Pourquoi ce texte ? Le contexte en 5 points
  • Le 8 juillet, au Sénat, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé un projet de loi contre les faux contenus d'information en période électorale, en réponse à une question du sénateur Claude Malhuret sur les contenus générés par intelligence artificielle.
  • Aux élections municipales de mars 2026, Viginum, le service de l'État chargé de la lutte contre les ingérences numériques étrangères, a caractérisé quatre campagnes d'ingérence — dont une opération de désinformation menée depuis Israël contre des candidats LFI et un réseau russe de faux sites d'information locale.
  • Aujourd'hui, la diffusion de fausses nouvelles ayant faussé un scrutin est punie d'un an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende (article L97 du code électoral). Le référé de la loi de 2018 contre la manipulation de l'information ne couvre pas les élections locales.
  • Deux échéances électorales approchent : les sénatoriales du 27 septembre 2026 et l'élection présidentielle de 2027.
  • Le texte doit être présenté en conseil des ministres fin juillet, dans un ensemble plus large consacré aux ingérences étrangères.

Sébastien Lecornu a annoncé, mercredi 8 juillet au Sénat, un projet de loi pour tripler les peines encourues en cas de diffusion de faux contenus d'information en période électorale. « Les peines aujourd'hui ne sont pas suffisamment dissuasives », a justifié le Premier ministre, qui présentera fin juillet en conseil des ministres un texte qu'il décrit comme « très court ». Cinq mois plus tôt, le 5 février, son gouvernement répondait pourtant à un sénateur qui l'alertait sur les deepfakes électoraux que « le cadre juridique actuel offre déjà des terrains d'action pertinents ».

×3
Peines annoncées
15 000 €
Amende actuelle (art. L97)
4
Campagnes d'ingérence aux municipales

Ce que prévoit le texte annoncé

L'annonce est intervenue lors des questions d'actualité au gouvernement du Sénat, en réponse au sénateur Claude Malhuret (Les Indépendants), qui interrogeait l'exécutif sur les risques de contenus créés par intelligence artificielle pendant la campagne présidentielle. Le projet de loi, dont le texte n'est pas encore public, s'articule autour de trois mesures.

⚖️
Peines triplées
L'article L97 du code électoral punit aujourd'hui d'un an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende ceux qui, « à l'aide de fausses nouvelles, bruits calomnieux ou autres manœuvres frauduleuses », ont détourné des suffrages. Un triplement porterait ces peines à trois ans et 45 000 €.
⏱️
Référé étendu aux élections locales
La loi de 2018 contre la manipulation de l'information permet de saisir le juge en référé, qui statue sous 48 heures, dans les trois mois précédant un scrutin national. « On ne peut pas se permettre d'avoir un référé à double vitesse », a plaidé le Premier ministre, qui veut l'étendre à toutes les élections locales.
📢
Une commission permanente
Création d'une « commission de l'information publique », organe permanent chargé de contribuer au signalement des fausses informations.
📦
Un volet d'un texte plus large
Ces mesures s'insèrent dans un projet de loi consacré à la lutte contre les risques d'ingérences étrangères, présenté en conseil des ministres fin juillet.

Au Parlement, l'alerte ne date pas d'hier

La question des contenus falsifiés en période électorale occupe les parlementaires depuis des mois. Dès octobre 2025, le sénateur Hugues Saury (LR, Loiret) interpellait le gouvernement, dans une question écrite, sur « l'insuffisance de l'encadrement juridique des deepfakes en période électorale », citant une augmentation de 140 % de leur utilisation en France en 2024. Son diagnostic visait précisément le référé de la loi de 2018, celui-là même que le gouvernement veut aujourd'hui étendre.

« Cette procédure, bien que pertinente, reste trop lente face à la viralité des contenus falsifiés générés par intelligence artificielle »

Hugues Saury
Hugues Saury
LR — Sénat
Loiret

La réponse du gouvernement, publiée le 5 février 2026, écartait l'idée d'une nouvelle législation : « Le cadre juridique actuel offre déjà des terrains d'action pertinents », y écrivait le ministère chargé de l'intelligence artificielle et du numérique, en énumérant le règlement européen sur les services numériques (DSA), la loi SREN du 21 mai 2024 — qui punit de deux ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende la diffusion sur les réseaux sociaux d'hypertrucages non consentis — et le règlement européen sur l'intelligence artificielle, dont les obligations de marquage des contenus générés par IA s'appliquent à partir du 2 août 2026.

À noter : entre cette réponse de février et l'annonce de juillet, la position du gouvernement s'est inversée sans qu'aucune loi nouvelle ne soit intervenue. Ce qui a changé, ce sont les faits : les conclusions de Viginum sur les municipales de mars, rendues en juin, et l'approche de la présidentielle de 2027.

