- La Corse est une collectivité à statut particulier depuis 1982, mais sans autonomie constitutionnelle — ses lois peuvent être annulées par l'État à tout moment.
- Depuis les accords de Matignon-Beauvau (2023), le gouvernement avait promis un statut d'autonomie dans la Constitution pour mettre fin à des décennies de revendications.
- L'île compte 350 000 habitants mais fait face à une spéculation foncière intense : la majorité des propriétés côtières appartient à des non-résidents continentaux ou étrangers.
- Le texte donne à la Corse le pouvoir d'adapter des lois nationales et de créer certaines normes locales — une première constitutionnelle pour un territoire métropolitain.
- Étape suivante : le Sénat, puis un vote en Congrès à la majorité des 3/5 des parlementaires réunis. La partie n'est pas gagnée.
Le 23 juin 2026, l'Assemblée nationale adoptait en première lecture le projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République, par 271 voix pour et 202 contre. Le résultat révèle une fracture nette : d'un côté, une coalition qui s'étend de La France insoumise au centre-droit ; de l'autre, le Rassemblement National et une partie de la droite dans un bloc du refus, avec 120 voix contre et zéro pour pour le seul RN.
Une coalition inédite : de LFI au centre-droit
Le scrutin est rare par la géographie politique qu'il dessine. EPR (66 pour, 5 contre) forme le contingent le plus important du camp du oui, devant LFI (60 pour, 2 contre) et les Socialistes (41 pour, 5 contre, 19 abstentions). Les Démocrates votent 25 pour et zéro contre. Horizons 22 pour et zéro contre. Chez les Écologistes, 27 sur 36 votants soutiennent le texte. Le groupe LIOT, qui compte plusieurs élus corses, vote à 21 pour sur 23 votants.
À droite, la fracture est franche. La Droite Républicaine se divise : 34 contre, 10 abstentions, un seul pour. L'UDDPLR vote unanimement contre (17 voix). Quant au RN, il concentre à lui seul 59 % des voix contraires.
« Nos concitoyens de Corse savent bien que la longue indifférence de la France continentale doit cesser. »
Citation de Michel Rocard, mise en exergue par Michel Castellani pour ouvrir le débat
Le RN seul dans son camp : la logique du refus
Le Rassemblement National constitue l'unique groupe à voter contre à l'unanimité, avec 120 voix contre et zéro pour — le bloc le plus massif du côté du refus. L'argument central du RN n'est pas l'hostilité à la Corse : le groupe affirme vouloir reconnaître l'identité et les difficultés spécifiques de l'île, mais s'oppose au transfert de compétences législatives. Sa proposition alternative — un régime de dérogations sans remise en cause de la hiérarchie des normes — a été rejetée.
Parmi les arguments avancés en séance : la crainte que l'autonomie crée une citoyenneté à deux vitesses entre résidents de longue date et nouveaux arrivants. Stéphane Rambaud (Var, 3e) a mis en avant la question de l'égalité des droits entre tous les habitants de l'île.
« Ce matin, pour défendre l'amendement n° 111, certains ont dit que tous les habitants, qu'ils soient en Corse depuis un jour ou deux cents ans, devaient avoir les mêmes droits ! »
Ce que change l'autonomie pour la Corse
Le projet de loi constitutionnelle inscrit dans la Constitution un statut d'autonomie pour la Corse. Concrètement, il ouvre trois chantiers distincts :
« Et rien ne justifie d'abandonner ce pouvoir souverain au détour d'un simple amendement ! En revanche, nous sommes d'accord sur un point essentiel : la consultation des Corses doit être obligatoire. »
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