Pourquoi ce texte ? Le contexte en 5 points
  • La loi Hulot (décembre 2017) a mis fin à l'attribution de nouveaux permis de recherche et d'exploitation d'hydrocarbures sur l'ensemble du territoire français, y compris les outre-mer. Objectif : atteindre la neutralité carbone et respecter les accords de Paris.
  • Les outre-mer importent quasi toute leur énergie, à un coût élevé pour les ménages et les collectivités. La Guyane possède des sous-sols dont le potentiel pétrolier et gazier n'a jamais été pleinement exploré.
  • La PPL du sénateur Georges Patient (RDPI, Guyane) proposait de lever cette interdiction spécifiquement en Guyane et à Mayotte, laissant aux collectivités territoriales la compétence d'autoriser ou non les explorations.
  • Le Sénat l'avait adoptée en janvier 2026. Le texte est arrivé à l'Assemblée nationale le 11 juin 2026, lors d'une journée de niche parlementaire réservée au groupe GDR, dont le député Jean-Victor Castor (Guyane) était rapporteur.
  • La commission l'avait déjà rejetée le 3 juin. En séance publique, l'article 1er a été rejeté à 74 voix contre 64, tuant définitivement le texte.

Un vote rarissime par son arithmétique : le 11 juin 2026, l'Assemblée nationale a rejeté à 74 contre 64 la proposition de loi visant à lever l'interdiction d'explorer les hydrocarbures dans les territoires d'outre-mer. Le groupe Rassemblement national, avec 38 voix pour sur 38 exprimées, est devenu le premier soutien d'un texte porté par des élus guyanais et défendu par un sénateur macroniste — tandis qu'EPR, le camp du gouvernement, votait massivement contre.

74
Contre
64
Pour
1
Abstention
Vote sur l'article 1er — 11 juin 2026
139 votants
74 contre53,2 % des votants
64 pour46,0 % des votants
1 abstention0,7 % des votants

La Guyane réclame le droit à ses ressources

Le rapporteur du texte à l'Assemblée, Jean-Victor Castor (GDR, Guyane 1ère), a porté la voix des élus ultramarins avec véhémence. Il rappelait que des habitants de l'intérieur guyanais doivent traverser le Suriname pour rejoindre certaines communes, faute d'énergie locale, et que Total, après un unique forage en 2018, n'a jamais communiqué à la Guyane les données sismiques recueillies. Sa thèse : lever l'interdiction pour donner aux collectivités elles-mêmes le pouvoir de décider d'autoriser ou non les prospections. "Si c'est un mirage, aucune compagnie ne viendra", résumait-il face aux opposants écologistes.

« Les Guyanais et les habitants de l'outre-mer n'ont pas à protéger la nature ou la Terre plus que vous ne le faites ! »

Jean-Victor Castor
Jean-Victor Castor
GDR
Guyane (1)
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Vote par groupe politique

Vote sur l'article 1er par groupe (article rejeté)
Pour
Contre
Abstention
RN
38 pour
LFI-NFP
1 p · 29 c
EcoS
17 contre
EPR
2 p · 15 c
SOC
1 p · 10 c · 1 abs
GDR
8 pour
HOR
5 pour
UDDPLR
5 pour
DEM
2 p · 3 c
DR
2 pour

L'opposition verte : "un mirage dangereux"

Les écologistes, menés à l'Assemblée par Julie Laernoes (Loire-Atlantique), ont rejeté les arguments ultramarins en bloc. Pour eux, la loi Hulot n'est pas une contrainte injuste imposée aux outre-mer : c'est une nécessité climatique universelle. Total, rappellent-ils, a foré en Guyane en 2018 sans résultat commercially viable. Les compagnies pétrolières, ajoutent-ils, captent les profits quand ils existent, tandis que les populations locales supportent les coûts environnementaux. L'Agence internationale de l'énergie elle-même, citée en séance, établit qu'aucun nouveau gisement ne doit être exploité si les accords de Paris doivent être respectés.

« Qui cela enrichira-t-il ? De manière pragmatique et posée, nous affirmons que le pétrole en Guyane est un mirage dangereux, qui ouvre la porte à un délire climatosceptique et extractiviste au service des plus riches et des puissants. »

Julie Laernoes
Julie Laernoes
EcoS
Loire-Atlantique (4)
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EPR coule le texte de son propre camp

La fracture la plus surprenante du vote est interne à la majorité macroniste. Le sénateur Georges Patient, qui a porté ce texte, est membre du RDPI — groupe sénatorial affilié à la famille politique du président de la République. Son texte a été adopté au Sénat avec le soutien de son groupe. Pourtant, à l'Assemblée nationale, EPR a voté à 15 contre et 2 pour. Agnès Pannier-Runacher (Pas-de-Calais), ancienne ministre de l'énergie, a incarné cette opposition au nom des engagements climatiques de la France.

« L'Agence internationale de l'énergie indique dans son rapport de 2021 qu'il est clairement établi qu'aucun nouveau champ pétrolier ou gazier ne doit être approuvé si l'on veut respecter les accords de Paris. »

Agnès Pannier-Runacher
Agnès Pannier-Runacher
EPR
Pas-de-Calais (2)
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Ce que proposait la loi

🛢️
Lever l'interdiction Hulot en outre-mer
Autoriser de nouvelles demandes de permis de recherche et d'exploration pétrolière et gazière en Guyane et à Mayotte, supprimées depuis 2017.
🏛️
Compétence aux collectivités
Les collectivités territoriales de Guyane et Mayotte auraient eu la compétence de valider ou refuser chaque demande d'autorisation d'exploration sur leur territoire.
🌿
Concertation préalable obligatoire
Chaque demande de prospection devait faire l'objet d'une concertation publique associant les habitants et les élus locaux avant toute décision.
Enjeu énergétique ultramarin
La Guyane et Mayotte importent presque toute leur énergie. Le texte visait à donner à ces territoires la possibilité de valoriser leurs ressources naturelles potentielles.
À noter : Le RN, avec 38 voix unanimes, s'est retrouvé seul à former le premier contingent de soutien, aux côtés des communistes ultramarins du GDR (8 voix) qui portaient le texte. Cette alliance inattendue a fait face à une coalition tout aussi inédite : la gauche (LFI, EcoS, PS) unie aux macronistes d'EPR pour rejeter une PPL d'un sénateur pourtant issu de la même famille politique. Le texte avait été adopté au Sénat avec l'appui du groupe RDPI, affilié à En Marche.

Parcours du texte

30 décembre 2017
Promulgation de la loi Hulot : fin de l'attribution de nouveaux permis d'exploration et d'exploitation d'hydrocarbures en France et dans ses territoires.
2018
Total réalise un unique forage exploratoire en Guyane. L'entreprise ne communique pas les résultats sismiques aux collectivités, selon Jean-Victor Castor.
2025
Le sénateur Georges Patient (RDPI, Guyane) dépose une proposition de loi pour lever l'interdiction Hulot dans les seuls territoires d'outre-mer.
Janvier 2026
Le Sénat adopte la PPL. Elle est transmise à l'Assemblée nationale pour examen en première lecture.
3 juin 2026
La commission des affaires économiques de l'Assemblée rejette le texte, notamment suite à des amendements de suppression déposés par LFI et EcoS.
11 juin 2026
En séance publique, l'article 1er est rejeté à 74 voix contre 64 — la PPL tombe. Ni le RN (38 pour), ni les élus ultramarins (GDR, HOR, UDDPLR) n'ont suffi à former une majorité.

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