Municipales 2026 : quatre campagnes d'ingérence caractérisées

Le scrutin municipal de mars 2026 a servi de révélateur. Selon les conclusions livrées en juin par Viginum, quatre campagnes d'ingérence numérique étrangère ont été caractérisées pendant la séquence électorale, impliquant des acteurs étatiques et non étatiques : parmi elles, un réseau russe de faux sites d'information locale alimentés par intelligence artificielle — 141 faux sites identifiés en France — et une opération de désinformation menée depuis Israël contre des candidats de La France insoumise à Marseille et Toulouse.

Le député Sébastien Delogu (LFI-NFP, Bouches-du-Rhône) a été directement visé : à partir du 19 février 2026, en pleine campagne, des tracts l'accusant de viol, assortis d'un QR code renvoyant vers un faux profil, ont été collés sur des panneaux d'affichage électoral à Marseille. Viginum a confirmé le 10 mars les caractéristiques d'inauthenticité de l'opération — photos générées par IA, faux comptes automatisés. Dans une question écrite au ministre de l'Intérieur, restée sans réponse à ce jour, le député décrit :

« une affaire d'une exceptionnelle gravité, qui touche directement à la souveraineté démocratique de la France et à l'intégrité de ses processus électoraux »

Sébastien Delogu
Sébastien Delogu
LFI-NFP
Bouches-du-Rhône (7)
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Son collègue François Piquemal (LFI-NFP, Haute-Garonne), ciblé par la même opération à Toulouse, a porté le sujet dans l'hémicycle lors d'une question au gouvernement sur les ingérences étrangères lors des élections municipales. Côté socialiste, Jérôme Guedj (Essonne) a interrogé fin juin le ministre de l'Intérieur sur les formes d'influence étrangère exercées via les médias privés, hors du champ de la loi du 25 juillet 2024 sur les ingérences.

L'IA générative, angle mort du droit électoral

Au-delà des opérations étrangères, c'est l'usage massif de l'intelligence artificielle générative dans la fabrication des contenus de campagne — tracts, visuels, vidéos — qui inquiète les élus. Le sénateur Alexandre Basquin (communiste, Nord) résumait l'enjeu en mars, dans une question écrite déposée au lendemain du scrutin municipal :

« Le dernier scrutin des élections municipales a été le tableau expérimental d'une campagne où de nombreux contenus ont été générés par l'intelligence artificielle. »

Alexandre Basquin
Alexandre Basquin
CRCE-K — Sénat
Nord

Dès novembre 2024, la députée Virginie Duby-Muller (Droite Républicaine, Haute-Savoie) alertait sur l'impact des deepfakes sur la cybersécurité. Ces questions, déposées par des élus de presque tous les bords — communistes, insoumis, socialistes, LR —, dessinent un rare point de convergence transpartisan : le droit électoral n'a pas été conçu pour des contenus falsifiés produits en masse et diffusés à la vitesse des algorithmes.

La nuance : selon Viginum comme selon les chercheurs qui ont analysé le scrutin, l'impact réel de ces campagnes sur les municipales de mars est resté limité — bien moindre que lors des législatives de 2024. Le texte annoncé répond autant à une menace avérée qu'à un risque anticipé pour la présidentielle de 2027. Ses termes exacts, notamment le périmètre du triplement des peines, ne seront connus qu'à sa présentation en conseil des ministres.

Le calendrier

22 décembre 2018
Loi contre la manipulation de l'information : création du référé en 48 heures contre les fausses informations, dans les trois mois précédant les scrutins nationaux.
21 mai 2024
Loi SREN : la diffusion d'hypertrucages (deepfakes) non consentis sur les réseaux sociaux est punie de deux ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende.
25 juillet 2024
Loi sur les ingérences étrangères : registre des représentants d'intérêts étrangers et extension des moyens de renseignement.
30 octobre 2025
Le sénateur Hugues Saury alerte le gouvernement sur l'insuffisance de l'encadrement des deepfakes en période électorale.
5 février 2026
Réponse du gouvernement : « le cadre juridique actuel offre déjà des terrains d'action pertinents ».
Février–mars 2026
Campagne des municipales : opérations de désinformation contre des candidats LFI à Marseille et Toulouse, faux sites d'information locale liés à un réseau russe.
Juin 2026
Viginum livre ses conclusions : quatre campagnes d'ingérence numérique étrangère caractérisées pendant les municipales.
8 juillet 2026
Au Sénat, Sébastien Lecornu annonce le projet de loi : peines triplées, référé étendu, commission permanente.
Fin juillet 2026
Présentation du texte en conseil des ministres, avant examen au Parlement.
27 septembre 2026 puis 2027
Élections sénatoriales, puis élection présidentielle : les deux scrutins que le texte entend protéger.

Le texte arrivera au Parlement à la rentrée, dans un calendrier serré avant les sénatoriales. Pour suivre les positions de vos élus sur ce débat, consultez les fiches des députés et des sénateurs, leurs questions au gouvernement et leurs votes, mis à jour quotidiennement sur NosParlementaires.