Pourquoi cette loi ? Le contexte en 5 points
  • Depuis 2011, la France est en contentieux avec la Commission européenne : Bruxelles exige l'ouverture à la concurrence de 150 concessions hydroélectriques, monopole d'EDF depuis des décennies.
  • Ce blocage a gelé 15 milliards d'euros d'investissements indispensables à la modernisation des barrages et au développement des stations de pompage-turbinage (Step).
  • L'hydroélectricité est la première source d'énergie renouvelable de France et la deuxième source d'électricité après le nucléaire — un pilier de la souveraineté énergétique.
  • La loi abandonne le régime de concession (contrats de 40 ans renouvelables) pour un régime d'autorisation sur 70 ans, tout en maintenant la propriété publique des ouvrages.
  • 40 % des capacités seront mises aux enchères à des opérateurs autres qu'EDF — c'est ce point qui divise : privatisation partielle pour LFI, souveraineté insuffisante pour le RN.

Treize ans après son premier engagement sur ce dossier, la deputée socialiste Marie-Noëlle Battistel a vu son texte adopté définitivement le 17 juin 2026 par l'Assemblée nationale : 290 pour, 59 contre, 116 abstentions. Un résultat qui dessine une coalition transpartisane inédite — de la gauche socialiste à la droite républicaine en passant par la Macronie — mais qui révèle aussi trois lignes de fracture bien distinctes.

290
Pour
59
Contre
116
Abstentions
Résultat du vote définitif — 17 juin 2026
465 votants
290 pour62,4 % des votants
59 contre12,7 % des votants
116 abstentions24,9 % des votants

Une coalition transpartisane des pro-barrages

Neuf groupes politiques sur douze ont voté pour la loi hydroélectricité, formant un front inédit : EPR (75 voix) en tête devant les Socialistes (60), la Droite républicaine (36), Horizons (34), les Démocrates (29), le LIOT (18), l'UDR (17) et la GDR (16). Pour la rapporteure de la CMP, c'est l'aboutissement d'un combat de près de treize ans.

Vote par groupe politique
Pour
Contre
Abstention
EPR
75 pour
SOC
60 pour
DR
36 pour
HOR
34 pour
DEM
29 pour
LIOT
18 pour
UDR
17 pour
GDR
16 pour
NI
5 pour
RN
84 abs
LFI
59 contre
ECOS
32 abs

« Merci à toutes et à tous pour votre soutien et ce beau résultat. La filière nous regarde ; elle va être relancée. »

Marie-Noëlle Battistel
Marie-Noëlle Battistel
SOC
Isère (4)
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LFI seul contre : « les eurocrates contre le service public »

La France insoumise constitue le seul groupe à voter contre — les 59 voix du groupe, bloc compact, rejettent le texte au nom du maintien d'EDF dans un rôle d'opérateur exclusif. Pour LFI, l'ouverture de 40 % des capacités à des opérateurs tiers constitue une privatisation de fait du patrimoine hydraulique national. Le député Matthias Tavel (Loire-Atlantique) a attaqué le consensus gauche-droite qui porte le texte, y voyant une capitulation devant Bruxelles.

« Soutenu par la grande coalition du "oui" aux traités européens qui va du PS à LR en passant par la Macronie, le texte donne raison aux eurocrates contre le service public. »

Matthias Tavel
Matthias Tavel
LFI-NFP
Loire-Atlantique (8)
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RN et Écologistes : deux abstentions, deux logiques opposées

Avec 84 abstentions, le Rassemblement national forme le plus grand contingent de non-votants. Le groupe ne s'oppose pas frontalement au principe d'une réforme, mais juge le texte insuffisant sur la question de la souveraineté énergétique — craignant que le régime d'autorisation ouvre la porte à des opérateurs étrangers. Ironiquement, c'est LFI qui leur rappelle qu'une proposition de loi RN antérieure prévoyait, elle, une vente définitive des ouvrages.

Du côté des Écologistes (32 abstentions), la logique est inverse : le groupe salue le déblocage du contentieux européen et les investissements promis, mais des réserves environnementales — continuité écologique des cours d'eau, impact sur les poissons migrateurs — les empêchent de voter pour.

« Sur un sujet aussi stratégique, chacun devrait pourtant poursuivre un objectif simple : renforcer la souveraineté énergétique de notre pays et préserver un patrimoine industriel et technique construit par plusieurs générations de Français. »

Lionel Tivoli
Lionel Tivoli
RN
Alpes-Maritimes (2)
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Ce que change la loi

🔄
Concessions → autorisations
Le régime de concession (40 ans) est remplacé par un régime d'autorisation de 70 ans. L'État rachète les concessions existantes avec un ajustement compensatoire favorable.
🏛️
Propriété publique maintenue
Les ouvrages hydrauliques (barrages, retenues, conduites) restent dans le domaine public de l'État. Aucune privatisation du patrimoine physique.
📊
40 % aux enchères
40 % des capacités hydroélectriques seront mises aux enchères à des opérateurs autres qu'EDF. Un prix de réserve couvrira au minimum les coûts de production.
💶
15 milliards débloqués
La fin du contentieux avec Bruxelles libère 15 milliards d'euros d'investissements pour moderniser les barrages et développer les stations de pompage-turbinage (Step).
👷
Statut des salariés préservé
Les garanties conventionnelles des personnels exploitants sont maintenues, quel que soit l'opérateur retenu à l'issue des enchères.
🐟
Continuité écologique
Le texte intègre des obligations relatives à la continuité des cours d'eau et à la circulation des poissons migrateurs — point qui a motivé l'abstention des Écologistes.
À noter : La loi met fin à un contentieux européen ouvert depuis 2011, mais elle ne règle pas définitivement la question de la solidité juridique du nouveau régime d'autorisations devant la Cour de justice de l'Union européenne. LFI a soulevé ce risque lors des débats : si la CJUE considère que le régime d'autorisation à 70 ans constitue lui aussi une entrave à la libre concurrence, la France devra rouvrir la négociation.

Chronologie d'un dossier de quinze ans

2006
La directive européenne sur le marché intérieur de l'électricité impose l'ouverture des concessions hydroélectriques à la concurrence dans tous les États membres.
2011
La Commission européenne ouvre une procédure d'infraction contre la France pour non-respect de la directive. Début du contentieux officiel.
2019–2024
Plusieurs textes législatifs tentent de sortir de l'impasse (PPL Meizonnet, PPL Gremillet au Sénat), sans aboutir à un accord définitif entre les deux chambres.
Janvier 2026
Marie-Noëlle Battistel dépose la proposition de loi n° 2334 à l'Assemblée nationale. Le texte franchit rapidement les premières lectures.
16 juin 2026
Le Sénat adopte le texte de la commission mixte paritaire (CMP), qui scelle le compromis entre les deux chambres.
17 juin 2026
L'Assemblée nationale adopte définitivement la loi : 290 pour, 59 contre, 116 abstentions. La loi entre en vigueur après promulgation.

Retrouvez le détail des votes de tous les députés sur nos classements et les profils des élus sur leur fiche individuelle. Vous pouvez aussi consulter la fiche de Marie-Noëlle Battistel, rapporteure de la loi.