien contre les violences faites aux enfants qu'elle pilotait, ni la Dasco, ni le cabinet de l'adjoint au périscolaire, ni celui de la maire n'auraient évoqué le rapport ni les violences sexuelles dans l'atelier scolaire et périscolaire. Elle a aussi démenti avoir participé aux réunions « hebdomadaires et journalières » décrites par Anne Hidalgo.

Gérald Darmanin : des enquêtes qui n'étaient pas prioritaires

Entendu le 28 septembre, le garde des Sceaux a reconnu que, « jusqu'au mois de juin dernier », les parquets ne hiérarchisaient pas ces affaires, à part « quelques rares » procureurs, malgré la circulaire sur les violences sexuelles en milieu scolaire et périscolaire qu'il leur avait adressée en mai. Un parquet ordinaire consacre, selon lui, « 30 à 40 % » de son activité aux délits routiers.

« La délinquance financière, ça passe après les viols sur enfants. Les délits routiers, ça passe après les viols sur enfants. »

Gérald Darmanin, ministre de la Justice, devant la mission le 28 septembre

Il a apporté des chiffres nationaux : entre 2021 et 2025, les procédures pour violences sexuelles sur mineurs transmises aux procureurs sont passées de 25 355 à 32 678, les violences non sexuelles de 48 971 à 66 679, tandis que les condamnations pour crimes stagnent. Impossible en revanche d'isoler le périscolaire : ce cadre n'existe pas dans la loi, et un décret modifiant le logiciel de suivi des parquets est encore au Conseil d'État. Il a accepté de transmettre à la mission les 36 rapports des procureurs généraux issus de la revue des procédures lancée après l'affaire Lyhanna, dans le Gers. Autre aveu : jusqu'à récemment, les boîtes mail des procureurs n'acceptaient que les envois des services de police, si bien que des signalements de l'Éducation nationale étaient rejetés. La rapporteure lui a opposé le cas de trois enfants d'une même école parisienne : l'un, entendu à Coutances (Manche) dans les 48 heures ; les deux autres, plainte déposée le 13 août, toujours sans convocation.

Sarah El Haïry : des remplaçants au contact d'enfants avant tout contrôle

La haute-commissaire à l'Enfance, ancienne ministre chargée de la jeunesse, a reconnu que le contrôle d'honorabilité, obligatoire avant toute prise de poste, n'était pas toujours fait : faute d'animateurs, « il y a des remplacements » avant vérification. « C'est la loi, sauf que la réalité, c'est que [ce n'est] pas le cas », a-t-elle admis. Elle plaide pour un certificat d'honorabilité vérifiable par le directeur d'école et pour l'information « sans délai » des familles quand un agent est suspendu.

« Aujourd'hui, on est capable de donner le nom de sa maîtresse ou de son maître. On n'est pas capable de donner le nom des intervenants du périscolaire. C'est pas normal. »

Sarah El Haïry, haute-commissaire à l'Enfance, devant la mission le 29 septembre

Interrogée par Colombe Brossel (socialiste, Paris) sur deux propositions d'un rapport sénatorial de 2019 restées lettre morte (former tous les personnels au contact de mineurs, porter la suspension des fonctionnaires à huit mois), elle a répondu que la seconde n'avait pas été examinée par ses services « de [sa] mémoire », et que le comité de filière animation qu'elle avait créé « ne vit pas ses meilleurs moments ».

Ce que les sénateurs ont cherché à établir

  • Qui a décidé, à Paris. Max Brisson a relevé avoir entendu « une administration qui parlait à une autre administration », sans échelon politique, et jugé « choquant » le récit d'une administration agissant à l'insu de l'exécutif.
  • Pourquoi l'État n'a pas réagi. Jean-Gérard Paumier (Les Républicains, Indre-et-Loire) a interrogé un « laisser-faire » de l'État depuis la réforme des rythmes de 2013, malgré les alertes de l'inspection.
  • Combien d'affaires en souffrance. Colombe Brossel a demandé au garde des Sceaux combien des 88 000 enquêtes sur des violences sexuelles sur mineurs remontées cet été concernaient l'école ou le périscolaire ; il ne peut pas le dire avant le nouveau décret.
  • Repérer les séries. Sonia de La Provôté (Union centriste, Calvados) a demandé si la justice pouvait détecter des pics de signalements ; le ministre promet pour décembre un outil d'IA de tri des plaintes.
Trois versions pour une même décision. Anne Hidalgo affirme que la doctrine de l'article 40 a été changée « sans validation » de son cabinet ; Bérénice Delpal dit que le guide qui l'écrivait a été validé par ce cabinet ; Dominique Versini, que l'ancienne maire présentait comme chargée du sujet, dit n'avoir jamais été associée au suivi du rapport de 2015. La direction des affaires juridiques, auteure de la doctrine selon toutes les parties, n'a pas encore été entendue publiquement.
Juin 2015
Rapport de l'inspection générale de la Ville de Paris : 18 cas de suspicion d'agression sexuelle en 2014-2015, 50 recommandations.
2021-2025
La Ville ne saisit plus systématiquement le procureur quand une plainte des familles existe déjà.
Janvier 2022
Visioconférence entre la direction des affaires scolaires et SOS Périscolaire, révélée par Mediapart le 29 septembre 2026.
10 décembre 2025
Dominique Versini, défenseure des enfants de la Ville, reçoit le rapport de 2015.
21 juillet 2026
L'Assemblée adopte en première lecture le projet de loi relatif à la protection des enfants.
15 septembre 2026
Audition d'Anne Hidalgo et de Patrick Bloche.
28-29 septembre 2026
Auditions de Gérald Darmanin, Bérénice Delpal, Sophie Fady-Cayrel, Sarah El Haïry et Dominique Versini.
30 septembre 2026
Auditions d'Édouard Geffray et de Marina Ferrari. Examen du projet de loi au Sénat attendu dans le mois ; conclusions de la mission à l'automne.

Vous pouvez suivre les travaux de la mission sur la page du Sénat, et retrouver l'activité de la rapporteure Agnès Evren, du président Laurent Lafon et du vice-président Max Brisson sur leurs fiches.